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Librairies et autres petites pensées culturelles



Michel Vézina

Michel Vézina

Publié le 17 Août 2010
Publié le 17 Août 2010
 
Sujets :
Ministère de la Culture , Costco , Rimouski , Québec , Genève

Vous allez vous dire que je parle de la fermeture de la Librairie Blais à Rimouski parce que Foglia en a parlé samedi dernier dans la Presse. Que nenni. J’ai appris vendredi la fermeture de cette librairie et j’avoue que ça m’a fait un pincement. Toute fermeture de librairie a de quoi rendre triste, sauf que dans ce cas-ci il s’agit quand même de la librairie où j’ai pris mes premiers contacts avec les livres, dès ma plus tendre enfance.

 

On vendait des livres à la librairie Blais depuis 73 ans.

 

Les trois propriétaires n’arrivent plus à tenir. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, elles pouvaient garder leur fond grâce aux ventes de best-sellers, de dictionnaires et autres gros vendeurs. Ce n’est plus possible : les grandes chaînes cassent les prix sur les gros vendeurs, sans toutefois ne rien offrir d’autre aux lecteurs. Et tout ça, c’est à cause du manque de couille magistral de notre gouvernement et de son ministère de la Culture. Il est clair que la pensée néolibérale de libre marché à tout crin refuse de protéger un secteur qui ne répond pas à toutes les lois de ce dit marché. Un paquet d’intervenants du monde du livre s’égosille pourtant depuis des années à faire comprendre à nos dirigeants qu’une loi sur le prix unique est non seulement souhaitable, mais nécessaire à la survie des petites librairies et, du même coup, de toute la chaîne du livre. On n’invente rien : l’exemple de nombreux pays est là pour nous le démontrer, nous le prouver, nous le mettre sous le nez. La loi sur le prix unique permet, là où elle est en vigueur, à tout un paquet de petits libraires d’au moins ne pas crever.

 

Qu’est-ce que ça change? Si les petites librairies peuvent compter sur les blockbusters pour se refaire un peu, elles peuvent s’assurer de conserver un fond dont les énaurmes n’ont rien à faire. Aujourd’hui, pour chaque Twilight vendu chez Costco (qui ne garde aucun livre qui ne soit pas un best-seller) à 5$ ou 10$ de moins, la petite librairie peut d’autant moins espérer se voir le nez sortir du bourbier. À la vitesse où ça va, je prédis que le gouvernement va se décider à bouger le jour où il n’y aura plus de petites librairies du tout…

 

Ce sera bien pratique, tiens! C’est bien connu et ça se sait, lire, ça ne sert à rien.

Notes éparses : les « amis »

Je jasais avec un collègue, jeudi, qui jusqu’à tout récemment, l’été, pour se renflouer, lavait des vitres. Il se baladait avec son kit, de quartiers riches en quartiers riches, et aussi, quelquefois, il travaillait sur des immeubles publics. Un jour, alors qu’il torchait les vitres d’une garderie et que les marmots couraient autour de son échelle, il s’est permis de descendre pour leur expliquer, fermement mais poliment, que c’était dangereux et qu’il fallait qu’ils le laissent tranquille. Or dans sa diatribe, il les a appelés : « les enfants ». Quelques instants plus tard, deux gardiens-techniciens-de-l’enfance-éducateurs-qu’on-ne-sait-plus-comment-les-appeler viennent vers lui pour le réprimander d’avoir non seulement osé émettre une interdiction, mais surtout de les avoir traités « d’enfants ». Il aurait fallu dire « les amis ». Apparemment, le patronyme « enfant » serait réducteur et pourrait causer aux chiards des préjudices psychologiques graves… Qui plus est, le fait de leur interdire de jouer autour de son échelle était très mauvais pour leur développement personnel et leur estime d’eux-mêmes.

 

Des fois, des fois, je vous dis, y’a des baffes et des coups de pieds au cul qui se perdent. Et pas aux enfants!

Notes éparses, bis : Pub.

Je vous l’ai déjà dit, je n’écoute presque plus jamais la télé. Je m’y suis laissé aller un peu, vendredi, chez une amie. Première pub que je vois depuis des mois : la crème contre les vaginites à levure. Me suis dit : enfin, quelque chose d’intéressant! À quand les pubs pour la crème qui rend moins con?

Notes éparses ter : immigration

J’ai des amis Suisses qui veulent immigrer. Il est écrivain et elle est infirmière. Ils ont deux enfants. Pour des raisons évidentes, ils appuient leur demande sur la base de son dossier à elle – tout le monde le sait, au Québec, on ne veut pas trop s’embarrasser d’écrivains étrangers, des fois que ça pourrait nous rendrait moins imbécile. Dans le cas des infirmières, il est cyclique et régulier d’entendre dire que nous sommes en pleine pénurie, que la formation coute cher, qu’il faut inciter des infirmières de l’étranger à venir pratiquer chez nous.

 

La femme de mon ami écrivain est bardée de diplômes : haute école de santé de Genève, spécialisation en gérontologie (spécialité dont nous aurons grand besoin dans les années à venir, ici), diplôme de direction d’établissement, ajoutez à cela vingt ans de pratique en tant qu’infirmière, chef infirmière et directrice administrative.

 

Le profil idéal, quoi.

 

Sauf que ses diplômes ne sont pas reconnus au Québec. On lui a dit qu'il lui faudra suivre deux ans de cours – heu, la formation complète d’une infirmière, c’est trois ans, non? – passer un examen, et ce simplement pour avoir le droit de postuler en tant que « candidate » infirmière... Tout ceci sans compter le programme de mise à niveau obligatoire pour toute nouvelle infirmière au Québec, même expérimentée!

 

Posons la question de manière simple : si les diplômes d'infirmière obtenus en Suisse ne sont pas reconnus, lesquels le sont ? Les togolais ? Les srilankais ? Les paraguayens ? Pourquoi ne pas plutôt, simplement et avec honnêteté, dire clairement et officiellement que nous refusons l'intégration d'infirmières étrangères ? Ça aurait le mérite d’être clair, simple et, surtout, plus honnête envers ces gens à qui on fait miroiter la vie chez nous.

 

Ah oui, j’oubliais, mes amis sont blancs et parlent français. Bon, avec un petit accent suisse, mais c’est tellement mignon…

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