Nous chérissons certains sons. À Sainte-Adèle, les cloches de l’église, rue Lesage, à l’heure vespérale. Durant l’été, ces cris, rires, appels, rumeurs de la plage publique à quelques maisons d’ici.
Jusqu’à neuf ans, le cri «On va-t-y se baigner les gars?» me disait de prendre une serviette et une savonnette pour aller nager au bain public puant le javel, rue Saint-Hubert près de chez moi. À dix ans, ce sera la plage. Minuscule ou immense.
Ma liste de plages? On a tous la sienne… La première: un coin de rivage au quai de Saint-Placide. Puis, ce sera pour des étés, tout le rivage de Pointe-Calumet; «petit Old Orchard du Québec, disait un placard. Ado, il y aura la découverte du lac Champlain sud, à Plattsburgh.
Lors de subites canicules, on filait vite vers l’ouest de Montréal à cette plagette du Cap à l’Orme et voisines. Ou bien à l’est vers Montréal-Nord ou Rivière-des-Prairies et ses rares ouvertures sablées. Certains audacieux filaient à l’île Sainte-Hélène, ou bien plus loin, à Charlemagne, à Repentigny. Un dollar pour la journée et beaucoup d’herbiers.
À 27 ans, marié, père de deux enfants, des camarades décorateurs me recommandaient la mer, la vraie. Coccinelle attelée et ce sera la découverte de la célèbre Old Orchard Beach, en 1958, pour voir enfin l’immensité marine! On verra mieux: les plages de Cape Cod, Provincetown, Truro, Marconi. Un certain été, voir une île protégée, la houle furieuse de Madaket! Oh! Les baleines de M. Melville – salut Moby Dick – sont disparues!
Plus tard encore, s’installer aux sables de Wells Beach. Puis d’Ogunquit. Ce lieu auquel on reste encore fidèles. Il y aura des infidélités. On descendra au New Jersey et ses sables doux et pâles. La mer plus baignable, les Wildwood, Margate, Ocean City, le joli Cape May.
Viendra en 1978, l’âge bien mûr, fuir l’hiver un peu, Québécois aux os vieillissants. Alors: «Welcome to Florida!» En auto, c’est trois jours et deux nuitées au motel; en avion, trois heures. On a étendu nos blanches carcasses de Daytona à Miami et Fort Lauderdale à la fin. De Key West à Naples. De Sosua à Tampa et Clearwater. Ô, très chère mer, bel Atlantique, océan béni, des plongeurs à touristes remontent des éponges, jouant les Grecs anciens!
D’où peut bien venir ce besoin du sable au bord de l’eau? Même celui d’un tout petit lac bien rond? Des accroires? La mémoire enfouie du temps de l’amibe, de l’unicellulaire sorti ramer à l’air libre, ancien temps de l’homo-reptilus, la plage pour esquisser l’humain aspirant à de l’erectus? Repos avant l’homo-faber? Ou bien, mémoire des eaux matricielles de sa génitrice porteuse, plage fondatrice du ventre maternel?
Mais, excusez, j’entends les cloches de l’angélus. Adieu plages, mer, sable doux… Je frissonne de nostalgie, moi le mauvais chrétien! Que viennent vite les cris enfants, les francs et libres rires de la plage publique voisine, rue du Chantecler!
D'où, cet amour de la plage?
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