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Écrire un roman



Michel Vézina

Michel Vézina

Publié le 24 Août 2010
Publié le 24 Août 2010
 

Je pourrais parler de la rentrée scolaire et de tous ces jeunes qui arrivent au Cégep et qui ne savent pas lire; je pourrais parler de l’exclusion de Wyclef Jean à l’élection présidentielle d’Haïti; je pourrais parler de routes encore, et du bordel infernal que nous avons vécu ce week-end en essayant de sortir de la ville; je pourrais parler de livres, aussi, des deux Poulpes que j’ai lus récemment, de Virginie Despentes et de son Apocalypse bébé, d’un recueil de nouvelles noires; je pourrais vous parler du mien, comme Beigbeder avait déjà fait, en se critiquant lui-même. Mais non, je ne m’autocritiquerai pas aujourd’hui, mais je vais quand même vous parler d’écriture.

Sujets :
Lire

Que faut-il pour devenir un bon écrivain? D’abord, lire. Beaucoup. Vraiment beaucoup. Lire ses propres textes, bien sûr, et souvent, mais aussi ceux des autres. Je ne suis pas inquiet, si vous cherchez vraiment, vous saurez bien trouver parmi les centaines de millions de titres publiés depuis l’invention de l’imprimerie. Puis, comme le suggère notre bon vieux Bukowski, laissez-vous aller aux plaisirs de la vie, et aussi à certains bonheurs artificiels. Le vieux Buck disait qu’il fallait faire beaucoup l’amour pour espérer devenir un bon écrivain. Et boire de la bière. Beaucoup de bière. Encore plus de bière…

 

Et lire, aussi. Je ne connais pas d’écrivains qui ne lisent pas. J’en ai connu un. Il a jadis lu et aussi jadis bien écrit. Aujourd’hui, il ne lit plus de peur de voir sa plume influencée par ses contemporains. Cela dit, il n’écrit plus grand-chose…

 

Lire, donc. Beaucoup.

 

Les éditeurs reçoivent mille manuscrits par année. À peine un ou deux finissent par paraître. Le reste : du grand rien qui vaille. Pourtant, c’est long écrire un roman! Ça demande du travail, de la détermination, du cran, de l’audace! Pourquoi y passer tant de temps ? Un ancien ministre de la Culture de ma connaissance devenu éditeur m’avait dit, un jour : « ne nous reste plus qu’à espérer, maintenant, que tous ces gens qui écrivent se mettent à lire! » Écrire un roman, donc. Lire, boire de la bière, et faire l’amour de temps en temps. S’installer devant sa machine et taper dessus. Taper comme si vous étiez engagé dans un combat contre le champion du monde des mi-lourds. Tapez, tapez, en essayant de ne pas trop saigner du nez.

Décollage

Chez moi, ça ne commence jamais de la même manière. D’une idée souvent vague, d’un thème, d’un ou deux personnages, quelquefois, c’est un événement, une anecdote. J’écris. D’abord dans le désordre le plus complet. À l’ordi, direct, un chapitre par fichier. Vient inévitablement le moment où je suis perdu. Complètement perdu. Je sais plus où j’en suis, je ne sais même plus si j’ai ou non déjà écrit cette phrase. Je ne sais même plus si j’ai un livre ou non. J’ouvre alors tous les fichiers, pomme A, pomme C et, dans un nouveau document : pomme V. Les uns à la suite de l’autre. Imaginez le bordel.

 

Là, je lis.

 

Tout.

 

Et je capote.

 

Parce que c’est souvent nul.

 

Alors je laisse mûrir – ou pourrir, c’est selon – pendant des semaines, en pleurant, en geignant, en disant à mes ami(e)s que je suis nul, que j’arrête d’écrire… Je bois, je lis de vrais auteurs, je sombre dans les affres du stupre et, parce que ça continue de me chicoter, je finis par rouvrir le document. Et je relis du début. Je corrige et je réécris, et je biffe et je recommence et j’arrache et je saigne à blanc, et je colle et je refais, et je me rends au bout, encore une fois.

 

C’est souvent encore très nul, mais tiens, il y a des bouts qui commencent à me plaire.

 

Puis je recommence encore. Je lis et relis, je gosse et je regosse. Et quand je ne suis plus capable de ne rien voir, je fais lire à deux ou trois amis très méchants, mais en qui j’ai entièrement confiance. Eux, leur job : me faire mal.

