Sur le divan

Geneviève Allard
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(Photo: Deposit Photos)

Dans mes pieds: J’aurais donc dû m’acheter les sandales sur lesquelles j’ai flashé à la vente trottoir sur Mont-Royal…

Dans mes oreilles: Coexist, le nouvel album de The XX

Dans mon esprit: “My desire to be well-informed is currently at odds with my desire to remain sane” – David Spiress

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La semaine dernière, j’ai écrit sur Facebook que je pensais que nous devrions tous aller chez le psy. En gang. Un psy, ça nous apprend plein de trucs, ça confronte, ça fait avancer. Un psy c’est autant in your face que doux. Vraiment, j’ai envie d’amener le Québec avec moi sur le divan. Parce que je ne comprends pas.

Je ne comprends pas ce qui s’est passé mardi soir. Je ne comprends pas le résultat de l’élection. Pour vous dire, on a fait un pool au travail parmi les journalistes de ma salle de rédaction, et au final, j’ai redonné à tout le monde son argent parce qu’on était tous dans le champ. Il est difficile de comprendre que 50 députés libéraux fassent leur entrée ou retournent à l’Assemblée nationale après le printemps érable, à l’aube de la commission Charbonneau, alors que l’on sent des odeurs de scandale et d’insatisfaction. C’est à se demander si nombre de gens ont vécu dans une bulle au point de penser que l’heure était au changement et ont finalement piqué du nez le soir du 4 septembre.

Et au lendemain de l’élection, une bonne partie de la population se sent comme un lendemain de veille…et se dit même insatisfaite du résultat. On voudrait être moins cohérent et je pense que ce serait impossible. D’ailleurs, à mon souvenir, le même genre de lendemain de veille était perceptible après les élections fédérales qui ont confirmé une certaine vague orange… Je me trompe?

Je ne me surprends pas ni me fâche des résultats de la Coalition Avenir Québec. Ils ont moins bien rallié les foules que ce à quoi je m’attendais, mais il n’en demeure pas moins que je pense qu’on ne peut plus douter qu’il y a une droite au Québec, et qu’elle est bien en selle. Elle n’est clairement pas dans le quadrilatère où j’habite ou même dans mes contacts dans les médias sociaux, mais elle est présente, au sein de ma propre famille même.

Est-ce qu’il faut passer par une réforme du mode de scrutin? Peut-être. Chose certaine, cela aurait permis l’élection de Jean-Martin Aussant et/ou d'un autre candidat d’Option nationale et autour de six de plus pour Québec solidaire. Sauf que suivant cela, la tarte électorale serait encore plus éparpillée et on aurait un gouvernement encore plus minoritaire. Est-ce qu’on serait plus avancé? Je ne déteste pas les gouvernements minoritaires, loin de là, mais je me demande si la pluralité des partis de gauche et de droite, et du centre tant qu’à faire, ne font qu’accentuer les difficultés. Changez de côté, vous vous êtes trompés… J’aurais aimé plus d’alliances de partis et moins de soif de pouvoir, mettons. Et permettons-nous d’extrapoler, Ce ne serait pas beau qu’il y ait des ministres de différentes allégeances au pouvoir? J’avoue que j’en ai marre de cette vieille façon de faire de la politique, mais je me demande si c’est vraiment ce genre de réforme dont on a besoin…

Je ne comprends pas ce qui s’est passé mardi soir quand Pauline Marois a fait son discours de victoire. Je ne comprends pas les huées dans la salle quand elle a salué le travail de Jean Charest et l’élection de Françoise David et quand elle s’est adressée brièvement en anglais aux Québécois anglophones qui craignaient son arrivée comme si elle était aussi sanguinaire qu’Hitler. Je ne comprends pas l’attentat qui s’en est suivi. Je ne comprends pas la déferlante de commentaire anglophobes et francophobes qui pullulent depuis. Ce n’est pas le Québec dans lequel je vis. En fait, je refuse de vivre dans un tel Québec aussi intolérant et fermé sur l’autre.

Parfois, j’ai l’impression que le Québec a un severe case de : « Moi, j’pas raciste, mais…»

Je ne comprends pas certains amis anglophones, éduqués, brillants, ouverts, parler de Pauline Marois comme si elle était une mégère qui faisait cuire des allophones pour souper. Je ne comprends pas certains amis francophones tout aussi éduqués, brillants et ouverts qui voient en toute personne qui parle anglais une menace à la francophonie. On en est vraiment encore là? Parfois, j’ai l’impression que le Québec a un severe case de : « Moi, j’pas raciste, mais…» 

Je suis furax de voir des liens pernicieux et malhonnêtes qu’on fait entre l’attentat de mardi soir qui a rendu une fillette de quatre ans orpheline et le bouillant mouvement étudiant, de voir des médias de toutes allégeances faire des raccourcis intellectuels pour berner l’opinion publique et entretenir un climat de haine.

Et qu’on soit ou non pour l’autodétermination du peuple québécois importe peu, puisque d’une part il y a des anglos qui sont pour la souveraineté et on sait bien qu’il y a des francophones qui ont une peur bleue de se séparer du ROC. Ça va bien au-delà de ça. C’est une peur de l’autre que je m’explique mal. Et d’une façon ou d’une autre, penser pouvoir faire la souveraineté sans la pluralité des voix, c’est se mettre la tête dans le sable. Protéger sa langue, oui absolument. Faire la chasse aux sorcières, no way.

Est-ce que le Québec est si intolérant que ça ? Est-ce que le Québec est si inconséquent que ça pour se donner des résultats électoraux complètement schizophréniques après ce qui apparaissait être une déferlante d’espoir et un souffle de changement? Ce mouvement était-il si loin de la "réalité"?

On a des sérieuses questions à se poser. Sur le genre de pays ou de province qu’on veut, certes, mais surtout sur les valeurs qui vont rejoindre le plus de monde (et je refuse de croire qu’ils soient autant aux antipodes que ça), sur le type de politique que l’on veut et le type de politiciens que l’on mérite. Et aller chez le psy en gang serait une bonne façon de commencer, non? Une belle thérapie de groupe, pour se gratter le bobo identitaire, ça serait pas mal non? En autant qu’on tablette pas le tout par la suite…

Je refuse, une fois de plus, vous le voyez bien, de sombrer dans le cynisme et j’écris cette chronique avec beaucoup de naïveté et en tournant les coins ronds, je sais bien. Sauf que bon, je me dis qu’il ressort du bon de cette élection malgré tout. Près de 75% de la population est sortie exercer son droit de vote. Des hommes et des femmes politiques méritants ont été élus et des goujats ont été défaits.  Une femme est maintenant à la tête du Québec. Ce n’est peut-être pas en vain au fond…

 

 

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Accepté: Tous les films à l’affiche maintenant ou bientôt que je veux voir! The Master, Un bonheur n’arrive jamais seul, Camion, L’Affaire Dumont, The Words, Après la neige, Philémon chante Habana, etc., etc., etc !

Refusé:  Le manque de courage, le fait que l’on tire peu de leçons, l’aplaventrisme, la violence, le fait qu’on a jamais été aussi divisés, le manque de cohérence. Et je m’inclus dans tout ça.

 

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