Jusqu’au 27 février prochain, ne ratez pas cette occasion que vous donne la Tohu de parfaire votre culture circassienne. En voyant le Festival mondial du cirque de demain, si vous êtes attentifs, vous pourrez comprendre une chose ou deux. D’abord qu’il ne s’agit en rien d’un hasard si les numéros qui y sont présentés proviennent des quatre coins du monde. Et ensuite, vous vivrez un bel exemple du dilemme qui alimente la planète cirque depuis au moins trente ans : Cirque traditionnel ou Nouveau cirque ?
Moi je dis que ce spectacle a le cul entre deux chaises : une structure on ne peut plus traditionnelle baignée d’une tentative de nouveauté.
N’eut été de la drôlissime prestation du maître de piste Calixte de Nigremont, il aurait été impossible de passer outre la banalité du défilé formel que nous propose le Festival. Sur la planète cirque, on se questionne partout sur le langage propre au cirque, sur son écriture, sur sa manière de porter du sens. Or dans ce cas précis, l’excellence technique absolue des numéros ne peut malheureusement faire oublier la vacuité de l’ensemble proposé.
Structure trop traditionnelle, oui, mais aussi costumes et musiques. Ne citons que le cas criant du sublime numéro de main à main des Ukrainiens Igor Gavva et Iuliia Palii : mais comment peut-on réussir si mal à mettre en évidence les lignes sublimes que créent ces artistes avec leurs corps ?
Et la musique… Affligeante, rien de moins. Dérangeante comme une soupe de vieux sons plus que trentenaires, de la musak pour inadaptés auditifs! Des interprétations sirupeuses au point d’évoquer les pires moments des plus ringardes émissions de la télé française. Kétaine un max!
Mais les numéros : wow et re-wow! Tous, sans exception, tirent sans cesse les « O! », les « A! » et les « I! » (ces trois lettres essentielles au cirque). Des maîtrises techniques hallucinantes pour frissons garantis!
Dommage pour l’emballage... Peut-être aurait-il fallu laisser aux jeunes de l’École nationale de cirque de Montréal plus que le numéro d’ouverture et la barrière. Quelques entrées et sorties n’auraient certes pas nui à l’ensemble…
La bombe
Il nous est souvent donné à penser que le Québec moderne a commencé à prendre forme avec la parution du Refus global, en 1948. Moult éditions, ceux-là même qui nous avaient un peu surpris avec La conspiration dépressionniste en 2009 nous font découvrir une autre facette de notre histoire littéraire et intellectuelle avec La Bombe, le premier opus d’une nouvelle collection, Inauditus, qui se consacrera exclusivement aux rééditions.
Ce journal satirique et humoristique paru pendant six mois en 1909 replace les choses dans un contexte qui prend à contrepied cette idée générale qui suppose que la grande noirceur aurait envahi le Québec depuis la nuit des temps jusqu’à ce que les libéraux de Jean Lesage nous éclairent de leur tranquille révolution. Que nenni. Si l’on en croit cette publication, de joyeux trublions se permettaient de tirer une langue bien cinglante à certaines élites de leur temps.
Dans la bombe, le journal La Presse en prend (déjà ) pour son rhume. La Patrie aussi, tout comme plusieurs personnalités qui, si l’histoire a laissé leur réalisation debout, nous les a toutefois fait oublier. Je pense en ceci à Eugène Lassalle, fondateur du conservatoire du même nom, qui s’en prend plein la mâchoire, et d’une manière comme on n’en lit plus assez…
Auteurs et caricaturistes auront lancé six numéros de ce journal qui, si l’on ne peut le qualifier d’anarchiste, aurait beaucoup de mal à voir le jour et à survivre aujourd’hui, dans le contexte de gnagnaitude culturelle consensuelle avancée dans lequel nous baignons et par lequel tout semble mis en œuvre pour nous faire croire que nous sommes déjà morts.
EDF en Gaspésie
Quelle ne fut pas notre surprise, la semaine dernière, à moi et aux autres auteurs de La Série Élise (Coups de tête), d’apprendre qu’Électricité de France venait d’acquérir une partie des droits sur le parc éolien de la Gaspésie! Notre dystopie collective nous reviendrait-elle en plein visage? Dans La Série, tout à vraiment commencé quand l’un de nous (Laurent Chabin, Luna Park) a imaginé que les ressources du Québec en feraient une terre convoitée par les multinationales, particulièrement celles qui s’intéressent à l’eau et à l’énergie.
Ne nous reste qu’à espérer s’être trompés sur tout le reste, et que les années qui s’en viennent ne nous donnent pas raison avec autant d’acuité qu’en ce cas-ci…