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L’ÉNÉIDE, épopée tragique, absurde et misérabiliste



(Photo: gracieuseté)

(Photo: gracieuseté)

Publié le 12 Mars 2010
Publié le 16 Juillet 2010
 

Un compte-rendu de notre collaborateur citoyen Michel Poisson

Dans le contexte social actuel, la pertinence de reprendre L’ÉNÉIDE (d’après Virgile), revisitée et mise en scène par Olivier Kemeid et la compagnie Trois Tristes Tigres à Espace Libre jusqu’au 20 mars 2010, est incontestable.

Sujets :
Statistique Canada , Groupe de minorités visibles , Denise-Pelletier , France , New York , Allemagne

Il y a à peine quelques jours, des projections de Statistique Canada démontraient que, selon les tendances démographiques actuelles, la proportion de citoyens canadiens appartenant à un groupe de minorités visibles atteindrait environ 30 % de la population en 2031.

Les peuples persécutés, exilés, réfugiés continuent d’arpenter la planète autant, sinon plus, que le troyen Énée et ses proches dans l’ère antique et comme le grand-père de Olivier Kemeid et sa famille en 1952.

Quant à moi, occidental américain canadien québécois privilégié de souche, puis-je parvenir à comprendre et fraterniser avec celui qui doit « déposer sa haine au pied d’un barbelé » ?

Le rapprochement entre l’odyssée épique d’Énée et les émigrants d’aujourd’hui est habilement illustré dans ce texte, publié en 2008 chez l’éditeur belge Lansman, lu publiquement en France et à New York, déjà joué en Allemagne et, l’été prochain, au Congo.

Le texte est dense, audacieux, essentiel.

Les comédiens personnifient avec une même intensité les antiques troyens tragiques, les exilés de toutes les époques et certains contemporains absurdes et comiques : un petit couple de touristes qui découvre cette horde épuisée sur la plage; la préposée de l’hôtel qui panique face à ces présumés terroristes; l’agente d’immigration ultra-méfiante; la tenancière de bordel à la fois généreuse et profiteuse.

Malgré toutes les qualités du texte et du jeu, la pauvreté de la production m’a rendu ces deux heures un peu longuettes : toiles de « tempo » usées et rapiécées, quelques troncs de cèdre, un peu de sable, trottoir en contre-plaqué noirci, …, Énée et son fidèle ami Achate dont les costumes demeurent identiques du début à la fin de leurs multiples et périlleux périples.

Je souhaite à ce texte et à ces comédiens, une production comparable à Une fête pour Boris (Usine C, février 2010) ou Lipsync (théâtre Denise-Pelletier, février-mars 2010). Michel Poisson

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