Personnalisez votre journal

Voler bas

Publié le 17 Novembre 2009
Publié le 7 Juillet 2010

Jeudi le 5 novembre dernier, direction Rimouski. Un salon du livre n’attend pas l’autre, or celui-là est le mien. Point. À la ligne.

Sujets :
Bic , Gallimard , Saint-Fabien , Rimouski , Cartier

Rouler la nuit. Continuer d’aimer ne pas être comme les autres. Ma mère me demandait souvent, quand je braillais que tout le monde avait quelque chose, si j’allais moi aussi aller me jeter au bout du quai si tout le monde y allait? Je ne savais jamais quoi répondre et j’ai appris à aimer la solitude.

Mes amis ne voient plus rien, la nuit. Ils roulent de jour, avec les fourmis. La nuit, personne, enfin, moins de monde. C’est mathématique : moins il y a de monde, moins il y a de cons. Trouvons la fonction qui démontre que les cons sont plus peureux que les autres (et non pas que les peureux sont cons, attention, ne me faites pas écrire ce que je n’ai pas écrit) et la nuit nous appartient.

Enfin…

Entre Saint-Fabien et le Bic, il y a les îles et les montagnes, d’anciens lieux de massacres et de fantômes d’autochtones. Comment se fait-il qu’entre les venues de Cartier et de Champlain, les Iroquoiens aient disparu de la vallée du Saint-Laurent, hein? J’imagine à peine comment vous vous en foutez. Déjà que ça ne vous fait pas un pli qu’on apprenne plus l’Histoire à l’école.

J’aime arriver là, entre les deux grandes côtes, celle du grand «S» du Cap à l’Orignal et l’autre, qui monte, juste après la dernière entrée du Parc. Trente ans que j’ai quitté la région, j’arrive là et je suis toujours chez moi.

J’aime rouler la nuit. Et vite. J’aime avoir juste un petit peu peur. Presque toujours. Et en rire. À 23h30, au Bic, je parie sur un changement de "shift" des flics. Le 5 au soir dernier, il neigeait une poudrerie de contes d’ogres. C’était magnifique. On ne voyait rien. 120 km/h. Magique. Sur la route immaculée, ni ciel ni terre, c’était voler dans un nuage traversé. Pas une seule trace. Seul. Magique.

Déranger

Depuis une semaine, je me demande si j’écris pour déranger. J’espère que non, en fait.

Excellente question que celle-là, et elle était posée lors d’une table ronde, à Rimouski, à laquelle je participais avec Jean-Claude Simard, Jacques Lacoursière et Normand de Bellefeuille. Bonne question pour une région plus que fertile en plumes corrosives : d’Arthur Buies à Maxime Catellier (hâte de lire son essai La mort du Canada, d’ailleurs, lancé ce soir le 17 au Cheval blanc, avec celui de Jean-François Poupart, Gallimard chez les nazis), en passant par Robert Lévesque et VLB, mettons qu’il est arrivé (et qu’il arrive encore) que certains textes issus du plumitif Rimouskois moyen grafignent un peu plus que d’autres. Sauf qu’entre grafigner (bon, ok, déranger) et vouloir le faire, il y a une nuance de taille : je ne me souviens personnellement ne jamais avoir écrit un texte dans le but précis de déranger. Ça me ferait me sentir "cheap", bas, démagogue. J’aurais l’impression de ne pas mériter ce privilège qu’est celui de m’adresser à vous, toutes les semaines.

Salon du livre de Montréal

Pas besoin de rouler vite pour aller à ce salon-ci. À moins qu’un complot terroriste d’analphabètes menace de faire exploser le métro en échange de l’arrêt immédiat des presses littéraires, sous prétexte que les livres leur porteraient ombrage, il vaut nettement mieux se rendre à la Place Bonaventure en transport en commun qu’en voiture.

Mais ne vous entends-je pas déjà craindre la grippe? À Rimouski (comme quoi, les paranos de la conspiration ne sont pas qu’en ville), des écoles ont décidé de ne pas envoyer les "kids" au salon, sous prétexte de la grippe. Elle a le dos large, celle-là! Moi je pense que les profs se sont trouvé une bonne raison! Ils ont peur, comme tous les ans, qu’on les attrape à ne savoir ni lire ni écrire…

Dans un Salon du livre, vaut mieux ne pas être pressé. D’abord, ça défile lentement dans les allées. Et ensuite – on n’est pas au cinéma – vous êtes celui qui décidez du temps. Vous n’avez jamais remarqué à quel point la lecture est un acte de contrôle sur le déroulement du temps? Si un livre, je ne sais pas moi, comme L.A. Story, par exemple, me prend cinq heures à lire et qu’il vous en prend vingt, qui de nous deux a lu à la bonne vitesse?

Au Salon, allez-y à votre rythme. Profitez de l’impression de manne : fouillez, lisez, discutez avec les auteurs, profitez d’eux : rien n’est plus humiliant qu’une séance de signatures sans regard, sans geste, sans mot.

On s’y voit toute la fin de semaine!

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