Pendant les derniers mois, je n’avais pas à craindre les méfaits de la crise financière: j’ai eu le bonheur de faire une faillite en 2005. Alors, vous comprendrez que l’indice Dow Jones a beau prendre une débarque, moi, je m’en tape!
Mais je reste solidaire de mes congénères et je vais commencer à hurler à la lune qu’on est tanné de se faire fourrer. «J’ai eu beau chercher un mot plus élégant…»
On devrait faire une révolution, on est bon là-dedans. On fait ça propre. Pas de cadavres. On fait ça tranquille.
Et y faudrait peut-être qu’on la fasse pendant qu’on fait encore partie d’une soi-disant classe moyenne, avant que ça pette au frette! Je me demande comment font nos politiciens, avec leur salaire de crève-faim pour des postes aussi prestigieux, pour cautionner des bandits de grand chemin qui partent avec nos fonds de pension déguisés en primes de départ.
Il va falloir qu’il se passe quelque chose: trop de gens ont, comme moi, la bave au bord des commissures, les crocs aiguisés. J’ai même failli aller m’acheter un dictionnaire d’insultes pour les crier à tous les Henri-Paul Rousseau de notre galaxie!
Vous vous souvenez de l’époque où nous étions représentés par un mouton sur le dernier char allégorique, le jour de la Saint-Jean? Si on continue à se laisser voler sans ruer dans les brancards, on va ressortir le mouton…
J’ai essayé de me rappeler quand exactement le pouvoir d’achat avait commencé à crier famine, quand les rêves avaient commencé à s’effriter. Je n’ai pas la date précise, mais c’est tout simplement quand on a demandé à nos invités leur étroite collaboration pour les recevoir.
On a d’abord commencé par leur suggérer d’apporter leur vin, pour finir par leur demander d’apporter leur plat. Maintenant, on leur demande plus rien: on les invite plus! On n’a plus les moyens.
On se voit chez le Grec de temps en temps et ça fait l’affaire de tout le monde. On a même arrêté de boire; on préfère rembourser l’hypothèque.
Faut se consoler: il nous reste quatre ans avant que les tarifs et les taxes augmentent. Avant qu’on cale encore plus…
Apportez votre vin
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