La Corne de l'Afrique connaît sa pire sécheresse depuis 60 ans. La vie d'environ 12 millions de personnes est en péril et plus de 30 000 enfants en sont déjà morts.
La saison des pluies qui débutera bientôt n'aidera pas à améliorer le sort de ces Africains : les averses risquent plutôt de propager des maladies comme le choléra, la rougeole ou encore la malaria.
Lorsque rencontré dans les bureaux de l'organisme au centre-ville, M. Kielburger a laissé savoir que le pire est à venir. « Il y aura certainement une augmentation de la famine vers la fin novembre et en décembre, au moment où des fêtes seront célébrées », se désole-t-il.
Espoir brisé
Craig Kielburger a visité en septembre le plus grand camp de réfugiés dans la Corne de l'Afrique, celui de Dadaab au Kenya. Plus de 400 000 personnes venus de régions touchées par la famine s'y retrouvent avec un nombre tout aussi grand d'histoires déconcertantes.
« J'ai rencontré un homme qui a marché avec ses quatre enfants et sa femme pendant 21 jours. Il a enterré un par un ses enfants et sa femme sur le bord de la route. Il voulait simplement arrêter de vivre. La seule raison pour laquelle il a continué, c'est son seul fils de six ans qui a survécu », raconte-t-il avec émotion.
Ce genre de récit parle de lui-même. L'espoir de se sortir de cette misère s'est anéanti pour plusieurs Africains, explique M. Kielburger.
Par ailleurs, la distribution du matériel d'urgence et des vivres se fait difficilement en raison des insurgés islamiques Shebab qui ont le contrôle dans plusieurs régions dévastées par la famine.
« Ils prennent la nourriture, les petites cultures, les animaux... ils prennent tout dans ces régions et laissent les gens mourir. Le travail des ONG est très difficile mais c'est nécessaire de faire ce qu'on peut pour donner l'aide à ceux qui en ont absolument besoin », soutient-il.
Investir à long terme
Il serait réaliste de penser que ce genre de situation ne se reproduise plus si des projets de coopération et les gouvernements incitent la population à s'auto-suffire, croit fermement M. Kielburger.
« C'est vraiment possible d'arrêter la famine faisant des investissements à long terme. Ça couterait moins cher d'aider les personnes à cultiver eux-mêmes leurs aliments que d'en envoyer de l'Amérique ou de l'Europe », avance-t-il.
Selon lui, il faut établir une nouvelle façon de travailler pour éviter que le travail ne soit effectué que « de crise en crise ».
En travaillant plusieurs années dans des villages, Enfant-Entraide a établi plusieurs programmes pour assurer un développement durable. Par exemple, des écoles construites par l'organisme permettent l'accès à l'éducation de plus de 6000 enfants et plus de 100 000 personnes utilisent dorénavant des pompes pour l'eau potable dans les villages où l'organisme a travaillé.
Qui est Craig Kielburger?
Le fondateur de l'organisme Enfants Entraide, qui compte 45 pays à son actif, est âgé de 27 ans. Il a été trois fois en nomination pour le prix Nobel de la Paix.
Il est aussi le co-fondateur de Me to We, une entreprise sociale qui verse la moitié de ses bénéfices pour libérer les enfants de la misère en vendant des produits socialement responsables.
À l'âge de 12 ans, il a été touché par l'histoire d'un jeune pakistanais de 12 ans qui devait travailler dans une fabrique de tapis pour payer sa dette. Il a ensuite décidé d'étudier le droit des enfants et a fondé un groupe de jeunes qui a donné naissance à l'organisme Enfants Entraide.
