J'ai vite réalisé que ce que j'avais ressenti était partagé par quantité de Canadiens à travers tout le pays. Les éloges et les hommages ont alors afflué et le visage de Jack Layton a fait la une de presque tous les quotidiens.
Lorsque des rumeurs ont circulé sur Twitter à l'effet que la famille Layton allait rendre publique la dernière lettre du chef à ses concitoyens, je m'étais psychologiquement préparée en conséquence. Mais ses paroles d'espoir, d'optimisme et d'amour ont dépassé mes attentes, surtout venant d'un homme qui se mourait et qui nous laissait sans avoir terminé ce qu'il avait commencé.
Comme on s'y attendait et ce, beaucoup trop tôt, les loups sont alors sortis et des chroniques remettant en question ce deuil national ont commencé à être diffusées. Les plus haineuses d'entre elles, selon moi, provenaient de Christie Blatchford et Barbara Kay du National Post, qui ont multiplié les clichés, prouvant ainsi que les femmes pouvaient être aussi mesquines que les hommes.
Avec un cynisme tout à fait injustifié, Blatchford a qualifié les veillées funèbres de «spectacles» et a dépeint Jack Layton comme un être «manipulateur, obstiné et politicailleur». Elle s'est ensuite moquée de la réaction du public en la qualifiant d'exagérée et empreinte d'une sentimentalité excessive.
Le lendemain, lorsque le corps de Jack Layton était exposé en chapelle ardente et que de simples citoyens attendaient en ligne pour se recueillir sur son cercueil, Barbara Kay y est allée d'une chronique venimeuse remettant en question la pertinence d'organiser des funérailles d'État pour le chef. Si je n'ai pas de problème avec cette prise de position, son ton empreint de mépris m'a cependant choquée.
En faisant référence aux marques d'affection manifestées par le grand public, Kay a qualifié le tout d'hommages enfantins, inappropriés, disproportionnés, ridicules et déplacés. Excusez-moi, mais qui a mandaté ces deux femmes pour qu'elles jugent ainsi ce qui est approprié ou non?
Ces deux femmes donnent l'impression qu'elles ont su garder la tête froide face à l'hystérie collective et cela m'insulte tout à fait. Ça sent l'élitisme et le snobisme! -
Qu'est-ce qui leur permet de se moquer de la réaction d'une nation qui pleure un homme que nous admirions tous, peu importe nos allégeances politiques? Même les Jeunes Patriotes du Québec ont émis un communiqué exprimant leurs sympathies; eux qui sont habituellement éternellement révoltés!
Layton était aimé.
Ces deux femmes donnent l'impression qu'elles ont su garder la tête froide face à l'hystérie collective et cela m'insulte tout à fait. Ça sent l'élitisme et le snobisme!
Les gens réagissent positivement à ce qui est sincère, à ce qui leur semble profondément vrai. Les gens n'étaient pas en ligne pour honorer une vedette rock qu'ils n'ont jamais connue. Ils disaient adieu à un homme qu'ils sentaient près d'eux. Un homme qui dans un monde de cynisme et d'apathie politique s'est battu pour une bonne cause, déclarant la guerre à la corruption, aux inégalités sociales et à l'opportunisme politique.
Nul ne saura jamais ce que Jack Layton aurait accompli comme chef de l'Opposition officielle et peut-être que certains experts ont raison lorsqu'ils prétendent qu'il n'aurait pas fait grand-chose de plus. Mais il a néanmoins laissé derrière lui un héritage majeur. Il a su changer le paysage politique du Québec et du Canada et la perception qu'ont les jeunes de la politique. J'ai entendu quantité de fois, au cours des dernières semaines, des jeunes raconter qu'ils avaient voté pour la première fois de leur vie «à cause» de Jack. Pour cette seule raison, Layton mérite notre respect.
Il est plus qu'arrogant de la part de Blatchford et Kay de juger ceux qui ont rendu hommage à Jack Layton. La plupart de nos politiciens manquent de personnalité et de convictions. Dans un monde dénué de leaders spirituels, Layton a fait office de «bon Jack»; un type qui inspirait confiance. Le pays a pris quelques jours pour saluer et féliciter cet homme. Et alors? Qu'y a-t-il de si ridicule là-dedans?
