Personnalisez votre journal

Morts

Publié le 7 Octobre 2009
Publié le 16 Juillet 2010
Sujets :
Drucker , Trois-Rivières

Je serai court et bref. Tant de choses ont été dites et écrites sur la mort de Nelly Arcan que je ne voudrais surtout pas en rajouter. J’ai mal. Et contrairement à ce qu’on croit, ça n’aide en rien à l’écriture.

Treize jours maintenant et encore, toujours, les mêmes questions sans réponses, celles qu’on se pose inévitablement quand un proche décide de commettre l’irréparable : pourquoi? Qu’aurais-je pu faire? Et le pire, c’est que je sais que dans dix ans, les mêmes questions reviendront, la même peine, la même douleur. Et surtout, les mêmes non-réponses.

Il n’y a pas de réponse. Il n’y en aura jamais.

Des spirales emportent mes amis, trop souvent. Des siphons monstrueux et douloureux. Personne n’est jamais épargné et, ce matin, j’avoue ne pas trop avoir envie d’écrire. Plus rien à dire, me semble. L’impression que rien ne sert à rien, que je hurle dans un désert. Même ceux que je croyais brillants se mettent à dire ou à écrire n’importe quoi. Et puis, il y a les pires, ceux et celles qui lui crachaient dessus, et qui ont aujourd’hui le culot de pérorer leur admiration, leur tristesse, leur larmoyant mensonge aussi hypocrite que nauséeux.

Plus aucun discours n’est critiqué. Tout est vrai et tout est faux. S’agit de dire quelque chose pour que ça devienne vrai. Comme si notre langue ne servait plus à rien, sauf à raconter n’importe quoi, n’importe quand. « Moi, je dis ce que je pense! » Oui, d’accord, mais peut-être devriez-vous penser à ce que vous dites…

Blogues, journaux, radios et télés débordent de conneries, et tout le monde laisse faire, comme s’il n’y avait rien à faire. Ça sent la peur, mais contrairement aux vraies dictatures, ici, c’est par vos petites jobs qu’on vous tient par les couilles. Ça gueule et ça rit sur toutes sortes de scènes, ça critique en riant des absurdités de nos politiques et de nos personnalités publiques, ça grogne sous calotte contre les agissements de nos patrons, mais quand le temps vient le temps de mettre ses culottes et d’être intègre, quand vient le temps de respecter ses positions et ses principes, ça baisse la tête et ça se penche en avant pour ramasser son minable petit chèque de paie, en disant tout bas que ça n’a pas le choix.

Il y a de moins en moins de vrais humains. Les derniers meurent.

Notre langue

Dimanche, j’étais à Trois-Rivières dans une chambre d’hôtel avec mon ami Mario-Marc Lessard. On discutait de tout et de rien en buvant du Jamieson dans des verres en carton qui fondaient sous le feu de l’alcool. On était un peu découragé, on avait le blues : les amis meurent pour rien, d’autres ramollissent ou courbent l’échine.

On a allumé la télé, juste pour voir. Tant qu’à être dans un hôtel et avoir le câble.

Zap. Zap. Zap. Rien. Que du nul. Que du prémâché à faire lever le cœur. Avant de finalement s’arrêter sur un match de football, on a passé quelques minutes chez Drucker. Pour se dire que la plus people et rassembleuse des émissions françaises est encore plus intellectuelle que la plus pointue des émissions d’ici. En cédant à l’humour, nous avons perdu l’esprit… Découragement profond…

Qu’est-ce qui nous distingue, donc?

Regardé un peu des funérailles de Falardeau en me demandant comment il se faisait que les fédéralistes ne lui aient pas rendu hommage. C’est bien un peu grâce au polémiste barbu que nous sommes encore Canadians, non? Principe démocratique de base : c’est au centre que la victoire se joue. 40% radicalement pour, 40% radicalement contre. Et c’est parmi les 20% restants que le vote – ou le référendum – se perd ou se gagne. Or en effrayant les mous, on s’assure la victoire… J’ai toujours pensé que nous avions perdu le dernier référendum en donnant aux pseudos extrémistes le porte-voix. Nous avons fait voter les mous contre nous en laissant crier les radicaux du Oui. Paradoxe. Si on avait laissé les Chrétien, Coderre, Dion et autres éminences radicales de l’autre bord s’enfoncer, je suis presque certain que nous serions indépendants aujourd’hui.

Et que Falardeau serait mort heureux, dans SON pays, à lui.

Bon c’est assez pour cette semaine. Je vous reviens plus joyeux la prochaine fois. Promis.

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