Quand donc engagera-t-on des agents de sécurité qui ne feront pas un "power trip" en vous demandant avec hauteur d’enlever vos souliers et votre ceinture, et de vider vos poches? Est-ce le fait que je suis le seul mâle de mon vol à ne pas porter le costume? Les agents me semblent plus polis envers les autres, hommes ou femmes d’affaires, cravates et/ou tailleur bien ajustés. Vol de «business-personnes» qui ont besoin d’aller vite entre les deux grandes villes : je suis l’intrus. Les boucles d’oreilles et les bagues de pirate inspirent la pire des craintes… Pourtant, je suis un des plus vieux à bord.
Outre les taxis qui ne sont jamais des «bazous», les trottoirs propres et les rues sans trous ni nids-de-poule, une chose m’a fait tressaillir à Toronto : on semble porter intérêt à la littérature! Mais peut-être la mise en scène était-elle parfaite et a-t-on réussi à me faire croire, que les mots et les histoires sont plus importants ici qu’ailleurs!
J’y suis, comme je vous l’écrivais la semaine dernière, pour défendre Nikolski, de Nicolas Dickner à "Canada Reads"! En passant, «s’cusez-moi», la semaine dernière, j’ai écrit «Nicolski» et c’est nul de faire une faute dans un titre qu’on s’en va défendre "coast to coast"!
Engouement surprenant. À Montréal – mais peut-être que je me trompe– je n’ai pas l’impression que le Combat des livres éveille autant de passions et d’intérêts. Je me souviens avoir assisté à quelques lancements du Combat, mais je ne me souviens pas qu’il y ait eu du public. Je veux dire, du grand public, pas seulement la communauté littéraire, les journalistes (encore que… pour ce qui reste de journalistes littéraires…), des écrivains et des éditeurs.
À Toronto, nous avons, comme à Montréal pour Le combat des livres, été présenté à une foule d’invités du milieu. Mais tout de suite après, dans le grand hall de CBC, il y avait le vrai lancement, public, lui. Je ne sais pas trop combien de monde il y avait : la nervosité, celle de parler en anglais devant un si large public, m’a empêché de prendre des notes. Nicolas Dickner, tout comme les quatre autres auteurs, ont signé des livres pendant une bonne heure, la plupart des gens en ayant profité pour se munir des cinq livres qui seront au centre de nos débats en mars prochain.
Je ne sais plus quoi penser, non. Nous (aïe, le fameux nous!) qui sommes supposés continuer d’exister en vertu d’un attachement à notre langue et notre culture, n’accordons pratiquement aucune importance à ce qui s’écrit ici, et l’autre solitude, celle qui n’est pas supposée avoir de culture (dixit je ne me souviens plus quel ministre ou quelle personnalité il y a quelques années), semble sauter sur ses livres.
Ici, la littérature est sur le respirateur artificiel avec ses mille lecteurs, tandis que là-bas, c’est comme si le livre pouvait les sauver de je ne sais quoi…
Étrange, étrange.
Chose étrange : le premier soir, comme j’avais plein de travail, j’ai osé me chercher un "fast food" dans le centre-ville de Toronto. Un Burger King ou un McDo, un Wendy’s, ou un hot-dog avec une poutine, au pire. N’importe quoi qui aille vite. Finalement, je me suis installé dans une manière de pub italien avec de la bonne bière et une superbe pizza! "Downtown" Toronto et même pas moyen de trouver un burger, «viarge»! J’ai failli porter plainte… Ça m’a fait perdre au moins une heure, et en plus, j’ai vu nos Canadiens se faire manger 3-0 par les Leafs…
Le XXIe siècleJe me souviens quand je rêvais de voyager, l’écriture servait à garder le lien entre le voyageur et ceux qui restaient. Le concept de poste restante en est un qui, en quelques petites années, a disparu. Je me souviens de mon premier vrai voyage, dans l’Ouest canadien, J’avais laissé un itinéraire approximatif à ma mère, qu’elle puisse m’écrire, me donner des nouvelles de la maison, de mon père, de ma sœur, de ma grand-mère, de mes tantes et de mes cousines. Chaque fois que j’arrivais dans une nouvelle ville, il fallait, en plus du repérage du bar le moins cher, du conteneur d’épicerie le mieux garnie, d’un endroit (gratuit, et idéalement doux et chaud) pour dormir, du bureau d’emploi temporaire le plus sérieux, repérer le bureau de poste de la place. Nous étions plusieurs voyageurs à y poster des missives pour nos familles, qui demandant de l’argent, qui simplement, donnant un peu de nouvelles fraîches. Mais surtout, nous demandions tous si nous avions du courrier à la poste restante. En quelques années à peine, ce concept a été troqué pour le café Internet, et puis tout récemment, c’est le téléphone intelligent qui prend le relais.
Post-ScriptumAux Francs-tireurs, de la bouche de Monique Jérôme-Forget: « La société québécoise n'est pas prête aux grands changements. Et je ne souhaite pas qu'elle soit prête. » Ouf…




