La terre qui porte le nom de l'île des Soeurs est habitée depuis des siècles. Son histoire est marquée d'événements qui ont suscité l'intérêt des archivistes et des historiens. C'est d'ailleurs en s'inspirant de leurs observations que Le Magazine a préparé ce dossier sur l'évolution de ce quartier de l'arrondissement de Verdun.
L'un des plus récents ouvrages sur L'Île-des-Soeurs a été publié, en 2005, par l'historien Jacques Lacoursière. Son livre L'Île-des-Soeurs – D'hier à aujourd'hui s'appuie sur des documents officiels et sur les recherches qu'il a effectuées dans les archives des soeurs de la Congrégation Notre-Dame.
Avant de poursuivre ce texte, il importe de rappeler que le nom de l'île des Soeurs n'a pas toujours été utilisé pour décrire cette terre entourée d'eau, au sud-ouest de la pointe Saint-Charles. On l'a longtemps appelée «île Saint-Paul» et ce n'est qu'à la suite de sa possession par les religieuses de la Congrégation Notre-Dame, qu'on l'a surnommée l'île des Soeurs. Comme l'île appartenait aux soeurs, les gens de la région ont pris l'habitude de l’appeler «l'île des Soeurs», même si son nom officiel demeurait l'île Saint-Paul. Pendant des décennies, ces deux noms ont été employés et les anglophones prirent l'habitude d'utiliser le terme «Nuns Island» que l'on retrouve encore sur des cartes plus anciennes. Le nom de l'île des Soeurs a été officialisé le 5 décembre 1968, mais il ne s’appliquait qu’à l'entité géographique de cette étendue de terre entourée d'eau. Le 12 juin 2006, la Commission de toponymie du Québec décrétait que ce quartier de l'arrondissement de Verdun porterait désormais le nom de L'Île-des-Soeurs. Il ne faudra donc pas se surprendre si, dépendant du contexte auquel on se réfère, on peut retrouver différentes graphies pour désigner ce lieu, dans les lignes qui suivent.
Bien avant que les premiers explorateurs ne découvrent l'existence de cette île, des Amérindiens y ont séjourné à diverses reprises. Des fouilles archéologiques ont même révélé la présence sur l'île d'artéfacts qui datent de plusieurs milliers d'années avant l'ère chrétienne.
C'est l'explorateur Samuel de Champlain qui fut le premier Européen à faire état de l'existence de l'île qui porte plus tard le nom de l'île Saint-Paul. Relatant sa visite de la région de Montréal, en 1603, il avait écrit «Nous rencontrâmes une infinité de petits rochers qui étaient à fleur d'eau, où nous touchions souventes fois. Il y a deux grandes îles, une du côté nord (île de Montréal) laquelle contient quelque quinze lieues de long et presque autant de large et qui commence à quelque douze lieues dans la rivière de Canada (fleuve Saint-Laurent), allant vers la rivière des Iroquois (rivière Richelieu), et vient tomber par-delà le saut (rapides de Lachine). L'île qui est à la bande sud a quelque quatre lieues de long et une demie de large (île Perrot). Il y a encore une autre île qui est proche de celle du nord, laquelle peut contenir quelque demi-lieue de long et un quart de large.» C'est cette dernière île qui est aujourd'hui connue sous le nom de l'île des Soeurs.
De nos jours, le marché de l'immobilier est très actif, dans le quartier de L'Île-des-Soeurs. Les premières transactions de ce type ne datent toutefois pas d'hier... Le premier propriétaire de l'île fut Jean de Lauson et celle-ci faisait alors partie du territoire de la vaste seigneurie de la Citière qui lui fut cédée en janvier 1636. Il en conserva la propriété pendant près de trois décennies et, en 1664, il la céda à trois personnes vivant dans la colonie: Jacques Le Ber dit Larose, Claude de Robutel de Saint-André et Jean-Baptiste de La Vigne. Ils sont ainsi devenus les propriétaires de l'île Saint-Paul, de même que des îlets et des battures qui l'avoisinent. Il s'agissait alors d'une propriété indivise, mais, quelques mois plus tard, les trois propriétaires décident de partager le territoire en trois lots de dimensions assez égales. Cette division fut effectuée par tirage au sort et Robutel hérite du milieu de l'île, La Vigne en obtient la partie ouest et Le Ber, la partie nord.
Ce n'était que la première d'une série de transactions immobilières qui aboutirent, en 1769 à l'acquisition de toutes les propriétés de l'île par les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal. Cela était sans doute un objectif important, puisqu'elles en avaient acquis diverses parties au cours des décennies précédentes. Elles en sont d'ailleurs demeurées les propriétaires, pendant près de deux siècles.
