Les États-Unis ne semblent pas encore trop souffrir de la crise économique, sauf peut-être en ce qui concerne la quantité de maisons à vendre. Les riches sont peut-être un peu moins riches, et j’imagine que les pauvres se débrouillent autrement, en marge, comme d’habitude, tandis que la classe moyenne continue, elle, de rêver aux uns en faisant tout pour s’éloigner des autres. Les routes sont encombrées de voitures (surtout japonaises…) et les plages sont pleines. Il n’y a pas plus de mendiants dans les rues et pas non plus d’évidences pouvant laisser croire à une baisse de l’approvisionnement en nourriture : les assiettes sont toujours aussi gargantuesques. L’essence se vend autour de soixante cennes le litre (2,50$ le gallon) et la plupart des gens rencontrés ont le sourire. On dirait même qu’ils sont plus relaxes, plus tranquilles qu’avant. Qu’avant quoi? Sais pas trop.
Jeudi soir, nous sommes allés manger des pâtes à Provincetown, dans un restaurant au nom italien où nous avons été servis par un sosie de Jean Rochefort, gentil et avenant. À la table d’à côté, un couple dans la petite soixantaine, l’air de professeurs. Un drag queen passe dans la rue et le monsieur se demande à voix haute pourquoi ils ont tous l’air de linebackers. Je ris, la conversation s’engage.
Ah! Vous venez du Québec! Oui, de Montréal, et vous? De Syracuse, New York. Et blablabli et blablabla. Ils ne sont jamais venus au Québec mais aimeraient bien, pour entendre parler français, même s’ils n’en saisissent pas un mot. Ils ne sont pas profs : Barbara était infirmière avant de prendre sa retraite, et Dick, lui, est banquier. Il nous raconte qu’enfant, son meilleur ami était Franco-américain. Il s’appelait André Levasseur et quand il lui rendait visite, Dicky n’arrivait qu’à capter son propre prénom, lorsqu’il était question de lui.
Conversation souriante et agréable, du genre qui surfe d’un sujet l’autre, sans transition. Barbara raconte à quel point elle espère qu’Obama réussira à installer un régime d’assurance-maladie universel, comme chez-nous, et ce même si les pressions dans l’autre sens sont vigoureuses et même parfois violentes. Elle a passée sa vie dans les hôpitaux et son frère, médecin, a du prendre une retraite prématurée, tanné et écœuré de se faire dire quoi faire par les compagnies d’assurances, jusqu’aux soins à apporter.
Pardon? Les compagnies d’assurances disent aux médecins quoi faire?
Une compagnie d’assurance, explique calmement Dicky, ça existe pour faire de l’argent. Et une compagnie qui veut faire de l’argent, ça impose ses règles et ses manières de faire. Vous souffrez d’un cancer de la peau? Mais dites donc, nous voyons ici que vous avez fait de l’acné quand vous étiez adolescent et que vous vous êtes mal soigné! Too bad, nous ne pouvons malheureusement pas payer pour le traitement de votre cancer… Sorry!
Soyons clair : Dicky n’est pas un hippie, pas non plus un prof de socio, ni un syndicaliste ou un socialiste. Dicky est banquier. Et Dicky souhaite vivement que le système de santé de son pays soit nationalisé. À ses yeux, soif de profits et responsabilité de soigner ne vont pas de pair. Je lui mentionne nos longues listes d’attentes, Dicky sourit. Normal, qu’il dit, tout le monde a le droit de se faire soigner chez vous! Aux USA, comme les soins sont réservés à ceux qui en ont les moyens, évidemment qu’il y a moins d’affluence!
Comment ne pas sourire, tout en entendant résonner jusque là-bas l’écho des voix tonitruantes qui tentent ici de nous faire croire qu’un système de santé privé serait plus adéquat, plus efficace, plus juste?
Ces voix oublieraient-elles de nous dire qu’il serait aussi plus payant? Pour certains?
Provincetown, toujours : vu et adoré l’exposition du Whydah Museum. Je me retiens de rentrer dans le jeu des comparaisons, mais mettons que l’information qu’on y donne ne résonne pas de la même manière que celle présentée au Musée Pointe-à-Callières…
On nous y parle principalement de Samuel « Black Sam » Bellamy, aussi connu comme le « Prince des pirates », capitaine du Whydah. Son bateau coule en 1717 près des côtes de Wellfleet, à Cape Cod et, en 1984, Barry Clifford, un plongeur fasciné depuis l’enfance par les trésors de pirates, retrouve l’épave à partir de laquelle il crée le Musée. En plus de nous montrer une étonnante série d’artéfacts bien réels repêchés sur l’épave, l’exposition nous raconte avec emphase le mode de vie de ces pirates. On y apprend, entre autre chose, que Bellamy et ses équipages répartissaient équitablement les butins, et ce APRÈS avoir réservé les sommes nécessaires aux soins et à la survie des malades et des blessés.
Mais pas un mot de ça à l’exposition du Musée Pointe-à-Callières.
Mais j’oubliais, l’expo montréalaise n’est-elle pas commanditée par la Sun Life, une compagnie d’assurances ?




