J’imagine que là n’est pas la question.
Alors, y a-t-il trop de livres ou pas assez de lecteurs ? En appliquant aux livres – et aux œuvres en général – les lois des marchés, en industrialisant la production, l’objet culturel ne peut plus être perçu comme autre chose qu’un produit de consommation. Or, qui dit marché dit productivité. Et qui dit productivité dit machine qui doit rouler. Pour ça, il faut fournir la matière. Les œuvres, quelles qu'elles soient, voit leur durée de vie ajustée à leur capacité de trouver preneur : elles doivent coûter moins cher à être maintenu sur une tablette qu’à être donné en pâture au pilon. Produisez une paire de chaussettes et vous la trouverez à La Baie tant et aussi longtemps qu’elle n’y amassera pas de poussière. Si tel devait être le cas, elle se retrouverait dans ce que le système a créé de mieux pour s’en débarrasser : le Dollorama.
Au Québec, des efforts considérables ont été mis en place depuis les années 1960 pour faire réaliser aux Québécois qu’ils étaient un peuple créateur. Des artistes. J’insiste sur l’italique. Le Québécois cultivé d’aujourd’hui est celui qui produit de l’art.
Dès la prise de conscience de sa capacité de faire (ou de son besoin, tout comme il est d’autres types de besoins primaires), l’artiste québécois est confronté à l’exubérance et à la panoplie de ce qui lui est proposé pour construire son éventuel savoir. Il est donc normal qu’il, l’artiste, prenne peur! Sur les sept ou huit cents livres qui viendront garnir les tablettes des librairies ces prochaines semaines, la plupart n’en liront à peine que trois ou quatre. Et encore faudra-t-il ensuite en parler.
Au Québec, il y a très peu de lecteurs innocents et gratuits, il y a des auteurs en devenir. Une rentrée, c’est donc une menace, c’est la horde sauvage qui débarque avec son armada, et c’est vécu comme l’impossibilité de se voir soi-même.
Combien lirez-vous de livres, cet automne? Qu’en tirerez-vous? En quoi ces œuvres vous changeront-elles? Qu’apprendrez-vous?
Depuis quelques semaines, je fréquente Twitter. J’avoue, je suis plutôt sidéré par le temps que certains semblent passer à chercher en 140 caractères, la ligne qui tue. À eux deux, Guy A. Lepage et Dany Turcotte pondent des dizaines, que dis-je, des centaines de tweets tous les jours : du plus banal incident à une espèce de gymnastique de la joke brève et souvent ratée, en passant par le moindre état d’âme, tout y passe, des anecdotes de tournage aux kicks d’amourettes loadées.
Est même en train de naître un audimat twitesque : Guy A. a atteint les 20 000 suiveux la semaine dernière et il s’est empressé de le leur faire savoir à tous. Bientôt, il va pouvoir vendre de la pub sur son tweet. Oui, le spectacle continue.
En contrepartie, outre le suivi heure après heure des bêtises et des aléas de nos vedettes, plusieurs se servent de l’outil pour faire passer de l’information. Je me croyais infophage, mais devant un Simon Jodoin, un Akli Aït Abdallah ou un Bruno Guglielminetti, je suis un grossier scanneur de l’actualité quotidienne. La quantité de liens qu’ils proposent suppose qu’ils naviguent sans cesse sur les ondes du web pour les y trouver et nous les faire partager. Assistons-nous à la naissance d’un néo-journalisme ? Depuis que je les suis, j’ai appris beaucoup de choses. Je n’arrive pas à tout lire, évidemment, l’info c’est comme les livres : plusieurs ne valent pas qu’on fasse plus que les feuilleter ou les parcourir, mais souvent, lorsqu’on tombe sur une perle dont on s’est fait pointer du doigt le compte-rendu, lorsqu’on apprend l’existence d’un événement qui autrement nous aurait échappé, on peut dire qu’il s’agit d’information, et ce, au sens le plus noble du terme.
Nos grands journaux se font aujourd’hui le relais de cette sempiternelle information locale et spectaculairement insipide. Il n’y a presque plus de différence entre La Presse et le Journal de Montréal : on parle de crise de l’information. J’avoue, c’est sur Twitter que je pêche mes infos les plus pertinentes, et ce, grâce à quelques-uns de ces abonnements qui aiguillent mon regard.
Quant aux jokes et autres états d’âme anecdotique, vous me direz que je n’avais qu’à ne pas m’y abonner et que, mieux, je pourrais simplement me désabonner…
Tiens donc, quelle bonne idée! Considérez-vous comme flushés, messieurs!