Créé le 24 février 1990, avec des chanteurs populaires, l’opéra romantique Nelligan a d’abord été présenté à Québec, à Montréal puis à Ottawa; l’œuvre a été reprise en 2005 à Montréal dans une version écourtée, une nouvelle distribution, un écrin symphonique et des arrangements de Gilles Ouellet. Cette année-la, Nelligan avait d’ailleurs remporté le Félix du spectacle de l’année à l’ADISQ. Afin de souligner les 20 ans de la création de Nelligan, c’est dans une version musicale lyrique intimiste que les chanteurs de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal invitent le public à redécouvrir cet opéra qui explore la courte vie et le sombre destin du poète tourmenté. De ses premières grandes inspirations à son internement, l’opéra met en lumière la difficulté d’être artiste dans un Québec encore plongé dans la noirceur du début du XXe siècle.
En deux actes, et par des sauts temporels alternants entre Montréal et l’Hôpital Saint-Jean de Dieu, l’action de Nelligan nous le fait voir tour à tour jeune et vieux, parfois confronté à lui-même, dans un survol de sa vie, évoquant ses souvenirs d’enfance (quatuor : Elle a glissé de son lit), ses élans d’inspiration et sa conscience d’être un poète (air d’Émile : Tout me fait peur). Émile, aussi sensible que fragile, tente de s’affirmer, en tant qu’homme et poète, et vit intensément auprès d’artistes comme lui, jeunes et rêveurs (air de Charles : La Chasse-Galerie, et air d’Émile vieux : Au bout d’un long couloir). Émilie, mère aimante, sent peu à peu son fils lui échapper (airs d’Émilie : Baudelaire a tué son sourire, et Je veux mourir). Au fil de ses récitatifs, David, le père d’Émile, dénonce avec rigueur son désaccord avec la vie d’Émile, et exprime sa honte que son fils soit un French Poet. Et Émile, lui, chante avec exaltation sa joie d’avoir trouvé son crédo (air d’Émile : La Romance du vin).
Au deuxième acte, le rideau s’ouvre à l’église sur un chant grégorien; Émile y a passé la nuit, décidé à ne pas rentrer et faire face à ses parents. Émile jeune et vieux dialoguent. Pendant ce temps, les deux sœurs d’Émile (Eva et Gertrude), sa mère, le Père Seers, longtemps son protecteur, et la journaliste Françoise épiloguent sur la situation du poète (air de Françoise : L’indifférence, et air en trio : Si je pouvais faire quelque chose). Émile craint qu’un de ses poèmes ne lui cause des ennuis, sa peur grandit (air d’Émile : Air de l’asile). Son père David raconte à Émile l’espoir d’avoir mis au monde un héritier de ses racines irlandaises (Quand tu es né), et lui dit sans ambages qu’il est fou. En fait, tous croient que Nelligan, malgré son talent, sombre dans la folie, et qu’il doit être enfermé. Arthur de Bussières défend encore le poète et rêve d’évoluer à ses côtés (air Oui, je nous vois...). La peur dans les yeux, Nelligan chante son désarroi (De quoi suis-je coupable), et sa mère plonge dans une noirceur coupable (air d’Émilie : La dame en noir). Émile, vieux, chante avec résignation au final, à travers son poème le plus célèbre, Le Vaisseau d’Or.
Plus d’une mélodie s’est imposée depuis la création de l’œuvre, qu’on pense à l’air de Françoise au deuxième acte, L’indifférence, et Émile exalté qui chante La Romance du vin, puis l’Air de l’asile et enfin Le Vaisseau d’Or.
Salle Ludger-Duvernay, Monument-National
6, 8, 10 et 11 mars 2010 à 20 h & 13 mars 2010 à 14 h
LE GRAND TÉNOR QUÉBÉCOIS MARC HERVIEUX INCARNE LE POÈTE NELLIGAN VIEUX
Vingt ans. C’est l’âge qu’avait Émile Nelligan (1899) alors en pleine création littéraire, foisonnement de son art poétique. C’était aussi il y a 20 ans que le tandem André Gagnon / Michel Tremblay voyait la création de leur œuvre commune à l’Opéra de Montréal, Nelligan, un opéra romantique à la mémoire d’un de nos plus grands poètes québécois. Pour sa 25e saison, l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, en collaboration avec l’École nationale de théâtre du Canada et le Monument-National, offre sa propre production et revisite l’œuvre avec, dans le rôle de Nelligan âgé, le grand ténor québécois Marc Hervieux, et dans celui du jeune Nelligan, le baryton Dominique Côté. Six autres interprètes de l’Atelier lyrique complètent la distribution. Pour l’occasion, la partition musicale a été remaniée par Anthony Rozankovic - en étroite collaboration avec André Gagnon et la directrice musicale et pianiste Esther Gonthier – en une toute nouvelle version de chambre pour deux pianos et violoncelle. La mise en scène de cette nouvelle production a été confiée au comédien Normand Chouinard qui signe sa première mise en scène lyrique, en collaboration avec les finissants en scénographie et production de l’École nationale de théâtre du Canada.
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