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Je suis un naïf

Michel Vézina

Michel Vézina

Publié le 31 Mai 2011
Publié le 31 Mai 2011

J’ose encore espérer un monde où le cash ne serait pas le seul roi. Mais l’Histoire me le redit chaque fois que j’y mets le nez : toutes les découvertes, toutes les épopées, tous les développements, tous les grands mouvements et toutes les révolutions ont été menés au nom du commerce. Même Karl Marx pensait le monde en termes de Capital.

Sujets :
Quebecor , Colisée Le , Radio-Canada , Espagne , Russie , Québec

Je suis un faible, un utopiste et je crois en la bonté éternelle.

Une partie de moi envisage la vie selon l’angle de Rousseau (L’Homme naît bon et devient mauvais) et une autre l’envisage selon l’angle de Sade (l’Homme naît mauvais et devient bon). Jamais pu départager, prendre position. J’avoue, j’aime placer l’humain au sommet de la pyramide de l’évolution : j’aime croire en sa mansuétude, en son empathie, en son incommensurable capacité de compassion.

J’aime croire que l’Homme apprend.

Mais souvent, quand je l’observe sans me bercer d’illusions, force m’est de constater que c’est Sade qui avait raison : aux yeux de la nature, la vie d’un homme n’a pas plus d’importance que celle d’une mouche. Seule la constitution et l’élaboration d’un code moral nous empêchent de nous entre-étriper en hurlant de joie.

Nous nous sommes construit des remparts qui nous permettent de vivre en commun. Malgré les horreurs que la plupart des systèmes politiques ont engendrées, j’aime croire qu’il y a toujours eu des alternatives, tant politiques qu’économiques ou sociales, des gens qui s’opposaient réellement et qui proposaient des manières de pensées et de vivre qui n’avaient pas pour seule logique que la force (qu’elle soit physique ou qu’il s’agisse de celle de notre PIB).

Mais nous n’avons jamais cessé de nous arracher la peau de sur le dos des uns et des autres.

Petit à petit, les classes politiques et dominantes ont réussi à faire s’effriter toutes les autres morales que celle du cash, que celle du commerce. Et ça ne date pas d’hier.

Nous nous égorgeons et nous étripons encore.

Je regarde ce qui se passe en Espagne et oups, tout d’un coup, nos médias ne parlent presque plus de ce printemps qui, tant qu’il n’était qu’arabe, se traduisait comme un élan de liberté. Même demandes, mêmes requêtes, mêmes mouvements : s’agit d’un pays européen, élu, alors là, c’est plus pareil. Comment les gens peuvent-ils demander la liberté et une meilleure répartition des richesses s’ils vivent déjà dans le meilleur système : la démocratie!

Je lisais dans une biographie de Kropotkine [Pierre Kropotkine, prince anarchiste, George Woodcock et Ivan Avakumovic, les éditions écosociété] que la fin du servage en Russie avait permis de créer le crédit. Si les serfs avaient désormais le droit de posséder la terre, il leur fallait par contre emprunter pour l’acquérir. Or, une fois ruinés par des intérêts sur la dette encore plus grands que les anciennes exigences de leur servage, plusieurs sont revenus demander à leurs anciens maîtres de les reprendre à leur service…

La technique est sûre et fonctionne toujours : on laisse crever de faim ceux qui sont prétendument libres pour mieux les exploiter ensuite.

Ici, des gens sont dans la merde (ou plutôt dans l’eau) et on leur dit que le nettoyage ne relève pas de l’État, mais de l’entreprise privée. Ce sont les compagnies d’assurances (pour ceux qui en ont) qui paieront de petites entreprises qui se feront une piastre ou deux. Ensuite ce seront nos primes, toutes nos primes, qui augmenteront.

Une compagnie d’assurances, ça ne perd pas d’argent. Ça n’a pas le droit.

C’est la libre entreprise par excellence. La liberté d’exploiter le plus démuni, toujours plus. La liberté de profiter de tout, en tout moment.

Reste une alternative : l’aide directe. L’organisation communautaire. La démocratie directe. Or pourquoi alors remettre notre pouvoir entre les mains d’un tel gouvernement? « Ramasser des sacs de sable, c’est l’affaire du privé. On ne subventionne pas ça. »

C’est comme le financement des partis politiques. Le gouvernement Harper veut couper la subvention de 2$ par vote aux partis : j’imagine que là aussi il ne veut pas que l’État intervienne dans un secteur réservé à l’entreprise privée…

Cet homme veut le pouvoir, sans l’État. Et de toute évidence, il n’est pas le seul de sa bande.

