Voilà maintenant dix ans qu'il exerce ce métier pour le compte du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Et son travail ne passe pas sous silence. Il a reçu l'an dernier le prix Florence de l'Ordre des infirmiers et infirmières du Québec pour son travail de prévention de la propagation de l'hépatite C et du VIH auprès des utilisateurs de drogues injectables (UDI).
Ses « patients », une centaine, sont partout à Montréal, mais surtout situés dans le Centre-Ville et le Centre-Sud. Il traîne en permanence son sac à dos où l'on retrouve, entre autres, des seringues stérilisées, mais aussi, le matériel nécessaire pour faire des prises de sang. Question de faire une pierre, deux coups.
« Cela peut être un moyen pour établir un lien de confiance. Je peux demander au patient de se piquer lui-même pour la prise de sang, et en même temps, j'en profite pour lui donner des conseils pour qu'il puisse s'injecter de façon sécuritaire », explique-t-il.
Son but n'est pas de faire cesser leur consommation dans l'immédiat. La diminuer, certes. Il les prévient aussi de ne pas échanger leurs seringues et les incitent à prendre leur médication pour combattre la maladie, puisqu'elle ne fait pas effet si elle n'est pas prise sur une base régulière.
Il leur facilite aussi l'accès aux soins, surtout lorsqu'ils sont en état de panique , ou encore qu'ils menacent de se suicider. « Dans ces situations-là, il faut réagir vite, mais garder son calme, calmer la crise aussi et les référer aux urgences », précise-t-il.
« On ne peut pas sauver tout le monde »M. Fallu raconte qu'un de ses patients a subi un AVC alors qu'il prenait de la cocaïne, que ses membres ont paralysé et qu'il a finalement retrouvé son état normal. « Je lui ai dit que c'était un signe et il a compris », se réjouit M. Fallu.
Malgré sa nature optimiste, l'infirmier ne se fait pas d'illusion. « On ne peut pas sauver tout le monde. Il y a ce sentiment d'être impuissant lorsqu'on les voit se détériorer sans pouvoir faire quoi que ce soit, bien souvent », relate-t-il.
Certains UDI, en raison de leur comportement agressif, ont été expulsés des ressources d'hébergement et ne savent plus vers qui se tourner. Et c'est aussi dans ce genre de situation qu'il intervient, pour qu'on leur donne une seconde chance ailleurs sous certaines conditions, en signant un contrat de bienséance, par exemple.
« Pour plusieurs, je suis leur seule famille. À part de ça, ils sont entourés d'amis consommateurs », indique-t-il.
Plus de ressourcesPour arriver à encadrer davantage ces patients laissés à eux-mêmes, M. Fallu estime qu'il doit y avoir plus de ressources, autant au sein du réseau de la santé que dans la communauté.
Au CUSM, il y a lui et une nouvelle infirmière qui interviendra davantage auprès du nombre grandissant d'UDI atteints de l'hépatite C. Mais il pourrait y avoir un autre infirmier de plus sur le terrain, soutient M. Fallu.
Les sites d'injection supervisée qui pourraient bientôt voir le jour devraient aussi faire partie de la stratégie, convient-il. « Le centre Insite de Vancouver peut recevoir de 600 à 800 visites par jour, et les overdoses sont traitées sur place », fait-il valoir.
Créer une maison d'hébergement destinées aux UDI devrait aussi être une idée à étudier, selon M. Fallu, afin que les UDI atteints de l'hépatite C ou du VIH puissent suivre leur traitement convenablement.
