Steven Guilbeault: l’environnementaliste médiatique



Steven Guilbeault, le porte-parole de Greenpeace au Québec, véritable star de l’environnement, se dit confiant. Confiant que les politiciens seront bientôt rattrapés par la prise de conscience qui s’opère au sein de la population à l’endroit d

Steven Guilbeault, le porte-parole de Greenpeace au Québec, véritable star de l’environnement, se dit confiant. Confiant que les politiciens seront bientôt rattrapés par la prise de conscience qui s’opère au sein de la population à l’endroit d

Guillaume Picard
Publié le 16 Avril 2007
Publié le 13 Juillet 2010
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Star des questions environnementales, Steven Guilbeault occupe toutes les tribunes depuis 1995, mais particulièrement depuis 2001, année où il a escaladé la Tour du CN pour dénoncer la position du Canada qui refusait alors de signer le Protocole de Kyoto.

Sujets :
Greenpeace , Canada , Québec , Kyoto

Six ans plus tard, le nouveau papa de 35 ans demeure habité par un sentiment d’urgence. Surtout que le Canada – qui avait finalement ratifié Kyoto en 2002 – tarde à agir en matière de changements climatiques depuis l’élection du premier ministre Harper, en janvier 2006.

Aujourd’hui, le porte-parole de Greenpeace au Québec continue son cheval de bataille en multipliant les entrevues plutôt que les coups d’éclat. Les dividendes sont là, car plus les années passent, moins le militant écologiste originaire de La Tuque se sent seul. Aux quatre coins du Québec, des citoyens grossissent chaque jour les rangs des environnementalistes et réclament des actions et des gestes concrets de la part des gouvernements.

Reste les politiciens à convaincre, eux qui résistent toujours à remettre en question le modèle de l’Amérique des années 1950, celle où l’automobile régnait sur des kilomètres et des kilomètres de voies publiques.

Courtisé par les partis politiques, Steven Guilbeault ne cache pas son intérêt. Est-ce que la politique est assez « propre » pour qu’il y fasse le saut ? L’avenir nous dira quel véhicule il choisira pour conduire plus loin son message.

Une mode, l’environnement ?

Impatient, certes, mais pas découragé. Steven Guilbeault garde la foi et croit que les Québécois prennent de plus en plus conscience des responsabilités qui incombent à chacun en matière d’environnement. Selon lui, il s’agit bien davantage qu’une mode.

« Faisons un parallèle avec la cigarette. Au moment où on a pris conscience du lien entre le tabac et le cancer, les gens n’ont pas nécessairement arrêté de fumer en masse. Mais, par contre, cela a permis au gouvernement de mettre en place des lois et des règlements plus restrictifs. Ces lois ont été assez bien accueillies par la population, parce qu’on comprenait que ça n’a pas d’allure. Je m’attends à la même chose avec l’environnement: les gens ne vont pas abandonner leur voiture par centaines de milliers. Ça va, par contre, nous permettre de se donner des objectifs pour réduire le nombre de véhicules sur nos routes. »

Steven Guilbeault croit que les politiciens se traînent les pieds « avec des politiques à la petite semaine comme à Ottawa » et mettent trop l’accent sur les infrastructures – lire le béton – au lieu d’accroître les ressources des sociétés de transport.

Il dénonce aussi le fait que le Canada soit l’un des seuls pays industrialisés à ne pas s’appuyer sur une politique de transport en commun pour orienter son intervention, alors que le pays verse 1 milliard $, chaque année, à l’industrie pétrolière.

Décourager les gens à prendre leur véhicule, surtout dans une région métropolitaine comme Montréal, c’est bien beau, « mais il faut en même temps augmenter l’offre de transport en commun, car on ne peut pas dire aux gens prenez moins votre char et ne pas leur donner d’alternative. Nous sommes impatients, car les gouvernements ont les moyens de bouger et ils tardent à le faire. »

Repenser l’aménagement du territoire

Le défi de la région métropolitaine de Montréal « passe par un aménagement mieux adapté de nos villes pour le transport en commun. On ne s’oppose pas au prolongement de l’autoroute 25 vers Laval parce qu’on est contre les ponts ou contre les gens qui se déplacent en voiture. On s’y oppose parce que ça va favoriser l’étalement urbain en empirant un problème déjà criant. »

« Le développement durable, poursuit-il, ce n’est pas de faire une chose et son contraire. Ce n’est pas de dire on va prolonger le métro à Laval et ensuite construire un pont qui va faire en sorte qu’on va réduire l’utilisation du transport en commun et augmenter l’utilisation de l’automobile. Ce pont-là va nous coûter environ 500 millions de dollars à terme, une somme qui devrait aller aux sociétés de transport. On peut rajouter 13 ponts et 14 tunnels si on veut, mais il n’y aura pas plus de routes, à Montréal, là où on retrouve les deux tiers de la congestion routière. Va-t-on empiler les véhicules ? »

Puisque l’étalement se poursuit de plus belle, Steven Guilbeault suggère des solutions taillées sur mesure pour le 450: favoriser la densification de la population autour des trains de banlieue et des terminus intermodaux.

Il rappelle qu’une ville comme Sainte-Thérèse a réuni gare et terminus d’autobus pour améliorer la desserte de transport jusqu’en ville. « Les élus ont aussi décidé de densifier le développement urbain autour de ce pôle de transport. Donc, c’est là qu’on favorise en priorité le développement urbain pour que ce soit accessible pour les gens. C’est très intéressant. On devrait en faire beaucoup plus, prendre cet exemple et le répéter ailleurs dans la région. Montréal le fait en ce moment autour du métro Rosemont et la Ville doit continuer dans la même veine en repensant son territoire. »

Steven Guilbeault réclame des objectifs chiffrés, lesquels dresseront la table pour des plans d’action à court ou moyen termes. Optimiste, il demeure convaincu que la population pourra forcer la main des gouvernements et des industries, car la vérité, dit-il, « c’est qu’on n’a plus le choix d’agir. Les gens vont en payer le prix si on ne bouge pas, mais aussi les entreprises et les sociétés. » « Si la planète se porte très mal, comment peut-on avoir une société qui est en pleine forme ? Certains problèmes, comme les changements climatiques, vont devenir de plus en plus importants. Et chaque fois qu’on va tenter d’oublier ces problèmes, il va y avoir une sécheresse qui va assécher l’Amazone, il va y avoir un autre Katrina ou une crise du verglas qui vont nous rappeler qu’on a de gros problèmes, mais aussi de grandes responsabilités. »

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