Ça y est! Nous sommes arrivés au Bénin. Où ça? Dans un tout petit pays d’Afrique fait tout en long, bordé au sud par l’océan Atlantique, tout près de l’équateur. Je dois avouer que moi aussi, je n’étais pas certaine de pouvoir pointer ce pays sur une carte. Jusqu’à ce qu’on m’annonce, à quelques jours du départ, qu’il s’agissait de notre destination.
(Vous ne savez pas de quoi je parle? Je vous invite à consulter mes deux dernières chroniques «D’ici au Bénin», sur ce site ou à benin.montrealexpress.ca.)
Le Bénin, c’est loin. Et pendant que j’admirais un magnifique lever de soleil qui se reflétait sur l’aile de l’Airbus 380, François, assis devant moi, m’a tendu le journal. «Airbus doit inspecter ses A380 à la suite de la découverte de micro-fissures sur les ailes de certains appareils» (traduction libre). Rassurant! J’ai évalué que les transports au Bénin devaient être plus périlleux…
Et je n’avais pas tort. À plusieurs intersections, pas de feu de circulation, pas de panneau d’arrêt. Rien. C’est au plus fort la poche! Ce joyeux chaos semble plutôt fonctionnel, puisque personne n’a été blessé pendant la quinzaine de minutes de trajet qui séparent notre hôtel de l’aéroport.
À notre arrivée, j’ai voulu m’asseoir sur le petit muret de la terrasse de l’hôtel. Et c’est là que j’ai vécu mon premier véritable choc culturel. Juste derrière moi, un mètre plus bas, se trouvait un crocodile. Tout autour de lui, des plumes. Dans sa gueule, un coq. Personne n’a bougé. Nous nous sommes fixés un moment, moi les pupilles dilatées, le croco le regard froid et le volatile les yeux vitreux. C’était en quelque sorte l’animal domestique de l’hôtel. Bienvenue au Bénin!
Périple urbain
Nous terminons notre première journée complète dans ce pays haut en couleurs. Nous sommes confortablement installés dans la maison de René Dupéré, le compositeur, mais aussi le philanthrope, puisqu’il remet chaque année 100 000$ à la Fondation Paul Gérin-Lajoie pour offrir du micro-crédit aux femmes des environs de Porto-Novo, la capitale du Bénin. Ça sent bon le poulet yassa, une spécialité locale.
La journée a commencé à Cotonou, principale ville du pays, à quelques dizaines de kilomètres de Porto-Novo, sur le bord de l’océan. Nous y avons trempé les orteils un moment. Tout comme les vagues qui déferlent sur la plage, les rues sont vibrantes d’activités. Sur les trottoirs, des passants qui contournent les innombrables stands d’essence, les petites échoppes de bouffe, les divans et les matelas à vendre, les dépanneurs improvisés, les magasins de pneus…
Dans les rues, encore du monde. Aux principales intersections, quelques mendiants et des vendeurs ambulants qui, souvent, trimballent leur marchandise sur leur tête. Il y a aussi la circulation. On ne peut y échapper. Surtout aux motos. Partout. Elles se faufilent dans le trafic, forment un amas devant les autres véhicules à chaque feu rouge. Nous avons croisé une moto sur laquelle une famille de six prenait place!
Les innombrables conducteurs de motos-taxis portent des dossards jaunes. Ce sont les zemidjans, ou zems pour les intimes. Leur santé, tout comme celle de tous les usagers de la route, est rudement mise à l’épreuve. Et pas seulement en raison des fréquents accidents dans lesquels ils sont impliqués. L’essence qu’ils utilisent est frelatée, c’est-à-dire qu’elle est coupée avec d’autres produits, plus nocifs les uns que les autres. La contrebande d’essence en provenance du Nigeria se fait au vu et au su de tous, sur le bord de la route, dans des bidons d’eau ou d’autres contenants clairs.
De l’essence au fumier
En banlieue de Cotonou, à Sèmè-Kpodji, Joseph et sa femme Lydia vivent dans un havre de villégiature, qui contraste avec la métropole polluée. Il y a à peine quatre ans, il était zem, elle était vendeuse d’essence. Ils sont aujourd’hui maraîchers. Avec leurs cinq enfants, bientôt six, ils vivent de leur lopin de terre. En plus de leur poulailler et de leur clapier, ils se sont lancés dans l’agriculture bio: carottes, fraises, citronnelle et tout plein de légumes dont j’ignorais l’existence.
La Fondation Paul Gérin-Lajoie, avec le concours de l’Agence canadienne de développement internationale (ACDI), a mis sur pied un Programme de formation à l’intégration de la jeunesse à l’emploi pour venir en aide aux gens comme eux. Large sourire scotché aux lèvres, Joseph nous a parlé de son nouveau gagne-pain. Et c’est ce qu’il fera dans quelques jours devant une centaine de ministres de l’Éducation africains réunis au Burkina Faso. Une véritable histoire à succès!
Demain, nous visiterons le Projet femmes de Porto-Novo. Je vous en donnerai davantage de nouvelles d’ici deux jours. En attendant, François et son fils Thomas, Lise et sa fille Geneviève, Annie et moi nous apprêtons à rêver à nos prochaines aventures. Nous ne nous sommes pas encore tout à fait remis du décalage horaire…
LE BÉNIN EN BREF…
La première chose qui frappe en arrivant au Bénin, c’est la chaleur. Il fait près de 30 degrés, jour et nuit. Une température ressentie régulièrement au Québec en janvier, seulement, c’est sous zéro!
Un mois plus tard, Noël est encore présent çà et là. À l’image des habitants du pays, les pères Noël que nous avons vus étaient des Noirs!
Comment appelle-t-on communément des gougounes au Bénin? Des tapettes!
Sur certaines autoroutes, une voie est réservée aux motos.
Plusieurs puisards n’ont pas de couvercle. Les trous d’homme portent ici très bien leur nom…
Près de l’océan, les chauves-souris, nombreuses, sont aussi grosses que des mouettes!
Les poulets courent librement dans les rues. Ils sont petits, musclés et un peu moins tendres que notre grosse volaille, mais ô combien goûteux. Ici, on les appelle les «poulets bicyclette»!
Une des bières locales populaires est la Béninoise. Blague douteuse entendue à ce sujet : «Ta Béninoise, tu la veux en pagne ou en bouteille?»
Où boire une Béninoise, une Beaufort ou une Castel fraîche sur le bord de la rue? Dans une buvette!
Ce minuscule pays est 85 fois plus petit que le Canada!
Votre commentaire me touche. J’ai adoré notre séjour dans votre fantastique pays, et surtout, les contacts privilégiés que nous avons eus avec les Béninois. J’espère par ces chroniques avoir donné envie à d’autres voyageurs de découvrir le Bénin.