Laurent Boyer a travaillé 50 ans à la Biscuiterie Viau, de 1942 à 1992. Le retraité né dans Viauville a été baptisé à l'église St-Clément et a grandi à l'ombre de la biscuiterie. Comme dans bien des familles du quartier, on est entré chez les Boyer de père en fils et de mère en fille au service de l'entreprise. Louis Boyer a commencé à l'âge de 15 ans. Il était payé 20 cents de l'heure pour une semaine de travail qui en comptait 60. «On n'avait pas de gros salaires, mais il y avait une ambiance familiale, tout le monde s'entraidait», évoque-t-il, une pointe de nostalgie dans la voix.
Beaucoup d'anciens employés étaient présents lors de l'inauguration de l'exposition Viau - Des biscuits, une histoire, début octobre, à l'Écomusée du Fier Monde. Une illustration de l'esprit social très développé qui régnait au sein de l'usine, fermée en mars 2004. Pour plusieurs, c'était l'occasion d'évoquer des souvenirs heureux et de se remémorer des anecdotes savoureuses, comme les filles qui récitaient le chapelet en préparant les biscuits à l'approche du Carême.
Fondée en 1867 par Charles-Théodore Viau, la biscuiterie de la rue Ontario est rapidement devenue une des premières grandes entreprises canadiennes françaises. À travers son histoire, c'est celle d'une famille, d'une usine, d'un quartier et de centaines de travailleurs qui est sortie de l'oubli.
L'exposition réunit de nombreux documents savoureux qui rappellent les belles heures de la biscuiterie: photos, emballages, publicités, outils. Au cours de son histoire, l'usine a connu plusieurs agrandissements. Au début, on utilisait des fours à charbon, remplacés par la suite par des fours à gaz. Une énorme roue à pistons servait à faire tourner les différentes chaînes de production. On apprend également que certains biscuits demandaient à être «saucés à la main».
L'essentiel de ces pièces a été conservé par la famille Dare, qui avait racheté la biscuiterie en 2001, et entreposées dans une voûte de l'usine. Lorsque les démarches pour fermer l'entreprise ont débuté, les propriétaires ont souhaité conserver ce patrimoine familial. Les historiens Paul-André Linteau, de l'Université du Québec à Montréal, et Brian Young, de l'Université Mc Gill, ont récupéré les objets tandis que les documents à caractère administratifs ont été remis à HEC Montréal.
Des entrevues avec plusieurs anciens employés ont permis de récolter des témoignages pittoresques sur la vie ouvrière à l'intérieur de l'usine ainsi que des photos qui reflètent l'intense vie sociale qui y régnait. L'Atelier d'histoire Hochelaga-Maisonneuve a également prêté plusieurs objets.
Au fil des récits accrochés aux murs, on découvre que les célèbres biscuits ont inspiré de nombreuses façons de les savourer: Couche de caramel entre deux Social Tea, bol de crème glacée et confiture maison pour accompagner un biscuit Village. D'autres préféraient tout simplement savourer leur Whippet après l'avoir écrasé à coups de poing…
Aujourd'hui, signe des temps, l'ancienne biscuiterie, au 4945, rue Ontario Est, a été transformée en condos. Une métamorphose qui laisse Laurent Boyer sceptique. «Cela fait quelque chose de voir ça. C'est une partie de patrimoine qui a disparu», glisse-t-il. En attendant, l'exposition, qui se poursuit à l'Écomusée du Fier Monde jusqu'au 23 mars, permet, pour certains, de revivre, pour d'autres, de découvrir cette page d'histoire montréalaise.
L'écomusée du fier monde est situé au 2050, rue Ahmerst, angle Ontario. Info : 514 528-8444 / www.ecomusee.qc.ca
