À Montréal, environ 15 000 personnes meurent chaque année contre 20 000 naissances. De quoi donner beaucoup de boulot aux nombreuses maisons funéraires qui occupent le territoire.
Le coût des funérailles, selon les données divulguées par la Corporation des thanatologues du Québec (CTQ), varie en moyenne entre 4800 $ et 5000 $, des chiffres qui fluctuent d’une région à l’autre en fonction des taxes municipales et de la compétition sur le terrain.
Dans la métropole, tant les propriétaires appelés à témoigner que la CTQ parlent d’un marché hyper compétitif. « Ce qui différencie Montréal du reste de la province, c’est le fort volume, évidemment, mais aussi les différentes confessions religieuses qui requièrent des services variés », précise Nathalie Samson, directrice générale de la CTQ.
Pour résister à la vive concurrence, les acteurs de l’industrie funéraire rationalisent leurs opérations depuis une quinzaine d’années. Les entreprises concentrent celles-ci et font des synergies en partageant les équipements entre leurs succursales, tandis que les clients, eux, fréquentent surtout les salons durant les fins de semaine, en plus d’écourter de plus en plus les cérémonies. Des facteurs qui entraînent une diminution des revenus.
D’aucuns seraient portés à croire que l’industrie de la mort engrange des profits faramineux dans la foulée du vieillissement de la population. Mais Yvan Rodrigue, président d’Urgel Bourgie, présente un autre son de cloche.
La forte compétition et les investissements requis, notamment dans la flotte de véhicules et dans les bâtiments toujours plus vastes, « font qu’on ne roule pas nécessairement sur l’or, dit-il en entrevue. Depuis quelques années, nous avons fermé 28 salons funéraires de quartier pour concentrer nos opérations dans 20 bâtisses sur l’île de Montréal. Il faut savoir que les gens vont de moins en moins à l’église et nos complexes comptent maintenant des salles de réception et différents autres services où l’on peut rendre hommage aux défunts sans aller à l’église. »
Selon M. Rodrigue, les familles qui optent encore pour un détour par l’église ne sont pas au bout de leur peine. « Les gens ne nous laissent plus passer comme dans le bon vieux temps. Un cortège funèbre, aujourd’hui, c’est toute une expédition entre le salon, l’église et le cimetière. »
Son concurrent, le président de Magnus Poirier, Claude Poirier, abonde dans le même sens: l’industrie regroupe ses activités pour maintenir sa rentabilité. Magnus Poirier, qui existe depuis 85 ans, compte deux fois moins de salons funéraires qu’avant à Montréal, soit huit. « Parce que les familles sont éclatées ou éparpillées, on attend souvent le week-end pour procéder aux funérailles. De plus, les services demandés changent. Notre volume est croissant, mais les revenus d’exploitations diminuent. » M. Poirier donne en exemple une exposition de courte durée, pendant une ou deux heures, suivi d’un goûter, en opposition aux funérailles traditionnelles qui comportaient jusqu’à trois jours d’exposition, un transport à l’église et au cimetière, etc.
« Il faut aussi s’adapter dans chaque secteur, parce que la population est en mouvement. Par exemple, Saint-Léonard, jadis exclusivement italienne, compte maintenant beaucoup d’autres communautés », relate Claude Poirier.
De nos jours, avance Yvan Rodrigue, les décès subis diminuent « en raison de l’avancement de la science qui retarde le décès et permet aux familles de se préparer au deuil. Ça raccourcit le temps d’exposition. Tout ça pour dire que, oui, il y a plus de décès à gérer, car la population augmente, mais la compétition est très féroce et les familles investissent moins dans les funérailles », indique M. Rodrigue.
300 M$: chiffre d’affaires de l’industrie funéraire québécoise 150 M$: chiffre d’affaires de l’industrie funéraire dans la région de Montréal 972: nombre de salons funéraires au Québec 68: nombre de salons funéraires à Montréal 22: nombre d’entreprises funéraires à Montréal 50%: plus de la moitié des dépouilles passent par le crématorium
Données fournies par la Corporation des thanatologues du Québec Naissances et décès – Montréal, 2002-20052000: 20036 naissances / 15271 décès 2001: 20359 naissances / 15306 décès 2002: 20123 naissances / 15619 décès 2003: 20590 naissances / 15302 décès 2004: 20396 naissances / 15062 décès 2005: 20695 naissances / 14457 décès
Données fournies par l’Institut de la statistique du Québec
