Il fait encore nuit. Inconfortablement assis dans la fourgonnette, tout le monde dort, sauf moi. Et le chauffeur. Nous avons une deuxième longue journée de route devant nous. Dans le parc de la Pendjari, nous étions complètement au nord, si près de la frontière du Burkina Faso que nous aurions pu y lancer une pierre. Ce soir, nous ferons saucette dans les vagues qui viennent s'abattre sur le pays, au sud. En attendant, la route est longue. Le Bénin est petit, mais très élancé.
Sur la route, nous sommes seuls, ou presque. Notre trajet est parfois interrompu par des barrages improvisés. Des seaux dans lesquels on a mis le feu, une corde avec des fanions, des tonneaux... Chaque fois, on nous laisse passer sur-le-champ. C'est un peu plus long quand il faut réveiller le gardien assoupi. J'ai l'impression qu'ici, tout le monde peut ériger un barrage routier.
Nous avons préféré partir avant le lever du jour. Nous arriverons ainsi avant qu'il fasse noir, si tout va bien. Depuis quelques minutes, la fourgonnette fait un bruit bizarre. Surprenant que ça ne se soit pas produit avant. Après tout, le Toyota Hiace a plus de 360 000 kilomètres au compteur.
Ce véhicule de 12 places - 24 si nous étions Béninois - fait partie intégrante de nos péripéties. Chaque jour, nous montons à bord - sauf pendant le trek - pour de courtes ou de longues distances. Les banquettes ne sont plus rembourrées. La poussière de la route se mêle à l'air ambiant. Je crache de la bouette. Mais le véhicule est en bien meilleur état que la plupart de ceux que nous croisons.
Le Toyota ne m'aime pas. Hier, il a craché mon sac à dos par la porte arrière. Sans crier gare, le haillon s'est ouvert. Mon gros sac a déboulé sur la route. Je me suis lancée sur la chaussée pour récupérer mes effets. Un homme a été plus rapide que moi. Hey! Souriant, il m'a tendu mon sac. Je lui ai tendu la main. Nous sommes repartis.
Le soleil se lève, là, maintenant, rapidement. Des étudiants marchent le long de la route, parcourant parfois plus de 5 kilomètres pour se rendre en classe. Nous aussi, nous sommes sur le bord de la route, à Bassila. La fourgonnette est en panne. «C'est la pièce qui est brisée.» Ah!
Intermède
Un bol de café. Un tabouret chambranlant. Un poulet, un canard, des bidons d'essence, un vieux pneu et de l'eau qui bout derrière. Les nouvelles internationales à la télé - il fait froid en Europe. Nous sommes assis dans un maquis sur le bord de la route. Nous baignons dans le doux parfum des pots d'échappement. Patience.
La fourgonnette devrait être réparée avant la fin de la journée. Bah! Ç'aurait pu être pire. Au parc de la Pendjari, loin de toute civilisation, la situation aurait été catastrophique. Sauf pour les lions. Quand nous nous arrêtions un moment pour observer la faune, quelques minutes pouvaient s'écouler avant que le véhicule accepte de repartir. Quelques minutes d'angoisse.«C'est ma femme», a déclaré Bamba en me regardant. Ben non, je suis mariée. Déception. Il me sert encore du café.
Une heure plus tard. Nous voilà de retour sur la route. «Ils ont enlevé le morceau. C'est une pièce dont on n'a pas besoin...» Ah!
Retour en arrière
Il faisait nuit au parc de la Pendjari. Nous avions fait connaissance avec le lion, un peu plus tôt. Je venais d'envoyer ma dernière chronique. Groar! Hein? Groarrrrr! Pas de doute. Les lions étaient en mode chasse, à quelques pas de notre campement. Nous les avons écoutés rugir. Les antilopes sifflaient de détresse (oui, une antilope, ça siffle quand ça panique). Paraîtrait que dans la nuit, ils sont passés juste derrière notre chambre.