 

Quand ça revient et que ça saigne – oui, c’est l’effet que me fait le stylo rouge (ou les marques du suivi des modifications) –, je veux m’arracher le cœur et mordre dedans tellement je me trouve nul. Et comme je ne suis pas très humble, comme mes confrères de la grande famille des pousseux d’crayons, nos conseillers s’en prennent pour leur grade. J’ai souvent envie de les étrangler : ils n’ont rien compris!

 

Et puis je m’y remets. Je recommence, je reviens, je relis encore, je reprends. Finalement, je me rends compte que mes amis lecteurs avaient raison, à 95%, mettons (faut bien se garder une petite marge, non ?).

 

Je relis encore, je peaufine, je gosse de la virgule.

 

Et enfin, quand c’est prêt… j’envoie à l’éditeur… qui lui aussi va tout me saloper ça, va me demander des changements, va me refaire piocher, relire, revenir, réévaluer…

 

Et une fois sorti, c’est malheureusement dans l’indifférence la plus totale… Écrivain : un métier de masochiste… qui aime lire, et boire…

Commentaires

  • Nom de l\'usager
    Janny
    - 7 Juillet 2011 à 09:47:01

    I think that peole should learn all their lifes. Paper Writers wrote about importance of it.

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  • Nom de l\'usager
    Chabin
    - 7 Septembre 2010 à 09:15:40

    N'oubliez quand même pas la jouissance d'écrire, les gars. Elle existe. Si c'était juste douloureux, on arrêterait tout de suite. On le sait, qu'on ne sera pas lu, ou peu, mais on n'écrit pas pour ceux qui ne lisent pas, justement. On écrit parce qu'on aime ça. Pas masochiste pour un sou...

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  • Nom de l\'usager
    Dydydoodoodydoo
    - 7 Septembre 2010 à 09:13:15

    Le labeur fait partie de l'écriture, certes, ms ça reste un jeu, non ? Et pas seulement un jeu de maux... Et puis, ya qd même des fs où ça sort tt seul, non ? Et on a beau relire, encore et encore, on ne trouve rien à corriger, c bon comme ça !

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  • Nom de l\'usager
    Vaire Mine
    - 30 Août 2010 à 09:25:47

    Le labeur fait partie de l'écriture, certes, ms ça reste un jeu, non ? Et pas seulement un jeu de maux... Et puis, ya qd même des fs où ça sort tt seul, non ? Et on a beau relire, encore et encore, on ne trouve rien à corriger, c bon comme ça !

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  • Nom de l\'usager
    Chabin
    - 26 Août 2010 à 17:39:43

    N'oubliez quand même pas la jouissance d'écrire, les gars. Elle existe. Si c'était juste douloureux, on arrêterait tout de suite. On le sait, qu'on ne sera pas lu, ou peu, mais on n'écrit pas pour ceux qui ne lisent pas, justement. On écrit parce qu'on aime ça. Pas masochiste pour un sou...

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  • Nom de l\'usager
    Alain Ulysse Tremblay
    - 26 Août 2010 à 14:28:15

    Salut Michel ! J'espère que tu vas avoir plein de réactions à cette chronique. Parce que oui, c'est désespérant, l'écriture, parce qu'on s'y sent seul, sans boussole, en pleine mer (Steer to the open sea !)... Le manuscrit (ou tapuscrit) est un radeau auquel on s'accroche, naufragé de l'idée en développement. Et souvent, les bouées qu'on nous lance (les amis très méchants) nous arrivent sur la tête comme une tonne de briques. Mais ces très méchants commentateurs sont nécessaires. Je te rappele en passant que tu n'es pas très doux toi-même et que c'est pour ça (par amitié :)) qu'on se reprend sur tes textes. Pour devenir écrivain au Québec, il faut accepter l'analphabétisme (50 % de la population), la stupidité éditoriale (75 % des éditeurs), le désintérêt généralisé pour la littérature québécoise (d'ailleurs, qui donc lit cette poutine indigeste composée en créole nordique et asssaisonnée à la sauce américaine?) et le manque de culture générale des critiques littéraires (sans parler de leur manque de goût). Mais il reste quand même qu'on écrit des romans... Qu'on boit un verre à la santé des auteurs qu'on lit... Qu'on aime quand même nos amis très méchants... Alors, peristons et signons !

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