J’aimerais croire que l’Homme apprend…

Un Colisée

Le projet du Colisée, c’est 200 millions de dollars à même nos taxes. Nos taxes à tous les Québécois. Or comme la moitié de la population du Québec vit dans la région montréalaise, c’est donc 100 millions de dollars qui proviendront des taxes des citoyens montréalais. Qu’en dise ou qu’en crie le maire Labeaume et ses hérauts, nous avons peut-être le droit de savoir à qui ils profiteront, ces dollars.

Je n’ai pas vu le plan d’affaires, mais moi je dis que les profits devraient être divisés en trois : entre l’exploitant, la Ville de Québec, et le Québec en entier.

Mais j’y pense : c’est pas Quebecor qui chiale sans arrêt parce que Radio-Canada est subventionné? Et c’est pas Quebecor qui publie le Journal de Montréal dont les chroniqueurs s’entendent à pleine page pour exiger que l’État arrête de garrocher notre argent par ses fenêtres?

Ah oui, j’oubliais : c’est y pas le JdeM qui a tellement écœuré ses journalistes pendant les deux ans du lock-out qu’il n’a même pas réussi à en garder vingt-quatre après la résolution du conflit? (http://www.newswire.ca/fr/releases/archive/May2011/28/c8477.html)

Commentaires

  • Nom de l\'usager
    bouchard
    - 7 Juin 2011 à 11:59:00

    yeahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh bravo

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  • Nom de l\'usager
    Hugo Beaulieu
    - 2 Juin 2011 à 09:00:23

    J'endosse à 100% votre propos. C'est l'histoire qui peut nous faire voir à quel point l'obscurantisme a toujours été la règle, pas l'exception. C'est aussi que les humains oublient leurs erreurs... quand ils ne les nient pas carrément.

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  • Nom de l\'usager
    Murielle Aufranc
    - 31 Mai 2011 à 15:30:34

    Félicitations pour cette réflexion sur la “révolution espagnole”… Il semble bien qu’en effet les salles de rédaction de “nos” pays ont décidé de diviser par dix la portée de l’événement. Et les violents matraquages de répression policière sont décrits comme des incidents quand ils ont lieu au nord de la Méditerrannée… C’est sûr que ce printemps européen remet plus en question… Peut-être certains deviennent-ils bons avec le temps et d’autres mauvais… L’ennui c’est qu’il semble qu’il y a de plus en plus de mauvais aux postes de pouvoir économiques et politiques… et ils en font des dégâts! D’ailleurs on ne nous montre bientôt plus que les mauvais: ça doit être une entreprise de démoralisation collective. Le spectacle des méfaits des puissants est si utile pour nous occuper et nous saper le moral! Pendant qu’on se scandalise, commente ou désespère, on ne fait pas la « Revolución ». Si les jeunes Espagnols brûlaient des voitures, ils seraient à la une en boucle. Ça servirait à justifier les politiques sécuritaires… Mais là, cette manière de se lever et de se rassembler pour revendiquer leur dignité et leurs valeurs avec un civisme et un pacifisme inébranlables malgré les provocations policières, avec passion et conviction, avec humour et intelligence aussi… Pourquoi donc la presse nous montrerait-elle cet élan de bonté et liberté? Et si c’était contagieux… ? Suivez-les sur Facebook le matin. C’est plus motivant que le téléjournal… Ça donne envie d’y croire et de les imiter!

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    • Nom de l\'usager
      Murielle Aufranc
      - 31 Mai 2011 à 15:44:06

      Le site pour suivre la Révolution espagnole : http://www.democraciarealya.es/

  • Nom de l\'usager
    Sophie Voillot
    - 31 Mai 2011 à 11:30:12

    C'est Rousseau qui avait raison: http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Science-Sante/2008/07/11/002-empathie-enfance.shtml

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    • Nom de l\'usager
      roy hubler
      - 31 Mai 2011 à 13:55:16

      bien sûr Rousseau avait raison dans la mesure où le tigre nait tigre et ne tuera que pour manger et survivre. Et peut-être à l'occasion pour se désennuyer, un lundi particulièrement long, mais jamais, que je sache, pour faire un profit avec sa proie. C'est cette caractéristique selon moi qui fait d'un humain un humain : à grandir dans une société capitaliste, il devient capitaliste (j'aime ici le parallèle lexical de capitaliste et cannibale).

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