Le lendemain matin, c'était le départ vers le sud. Le parc de la Pendjari nous avait réservé quelques surprises de dernière minute. Quelques poignées antilopes. Rien de mieux? Deux vieux buffles qui traversent la route. Ça devient plus intéressant. Puis, une course avec un bubale, une espèce d'antilope moins répandue. Oui, une course. Sur le bord de la piste, le bubale est parti comme une balle en nous apercevant. Razak a accéléré, suivant le rythme de l'animal. Au bout de quelques centaines de mètres, il a bifurqué devant nous et, probablement essoufflé, est allé se reposer de l'autre côté. Nous l'avons applaudi.
Les babouins ont été les derniers à nous saluer. Il y en avait une vingtaine, de part et d'autre de la piste. De plus petits se chamaillaient dans un arbre pendant que de gros mâles nous observaient. Évachés sur la terre rouge, bedaine proéminente, ils avaient l'air d'attendre qu'on leur serve une bière. Deux d'entre eux, plus exhibitionnistes, ont même copulé devant nous. Ça va, on s'en va!
Dans la région, nous avons aussi fait saucette à la chute de Tanongou. Le paysage est bucolique. L'eau, rafraîchissante. Le soleil éclatant. Au péril de leur vie, de jeunes Béninois plein de testostérone se lancent du haut de la falaise jusque dans le bassin. Je me contente de plonger des roches au bord de l'eau. Dans le village, on nous sert à manger. Du riz à la pintade. À tour de rôle, les femmes font la cuisine pour les passants, qui s'installent sous la pergola au cœur du village. On goûte la bière de mil dans des calebasses. Iiiiich! J'évite de laisser paraître mon dégoût. Les femmes et les gamins nous observent.
Ça sent la fin
Nous devions aller au Mali. Les tensions ont eu raison de cette destination. Nous nous sommes rabattus sur le Bénin. Notre guide, Benoît, est originaire du Bénin, mais réside au Mali. Quatre de ses enfants aussi. Benoît est inquiet. Je le sais. Mais comme toujours, il demeure calme, souriant. C'en est déconcertant. En toutes circonstances, il est le prince de la situation.Le voyage tire à sa fin. Dimanche ou lundi, j'enverrai ma dernière chronique en provenance du Bénin.
LE BÉNIN EN BREF...
Personne n'a de monnaie. Un billet de 10 000 francs (un peu plus de 20$) à l'hôtel: pas de monnaie. Un billet de 1000 francs (2$) au resto: pas de monnaie. Une pièce de 100 francs (22 cents) au marché: pas de monnaie! Coudonc, comment peut-on payer avec du change si personne ne peut nous en donner?
En arrivant dans une station-service, il faut d'abord demander s'il y a de l'essence. Car c'est loin d'être une garantie.
Le bol par excellence: la calebasse. Cette courge séchée fait d'excellents récipients de toutes les grosseurs, ou encore des instruments de musique ou des objets de décoration.
La plupart des Béninois ne savent pas nager.
Les boissons gazeuses s'appellent ici des «sucreries».
Ici, dès que tu es une maman d'un certain âge, tout le monde peut t'appeler maman. Même des inconnus. C'est une façon affectueuse de s'adresser à une femme qui a visiblement eu des enfants.
La carte d'un restaurant se résume souvent au menu du jour. Lorsqu'elle est plus élaborée et compte quelques pages, les choix ne sont souvent pas disponibles. Même dans le menu du jour. Non, pas de papaye, même si c'est la saison. Non, pas de poisson, même en bord de mer. Non, pas de frites, pas d'igname... D'accord, apportez-moi ce que vous avez: du poulet bicyclette.
Un poste de télévision local fort populaire est exclusivement consacré aux avis de décès.
La Vache qui rit est un fromage qui connaît une popularité fulgurante au Bénin.
Les yovos sont des pharmacies ambulantes. Quelqu'un a un bobo? On nous consulte. On distribue des pansements, des gouttes pour les yeux. Ça ne guérit pas, mais ça soulage la conscience de tout le monde.

Je vous remercie de rectifier les faits. Je me suis fiée à une source, mais n'ai pas pu contre-vérifier l'information. J'ai retiré de la chronique la phrase à laquelle vous faites référence. Souhaitons que les tensions s'apaisent rapidement, car la population souffre actuellement de ce conflit.