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Réprimer la fête



Publié le 29 Juin 2010
Publié le 16 Juillet 2010
 

J’avais décidé de ne pas vous parler de la Fête nationale, mais je n’avais pas envie de passer pour un rabat-joie ou un casseux de party. D’autant plus que je n’étais ni sur les plaines le 23, ni dans le parc Maisonneuve le 24. À priori, j’avoue que j’avais même décidé de ne pas sortir : les rassemblements populaires me laissent de plus en plus froid.

Sujets :
SAQ , Le Devoir , Radio Radio , Rue de Castelnau , Gaspé , Montréal

Je n’avais pas envie de vous parler de ça, mais je viens de lire un billet dans Le Devoir qui me fait changer d’idée. Allez lire et revenez-moi : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/291588/lettres-quebec-je-ne-t-aime-plus

C’est fait? Laissez-moi maintenant vous raconter ma soirée du 24. Je vais souper chez mon ami Sébastien, qui habite rue de Castelnau, près d’Henri-Julien. J’arrive là avec mon petit sac SAQ et je vois de loin que la rue est bloquée à de Gaspé. On y a installé une scène. Cool! Une fête de quartier, une fête populaire! Aux barrières, un jeune poulet jaune m’arrête et me dis, un peu trop sèchement, en visant mon sac SAQ : pas de bouteille de vitre sur le site! Je dis que je vais là, juste là, chez un ami. Poulet jaune me fait des gros yeux, comme si je le niaisais et, après une hésitation d’une extrême méfiance, il me fait signe d’y aller, en me laissant savoir clairement qu’il me surveille.

Je sonne chez Sébastien, à moins de 15 mètres de la barrière. Pendant que j’attends qu’il m’ouvre, je me retourne pour voir que Poulet jaune ne me lâche pas des yeux, les deux poings sur les hanches. Flic jusqu’au bout des ongles, et avec des gros yeux méchants! Hou, j’ai peur!

Je n’ai pas pu résister, quand la porte s’est ouverte, je lui ai fait un finger. Ado attardé que je suis, va!

Je n’en peux plus de cette ambiance policière qu’on nous impose lors d’événements publics. Toute la soirée, sur le balcon de Sébastien, j’ai eu envie de lancer des bouteilles sur la tête des petits flics qui se faisaient leur "power trip" dans la rue, juste pour foutre ma merde, juste pour signifier mon désaccord. Je les ai vu fouiller des poussettes de jeunes mères aux gros seins pleins de lait. Je les ai vus fouiller les sacs de mémés pastel. Et je les ai vu fermer l’accès au site alors qu’il restait encore assez de place pour fitter au moins 150 autres personnes. "Power trip" sécuritaire, je vous dis. Indigne et épeurant.

Au début de Radio Radio (parce que c’était eux qui jouaient, juste après Madame Moustache), nous sommes descendu, pour voir, un peu. Bouchon terrible devant le stand à bière. Non seulement on vous interdit d’en amener sur le site, mais en plus, on vous sert dans des gobelets en plastique, mous et "cheaps". Faut donc attendre. Et c’est long verser des centaines de bière dans des gobelets en plastique. Et au bout de vingt minutes, trois bières à la main – j’avais décidé d’en prendre pour mes amis – le fun commence. Se retourner, se frayer un chemin dans le troupeau d’assoiffés, trébucher sur les crisses de sacs à dos qui trainent entre les pieds des spectateurs, de telle manière qu’au final, il manque la moitié de la bière dans les gobelets, un peu plus mous et un peu plus "cheaps" que tout à l’heure.

Pas trop envie de faire le party, je vous jure.

Autre chose : étaient-ce nos oreilles ou baissait-on le son petit à petit? Au début, impossible de s’entendre parler. Bon "feeling de show", j’aimais! Puis, au fur et à mesure du spectacle, on s’est rendu compte qu’on arrivait à s’entendre crier, puis parler.

Plus vraiment de "feeling", on rentre donc chez Sébastien : envie d’une bière – en bouteille –, et surtout pas envie de refaire la queue. On s’installe sur le balcon pour la fin du show, pour se rendre compte qu’aussitôt la musique arrêtée, le site se vide. 23h et non seulement le show est fini, mais on démonte la scène et plus aucun fêtard ne traîne sur place. Quel sens de la fête! Quelle ville folle, Montréal! N’y aurait-il pas moyen de se laisser exploser, ne serait-ce qu’une fois par année, toute la nuit!

Vous savez pourquoi on a arrêté d’appeler la Saint-Jean par son nom? Moi je pense que c’est parce que nous ne fêtons tout simplement plus la Saint-Jean, ni surtout la fête Celte qui en est à l’origine : La Grande nuit. Fête de la lumière et de la fertilité, on allumait des feux partout, question de se donner l’impression que le jour ne s’arrêtait pas, on buvait, et on baisait toute la nuit.

Les choses ont bien changées… Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on fête la puissance de la police, la panacée du contrôle, le bandage du "power trip" sécuritaire. Petite fête bien sage et polie, presque craintive…

Alors, à la jeune femme triste du Devoir, je dis oui : nous avons échappé quelque chose ces trente dernières années. Nous avons échappé le sens de la fête, au profit d’une bande de mous qui se masturbent sur leur impression de sécurité, tout comme sur les mythes qu’ils entretiennent quant à leur capacité, tant de fêter que de se révolter.

Maintenant, la seule manière de fêter avec de la vitre et sans flic, c’est dans le bois, loin de tout, loin des autres. Et encore. Faut surtout pas avoir de voisins délateurs…

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