Bien entendu, à chaque saison, nous avons droit à une pièce plus déstabilisante pour le grand public. Nous pensons à La Charge de l’orignal épormyable de Claude Gauvreault en 2009, par exemple. Lorsque la programmation 2009-2010 m’est tombée entre les mains, une pièce a retenu mon attention : Huis clos de Jean-Paul Sartre, mise en scène par Lorraine Pintal.
Figure de proue de l’existentialisme, personnage marquant pour les mondains, même contemporains, et pénitence pour l’adolescent ayant des lectures obligatoires. L’auteur, lui-même, n’est pas à la portée de tous, il est adoré ou détesté. Si Camus rejoint l’adolescent rebelle, Sartre plaît à l’adulte légèrement désabusé.
Huis clos, est l’histoire de trois trépassés, que rien ne semble unir, qui se retrouvent en enfer. Qu’ont-ils fait? Nous l’ignorons, et ce n’est pas eux qui ont l’intention de nous le dire. Car même en enfer, ils essaieront de se justifier, de se camoufler, de dissimuler. Ines, Garcin et Estelle, vont bientôt découvrir que l’enfer peut être plus pénible que l’idée qu’ils en avaient.
Inès:
Je vois. Pour qui jouez-vous la comédie? Nous sommes entre nous.
Estelle, avec insolence
Entre nous?
Inès:
Entre assassins. Nous sommes en enfer, ma petite, il n'y a jamais d'erreur et on ne damne jamais les gens pour rien.
Le choix des acteurs qui joueront ces trois damnés, est intrigant et conservateur à la fois. J’ai été emballée de voir Patrice Robitaille jouer un lâche loin de ses rôles dans Québec-Montréal,Horloge biologique et Les Invincibles, son jeu est beaucoup plus fort et subtil, ce qui rend son Garcin, plus intéressant. Julie Le Breton, surprend avec son Estelle tout en frivolité, Sartre aurait été heureux, puisque grâce à elle, la pièce prend des accents de comédie pendant quelques instants. Seul bémol, Pascale Bussières, qui bien qu’excellente, n’arrive pas à faire oublier que l’on regarde Pascale Bussières jouer une femme calculatrice, manipulatrice et froide, son Inès n’est pas sans rappeler Lucie de Souvenirs Intimes. J’aurais aimé être déstabilisée un peu plus, voir un jeu moins cérébral, plus viscéral de la part de Pascale Bussières.
On ne peut passer sous silence, la magnifique « cage » créée par Michel Goulet. Cette œuvre, tout en vide, semble fragile et offre un nouvel axe de lecture de la pièce. Les personnages sont prisonniers de cette structure d’acier, mais n’ont-ils pas choisi eux-mêmes leur sort? Si l’enfer c’est les autres, n’est-ce pas parce que l’individu leur accorde trop d’importance?
Finalement, Huis Clos, mis en scène par Lorraine Pintal au TNM, répond aux attentes, sans plus. Son esthétique léchée et le jeu conservateur de ses acteurs font en sorte que les passions ne se soulèveront pas après les représentations. Mais, somme toute, c’est un bon spectacle, dont on aurait aimé plus de force, la pièce s’y prêtait fort bien.
Audrey Bluteau, collaboratrice citoyenne
Huis Clos répond aux attentes, sans plus
Un compte-rendu de notre collaboratrice citoyenne, Audrey Bluteau
Le TNM est reconnu pour offrir des programmations racoleuses. Plusieurs vous le diront avec dédain, d’autres, comme moi, vous diront, qu’il faut bien vivre. Le TNM le sait, et est conscient qu’on n’attire pas les mouches avec du vinaigre. Leurs affiches sont frappantes, les distributions solides et le choix des pièces peu risqué.
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