Mort à 22 ans, ce mathématicien méconnu du 19ème siècle se fait ici le porte étendard de l'abstraction, d'un changement de paradigme, d'un sens qui peut durer. Non seulement il s'agit d'un texte percutant qui porte le désir de liberté de Galois, mais on se retrouve ici devant une adaptation rythmée, sobre et teintée d'humilité.
Dès le début, on fait face à une distribution extrêmement solide et intense avec un Benoit Gouin captivant dans le rôle du spectre d'un mathématicien déchu et d'une Monique Spaziani en mère criante de déchirement. Par la suite, on découvre Benoit Drouin-Germain qui incarne Évariste. L'interprétation du jeune comédien est sans faute. On plonge dans l'univers coloré et revendicateur d'un sensible avant-gardiste, pour qui le temps ne peut être géré. Ce jeune acteur est ici soutenu par le reste de la distribution qui est présente sur scène tout au long de la pièce. Chacun leurs tours, ceux-ci donnent un rythme qui rend cette pièce si magistrale.
Comme les acteurs soutenant Évariste, les décors, éclairages ainsi qu'ambiances sonores sont là pour mettre l'accent sur la verve littéraire de l'auteure et cela de manière très sobre, épurée voire inquiétante. Impossible de faire abstraction des costumes de Marie-Chantale Vaillancourt qui sont grandioses et débordants de raffinements. Ils viennent donner la touche du 19ème siècle avec brio.
Cette œuvre est une ode à la dissidence d'esprit, au désir d'évoluer en tant que civilisation. Merci à Geneviève Billette de nous amener dans l'univers de cet illustre inconnu. On découvre un lyrisme scientifique digne des plus grands compositeurs classiques romantiques du 19ème.
Contre le temps, au Théâtre d'aujourd'hui jusqu'au 3 décembre.