J’aime le papier, ne vous y méprenez pas. J’aime encore lire certains journaux en me tachant les doigts, et je bouquine encore sur papier. Ceci dit, je n’ai rien contre la nouvelle tendance qui nous fera lire sur un pad électronique. Je lis de plus en plus devant mon écran. Je suis abonné, via les fils RSS, aux chroniques que j’aime, et même à ceux que j’aime moins, ou pas du tout.
Avant d’écrire cette chronique, j’aime aller potasser chez mes semblables, question de savoir où ils en sont, question de tâter le pouls de l’actualité, question aussi de reprendre certains sujets qui alimentent certains de mes questionnements, certains thèmes que j’ai fait miens au fil des années, certaines angoisses, aussi.
Le vrai problème, qu’il s’agisse du papier ou du web, c’est la vérification. Sur le papier, au moins, on sait que quelqu’un d’autre a lu le texte avant qu’il ne soit publié. Sur les sites sérieux – comme celui-ci –, aussi. Dans Internet, comme tout et son contraire est traité, par l’usager, de la même manière, on est souvent victime, à un moment ou un autre, d’une information non vérifiée, d’un texte mal tourné, pas édité.
Patrick Lagacé en parlait sur son blogue. http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/?p=70723107&utm_source=Fils&utm_medium=RSS&utm_campaign=Blogue_PATRICK_LAGACé. On a dit de lui qu’il était la plume derrière un blogue particulièrement incendiaire. Dans sa réaction, Lagacé cause avec une certaine éloquence de l’excuse que le blogueur lui a donné : «mais je suis pas journaliste».
Deux points de vue : en rendant sa plume publique, l’auteur devrait se sentir la même responsabilité que le journaliste officiel, c'est-à-dire celle de ne pas raconter n’importe quoi. Mon père me disait souvent, quand j’étais petit et qu’il pouvait m’arriver de tout croire et de tout dire, qu’il fallait considérer les mots et les paroles avec énormément de circonspection : « Quand tu dis quelque chose, c’est comme si tu ouvrais un sac rempli de plumes au grand vent. Si tu te rends compte que tu t’es trompé, et que tu aurais envie de rectifier, c’est un peu comme si tu essayais de courir après toutes les plumes pour les remettre dans leur sac. Faque, avant d’ouvrir ta trappe, arrange-toi pour être sûr de ce que tu dis.»
De la même manière, il est de notre responsabilité de lecteur, et ce de plus en plus, de vérifier nos sources : que l’information nous vienne d’un illustre inconnu ou du journaliste le plus chevronné, rien n’en indique la pertinence tant qu’elle n’est pas confrontée à la multiplicité des sources, des points de vue.
Il y a quelques mois, je parlais de Dédé à travers les brumes en des termes plutôt durs. J’ai été blessé par ce film, non seulement parce qu’il tire un portrait faussé de la vie d’un ami, mais surtout parce qu’il fait la même chose à d’autres amis, qui sont toujours vivants et qui ne méritent pas ce traitement qui, bien malheureusement, passera à l’histoire.
Souvenez-vous, j’insistais sur le fait qu’André Fortin, contrairement à ce que le film affirme, n’avait en rien respecté le rituel japonais Hara-Kiri, qu’il s’était poignardé.
Dernièrement, j’ai croisé le fils du prof qui nous donnait ce cours de cinéma japonais à l’Université de Montréal, en 1982 : Claude R. Blouin. Comment doit se sentir cet homme magnifique qui, non seulement savait faire partager avec lumière ses passions, mais qui, encore aujourd’hui, retraité du cégep de Joliette, se rend disponible tous les jours au Van Houtte de Joliette pour prêter assistance aux étudiants en matière de cinéma et de littérature?
Ce film vu par des millions de Québécois sous-entend, de par sa nature même, de par sa construction et de par sa structure, qu’André se serait enlevé la vie après avoir été mis en contact avec la culture japonaise, à laquelle il aurait été initiée lors de ce cours de cinéma japonais, 18 ans avant sa mort…
Non seulement le journaliste – ou le blogueur – est-il responsable de ce qu’il écrit, mais le cinéaste, tout comme le romancier ou l’auteur de théâtre, d’ailleurs, devrait toujours être conscient de la grossièreté éventuelle de ses propos, comme des répercussions qu’ils auront sur les vivants. Après, si on veut faire mal, on peut, mais il faut être prêt à vivre avec les conséquences de sa brutalité.
Pire encore que les mauvaises informations qui circulent au quotidien dans les médias, tant sur le web que sur papier, il y a encore toutes ces informations erronées qui circulent dans les œuvres et qui font probablement plus de mal, puisqu’elles survivent au truck de récup.