De l’extérieur, quelque chose a changé. La grosse affiche Orange Julep, qui ornait la balustrade, a été décrochée, de même que les grosses oranges en plastique qui l’accompagnaient. Le restaurant semble en piteux état avec sa peinture défraîchie et ses vitres sales, résultat de la poussière soulevée par les nombreuses voitures qui passent sur la rue Sherbrooke, sans ralentir.
À l’intérieur, quatre clients, tous dans la soixantaine, sont attablés ici et là dans un décor dénudé de couleur. Les photos et les menus, habituellement accrochés sur les murs, ont disparu. Ne reste plus qu’une inscription où, ironie du sort, on peut y lire: « Ouvert de 7 h 30 am à 4 h pm, du lundi au vendredi ».
Le propriétaire de l’endroit, un octogénaire, ne veut pas nous parler. Il se contentera de dire qu’il n’a pas à expliquer pourquoi il ferme les portes de son restaurant.
Il n’aurait pas eu besoin de le faire, de toute façon. Un seul regard suffit pour comprendre que les clients ont délaissé l’endroit, petit à petit, année après année, préférant des restaurants plus modernes au service plus rapide.
Derrière le grand comptoir beige, une serveuse s’efforce de bien faire son travail, même si elle sait qu’elle perdra son emploi dans quelques jours. Elle sourit et parle aux gens, emporte les assiettes sales et les verres vides à la cuisine, ramasse le pourboire qu’un client lui a laissé à côté de la vieille caisse enregistreuse. Elle met les quelques sous dans ses poches.
Un employé expliquera, sous le couvert de l’anonymat, que la fermeture de cette institution signe également la perte d’emploi pour quatre employés, soit: un cuisinier, qui y était depuis 38 ans; deux serveuses, dont une qui y travaillait depuis 21 ans; et le propriétaire, présent dans son restaurant depuis 60 ans.
Ce dernier perd également son logement, lui qui habitait en haut de son commerce. « C’est dommage pour nous, mais à 80 ans passé, il était plus que temps qu’il prenne sa retraite, vous ne croyez pas ? », nous dira l’employé.
Il nous a été impossible d’entrer en contact avec le propriétaire de la compagnie qui a racheté le terrain et le restaurant, ce dernier étant en vacances. Mais il semble que le mythique établissement et le logement du vieil homme seront démolis, et ce, dès septembre, pour faire place à des condos.
Orange Julep, la fin d’une époque
Le restaurant Orange Julep, situé sur Sherbrooke au coin de la rue Moreau, fermera ses portes le 7 août prochain. Après le Ben’s Deli, voilà donc une autre institution montréalaise qui disparaît. Une dernière visite avant sa démolition s’imposait.
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