Cette chronique fait partie d’une série que j’appelais, dans un autre ailleurs, « Rien à dire ». Je parlais de tout et de rien, mais souvent de François Avard. Foglia parle bien de ses chats, Avard parlait parlait de son boss, Martineau parle de femmes voilées – comme quoi, souvent, il n’a pas l’air d’avoir grand chose à dire –, moi je parlais de Fafa, dont je n’ai plus de nouvelles. Je ne le vois plus, je ne le lis plus, je ne sais plus rien de lui et il me manque, un peu, oui. «Heille tabarnak, tu vas-tu la farmer ta crisse de yeule ou ben va falloir que j’t’la farme? Carl! Carl! Carl! Es-tu sourd ciboire? VIENS ICITTE!» La femme saoule ne parlerait pas à son chien sur ce ton. Voisine à la piscine pleine de bière… Presque l’impression que ces cris ne me viennent pas de la réalité, mais d’une télé qui reprendrait Les Bougon en boucle. «Alexandre! Alexandre! Alexandre! ALEXANDRE! J’t’ai dit d’débarquer d’ssus Lise, crisse! Ça va faire, sortez-d’l’eau, là! Mais on est sorti! Me prends-tu pour une folle, ciboire! Carl! Carl! Alexandre! Lise, débarque d’en-d’sous d’Alexandre!»
Sans arrêt depuis midi. Il est 20h. Et après ça on dit que les auteurs exagèrent…
Pas grand chose.
Je cherche François sur Google, tiens.
Rien de neuf. À part une participation au jeu radio «Ou avais-je donc la tête», de l’émission La tête ailleurs, animée par le toujours aussi excellent Jacques Bertrand, à part un petit clip pour le show Ha-Haïti, sur MusiquePlus en janvier dernier, rien de significativement récent à propos de mon ami Fafa. Devrais-je m’inquiéter? A-t-il décidé de prendre la route de l’ombre? Je suis un peu inquiet. D’autant plus que mes voisins continuent de braire sans que personne ne prenne la peine de rendre compte de leur univers.
Allez, je tente de voir s’il est sur Twitter…
Résultats de noms pour : françois avard
Nous n'avons trouvé personne nommé françois avard.
Pas de twitt non plus… Me semble que la formule des 140 caractères lui irait bien.
Je suis vraiment inquiet.
«Marco!»
Tiens, un autre.
Ça doit faire trente-six fois que la même voix saoule et suraiguë appelle Marco. Sans arrêt et à toutes les secondes. De trois choses l’une : ou Marco est sourd; ou bien il a la tête sous l’eau et sa mère ne se rend pas compte qu’il se noie; ou alors, la mère est accrochée sur quelque chose que je ne connais pas. La Bud Light Lime, peut-être…
Et ça continue! Sans arrêt depuis au moins quatre minutes!
Marco, bonyeu! Réponds! Ta mère va me rendre fou…
François Avard, lui, au lieu de déprimer sur notre monde et de ne rien en faire d’autre qu’une pauvre chronique, prendrait des notes et arriverait à nous pondre une série télé, ou encore des blagues à n’en plus finir pour l’un ou l’autre des humoristes avec qui il travaille.
Je suis jaloux.
Pas de la piscine de mes voisins ni de leur caisse de bière, mais de cette capacité à transformer notre monde en une œuvre, en culture, en divertissement – cette dernière appellation étant de loin la plus payante – c’est peut-être là que s’établit la différence entre François et moi : la capacité de divertir.
Moi, je suis trop prise de tête.
Je suis jaloux. Et nettement plus pauvre que François…
Passé la journée de samedi avec mes potes de Parabellum. C’était beau. Rendez-vous de vieux punks rockers devant l’éternel. On a bu (pas trop) et on s’est rappelé quelques vieux souvenirs. On a mangé (pas assez) et on a ri (beaucoup). On est toujours en vie, ce qui en soi est presqu’un miracle vu tout ce qu’on s’est envoyé derrière le t-shirt ces trente dernières années.
Le pire, c’est qu’on mord encore dans la vie avec autant d’intensité et de vivacité qu’autrefois. En se couchant un peu plus tôt, oui, et un peu moins saoul, aussi, et moins givré, bien sûr, avec un peu moins de Windex dans le châssis…
Mais malgré tous nos excès, jamais nous ne crions par la tête des enfants qui jouent en toute insignifiance.




