Des mamans et des chiffres

Geneviève Allard
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(Photo: Deposit Photos)

Sous mes pieds: Mon balcon encore gorgé de soleil et tiède, le soir venu.

Dans mes oreilles: Beaucoup trop de choses! En alternance : Viltu Vitrast premier EP du groupe islandais Samaris, Handwritten, nouvel album de The Gaslight Anthem, Shrines, nouveau Purity Ring, Gossamer, nouveau Passion Pit, Something for the Weakened, nouvel album de Meursault, Angels, nouvelle chanson de The XX et Cotton Flowers, nouvelle chanson de Future Islands.

Dans mon esprit: “If it’s important to you, you will find a way. If not, you will find an excuse.”

***

Ton chiffre chanceux était le sept. Tu es née le 7 octobre. Tu t’es mariée le 07/071977. Tristement, tu es décédée 10 ans et sept jours plus tard, le 14/07/1987. Funeste Lucky Seven… 

Ça a donc fait 25 ans (2+5...) il y a quelques jours que tu es morte dans un accident de voiture. Je ne me souviens pas de cette journée, comme je ne me souviens pas tellement des moments auparavant ou de ce qui a suivi juste après. Je glane des informations au fil du temps, je me vois quand je te regarde sur des photos, je porte plusieurs de tes bijoux, je me suis recueillie quelques fois sur ta tombe, je parle parfois de toi. Je te parle souvent.

Je ne me souviens pas du son de ta voix ou de ton odeur. Je ne sais si tu étais gauchère ou droitière, je ne sais pas si tu aimais le vin rouge ou le sport. Je ne sais pas si je tiens mon amour de la musique et des mots de toi. Je ne sais pas si tu étais myope, ni ce que tu faisais pour faire rire mon petit frère. Je ne me souviens pas de comment tu bougeais ou si tu te rongeais les ongles. Je ne me souviens pas tellement de grand-chose.

Mais tu sais quoi ? Je  me souviens de l’essentiel. Je me souviens que tu étais ma mère.

Papa m’a raconté que nous étions proches, toi et moi. Que tu me catinais, que tu me faisais mes vêtements, que tu coupais mes cheveux, que je m’employais à te plaire et à te charmer, que je te rendais heureuse. Je sais par lui et par d’autres que tu m’as aimé immensément. Je n’ai peut-être pas de vifs et concrets souvenirs, mais je sais que je t’ai aimé. Je sais que je t’aime encore aujourd’hui. Je sais que tu es toujours avec moi.

Je sais aussi que je porte en moi une grande partie de toi. Un quart de siècle après ta mort, j’accepte, je comprends et surtout, j’ai l’impression d’entamer une relation avec toi, même si tu n’es physiquement plus là. Je pense que c’est ça le deuil. Aujourd’hui maman, je t’adresse cette chronique, parce que je veux te parler de mon autre maman. Parce que le timing est bon. Tu verras, même les chiffres le disent…

Un quart de siècle après ta mort, j’accepte, je comprends et surtout, j’ai l’impression d’entamer une relation avec toi, même si tu n’es physiquement plus là. Je pense que c’est ça le deuil. Aujourd’hui maman, je t’adresse cette chronique, parce que je veux te parler de mon autre maman. Parce que le timing est bon. Tu verras, même les chiffres le disent…

Ma deuxième mère, c’est celle qui est arrivée dans ma vie peu après ton départ. Celle avec qui ça n’a pas toujours été facile, parce que je n’ai pas toujours accepté sa présence. Parce que comme adolescente, j’ai utilisé ton absence et l’émotivité de mon âge pour lui rappeler qu’elle ne m’avait pas donné la vie. Celle de qui je suis si différente, de qui je me suis souvent sentie incomprise et qui, je le comprends enfin aujourd’hui, est devenue ma mère par amour mais aussi par instinct. Parce qu’elle ne se voyait pas faire autrement.  Celle de qui, au fil du temps, je me sens de plus en plus proche, aimée, comprise et dont, je le vois maintenant, je fais la fierté.

Ma deuxième mère, c’est celle qui a toujours dit que bien qu’elle ne m’avait pas porté, j’étais sienne. Ma deuxième mère, c’est celle qui n’a jamais tenté de te remplacer, qui m’a aimé dès le premier regard, que j’ai rapidement appelé maman. C’est celle qui m’a donné un grand frère, c’est celle qui a aimé et aime mon père et mon petit frère, c’est celle qui m'a fait des vêtements et coupé mes cheveux. C’est celle qui m’a amené de fillette à fille, puis de fille à femme.

C’est celle qui sera la grand-mère de mes enfants. Je leur raconterai d’ailleurs un jour qu’avant leur grand-maman Linda, il y a eu Jo-Anne. Que je suis certes plus grande, plus gauchère, plus brune, et plus myope que leur grand-mère maternelle, mais que j’ai la même énergie, la même passion et la même soif de bonheur qu’elle. Je leur raconterai, que des mamans, j’en ai eu deux. Et que les deux appartiennent différemment à mon passé, à mon présent et à mon avenir.

Mais mon chiffre chanceux n’est pas le deux. Ni même le sept. Ça a toujours été la différence entre eux, soit le cinq et ses multiples. Parce que je suis née le cinquième jour du dixième mois, parce que mon père a eu 55 ans le quinzième jour du cinquième mois. Et aussi, parce que le 5 août 1955, naissait ma maman, elle qui est plus belle, plus mère et plus grand-mère que jamais. Elle que j’aime pour tout ce qu’elle est et chaque jour un peu plus, et à qui je souhaite un peu à l’avance, un bon….57e anniversaire.

*** 

Accepté: La série The Newsroom sur HBO. Un peu verbeux, idéaliste, résolument américain. Les méchants qui se frottent les mains en pensant aux cotes d’écoutes versus les gentils qui ne prennent pas le public pour des cons et ont un souci de bien les informer, le tout avec des vrais faits d’actualité et de politique…la journaliste newsjunkie que je suis achète. 

Refusé: Je ne sais plus où sortir danser et faire la fête…à mon âge. Où on va si on est trop vieux pour les clubs de l’acabit du Café Campus et trop jeunes pour Le Electric Avenue et ses dérivés?

 

 

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  • Geneviève B
    23 juillet 2012 - 11:08

    Très touchant. Merci à mon amie Nancy d'avoir mis ton billet sur son mur. À l'aube de la vie de ma 2ème petite fille je suis d'autant plus émue. Peu importe qu'elle soit de sang ou d'adoption l'important c'est de toujours avoir une maman pour veiller sur soi.