Selon M. Chagnon, la plus grande entreprise funéraire au monde, SCI, pour Service Corporation International, de Houston, avec ses 1600 salons mortuaires, cimetières et crématoriums en Amérique du Nord, brasse des affaires à Montréal en cachant au grand public sa véritable identité. « Ils ont créé une bannière qui s’appelle Dignité qui fait croire aux gens que les maisons funéraires de ce groupe sont indépendantes. Ils font croire que la vie est belle et que le propriétaire est local. Mais SCI, après avoir acheté une maison bien établie, garde les propriétaires deux ou trois ans et finit par les remplacer par des administrateurs », dit-il.
Approche malhonnête ?M. Chagnon ne craint pas les représailles et n’a pas l’intention de se taire. « Je ne trouve pas ça honnête [leur façon de faire], car beaucoup de gens pensent faire affaire avec des Québécois, mais c’est faux. On joue avec les consommateurs et c’est une stratégie mondiale qui veut qu’on affiche une image locale alors que les intérêts sont Américains », ajoute-t-il.
L’homme de 42 ans affirme ne ménager aucun effort – jusqu’à 70 heures par semaine – pour se tailler une place au sein de la très compétitive industrie de la mort. Une industrie qui ne mourra jamais, sauf les plus petits joueurs qui, eux, peuvent rendre leur dernier souffle à tout moment devant les moyens colossaux des géants cotés en bourse comme SCI. « Beaucoup de thanatologues québécois dorment au gaz. Ils ont hérité de millions à leur majorité et préfèrent aller jouer au golf ou faire du bateau au lieu de vaquer à leurs occupations professionnelles, ce qui laisse la porte ouverte aux Américains », affirme Benoît Chagnon.
Identité cachée ?Sur le site Internet de Dignité, section Québec, en aucun moment il n’est question de SCI. Non plus sur le pendant américain, Dignity Memorial, où on ne trouve aucune trace ni mention de SCI. Seules les coordonnées des maisons funéraires membres du réseau y apparaissent. Les Américains possèdent des intérêts à Montréal depuis 1969, année où SCI a procédé à l’acquisition de Collins Clarke MacGillivray White. Depuis, la multinationale a racheté le Centre funéraire Côte-des-Neiges et les Résidences funéraires Laurent Thériault qui, elles, opèrent notamment dans les arrondissements LaSalle et Verdun. Les tentacules de SCI vont jusqu’en Montérégie et sur le Rive-Nord, en Estrie, à Québec et au Saguenay–Lac-Saint-Jean.
Louis Savard, vice-président de SCI Canada, a contacté Montréal Express après que nous ayons cherché à obtenir des explications auprès de deux maisons funéraires du groupe. Selon lui, SCI ne craint pas d’afficher ses origines américaines.
« On ne s’est jamais caché que nous sommes Américains », clame-t-il. Si le site québécois ne réfère pas à SCI, selon lui, « c’est parce qu’il est en construction. Tout ce qu’on remet à nos clients porte la mention de SCI. (…) Nous, notre raison commerciale, c’est Dignité, quand on fait de la promotion, c’est toujours [avec la dénomination] Dignité. Quand on va chez Dairy Queen, sait-on chez quel holding on va ? », se questionne M. Savard.
Sur le site Internet d’International Dairy Queen, sous l’onglet About DQ, il est pourtant fait mention, en quelques clicks, de Berkshire-Hathaway Inc., la société de portefeuille qui détient entre autres Dairy Queen.
La différence entre SCI et les autres acteurs de l’industrie funéraire, soutient M. Savard, « c’est que chez SCI, nos prix sont très compétitifs. (…) Les synergies nous aident à avoir des coûts d’opération plus raisonnables et les contrats de pré-arrangements sont honorés dans toutes nos succursales. »
