Personnalisez votre journal

Les genoux dans le "terrazo"

Publié le 24 Novembre 2009
Publié le 7 Juillet 2010

Depuis mercredi, la mince couche de tapis de la salle d’exposition de la Place Bonaventure s’est écrasée sous le poids de mes piétinements infinis. Il y a eu foule, oui, mais j’étais loin de René, de Janette ou de Parizeau, tant et si bien qu’il n’y avait presque plus personne par chez là où j’étais. Dany faisait peut-être la sieste, et Chapleau n’était pas encore arrivé. Moi assis, pour une fois, j’ai fermé un peu l’œil. Bon, j’attends de trouver la photo, de moi assis devant mes livres, endormi. Belle promo!

Sujets :
Gallimard , Québec , Canada , France

Activités littéraires limitées, donc : je n’ai rien vu, rien entendu, aucune table ronde, aucune conférence, absolument rien. Je n’ai même pas fait le tour du Salon… À part quelques stands où je prends la peine de m’attarder, bon an, mal an, dont j’aime voir les livres un à côté de l’autre, leur fond, comme on dit, comme leurs nouveautés, je suis passé leur dire bonjour. Et le reste du temps, entre l’entrée et mon propre stand, je n’ai vu que les poussettes faire la course à l’espace envahi.

Poussettes, d’ailleurs : sont-elles obligées d’être comme vos VUS? Des 4X4? À pneus d’hiver, reliquats de Hummers occupant trois mètres carrés d’espace au sol, pour un vagissant qui se vomit encore dessus? Non, mais! Je veux bien qu’on initie les jeunes aux livres dès le plus tendre âge, et je veux bien que maman et papa puissent avoir le droit de se déplacer dans le salon, mais la garderie, en bas, près de l’entrée, gratuite, vous croyez que c’est pour les chiens?

Et si les parents tiennent absolument à garder leur progéniture à portée de la main, ils devraient comprendre qu’ils ne sont pas seuls!

Les petits

Elles y étaient avant, ces dernières années, oui. Mais on aurait dit, cette année, qu’elles étaient plus actives, plus fortes. De petites maisons poussent et pullulent, et ce, même si le grand public n’en a pas grand-chose à faire. En fait, le grand public, souvent n’en a rien à faire, vraiment, de la manière dont les choses se font, dans quelles conditions elles se font, pourquoi, pour qui et comment…

Alors, cette effervescence, ce désir de dire, cette volonté de laisser trace, d’où vient-elle, comment s’organise-t-elle? Ça me scie chaque fois.

Nous sommes 1000, au Québec, à s’intéresser à ce qui s’écrit ici.

Et 900 d’entre nous écrivent.

Deux essais

Vous connaissez les Poètes de brousse? J’adore cette petite maison qui, jusqu’à tout récemment, ne faisait que de la poésie. Voilà qu’ils démarrent une collection de pamphlets : Essai Libre. Comme les deux premiers titres sont incendiaires et que je connais la bête derrière cela, ça promet. Premièrement, à tout seigneur tout honneur : Gallimard chez les nazis, de Jean-François Poupart! Ensuite, La mort du Canada, de Maxime Catellier, dont j’évoquais rapidement le nom la semaine dernière comme une des plumes que j’admire, ici, aujourd’hui.

Dans les deux cas, ça se lit d’une bouchée, et ce même si cette dernière peut s’avérer pour le moins surette et amère. Poupart, de manière très organisée et méthodique, gratte le bobo de la collaboration des éditeurs, pendant l’occupation allemande en France, de 1940 à 1944. Qu’ont-ils dit, écrit et fait? Qui sont ceux qui se sont acoquinés avec l’occupant, et comment s’en sont tirés ceux qui ont eu à faire face à l’épuration qui a suivi la libération. Une perle dont je vous livre ici un (trop court) extrait : « Quarante millions de morts plus tard, je ne sais pas si l’humanité a retenu la leçon. À lire les nouvelles d’aujourd’hui, je suis sûr que non. L’art officiel, qu’il soit nazi, communiste ou capitaliste, est toujours une atteinte au sensible; un art de raison imposé par la force médiatique. »

Quant à Catellier, on a l’impression, dans ce pamphlet en vers intitulé La mort du Canada, qu’il se livre complètement et entièrement, enfin. Probablement, de ses cinq titres, celui qui frappe le plus fort, celui qui lui ressemble le plus. Il se fait plus politique que le Canada ne l’a probablement jamais été, du moins depuis des décennies. Et lorsqu’il écrit : « Que les ténors de l’indépendance du Québec

se le tiennent pour dit :

nous ne voulons pas changer de drapeau

pour nous vautrer dans une nouvelle mouture

de nationalisme épais

Pas plus que le Canada

le Québec ne peut se vanter

d’avoir lutté contre cette faillite morale

qui pèse sur nos vies

depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.»

Quand il écrit ça, je suis avec lui, si tant totalement et absolument.

Parce que moi aussi, j’ai cette fâcheuse tendance à refuser le monde tel qu’il est.

Et si Maxime est poète, moi, je suis certainement fou.

Écrire un commentaire

Écrire un commentaire

Ce formulaire ne sert pas à envoyer l’article à un ami. Svp, utilisez le lien «Envoyer à un ami» en haut de la page pour ce faire.

Montréal Express n'est pas responsable des commentaires ci-dessous. Veuillez par contre, rester poli et respecter le sujet de la discussion. Si vous êtes membre, connectez-vous.

(Nous gardons les courriels privés)
Accord

Nous prions les internautes de rester polis. Il est interdit de soumettre du contenu discriminatoire, insultant ou inapproprié, qui pourrait être retiré du site à notre discrétion. Nous ne sommes pas responsables des opinions ou du contenu soumis par les internautes. L'utilisation de ce site ainsi que la propriété du contenu qui est soumis sont régies par nos Conditions générales d'utilisation et le Politique de confidentialité.

Les organismes membres doivent promouvoir des activités légales et à but non-lucratif. Tout organisme faisant la promotion d'activités illégales ou de services / produits commerciaux sera retirée du site.

J'accepte ces conditions.

Entrez le code suivant

Écrire les caractères ci-dessus dans la boîte