Croyez-le ou non, c'est bien ainsi que sont vendus les condominiums situés aux abords des autoroutes. Comme tout se mesure en temps désormais - le temps qu'on gagne versus celui qu'on perd -, les constructeurs ont compris qu'ils avaient tout avantage à bâtir le long des autoroutes également. Certains acheteurs qui choisissent la banlieue sont prêts à tout pour gagner quelques places dans la file interminable qui les mène à Montréal matin après matin.
Même en ville, on semble croire qu'habiter près d'une voie de service ou d'une autoroute (Métropolitaine, Décarie, 25, etc.) est fort pratique. On saute dans la voiture et hop!, on roule à 100 km/h en direction du travail.
Et le bruit dans tout ça? Ne sous-estimons pas les architectes qui ont pensé et construit ces habitations. De purs génies qui ont eu la brillante idée d'aménager les chambres à l'arrière, avec vue imprenable sur la ruelle. Ainsi, tout le monde peut fermer l'œil la nuit. À la seule condition de faire fi du bruit en sourdine qui résonne à l'avant. Un bruit apparent à celui d'une télévision qu'on aurait oublié d'éteindre et qui présenterait en boucle le Grand Prix de Malaisie. Vrouuuuuum... vrouuuuuum... vrouuuuuum! Mais bon, c'est bien peu cher payer pour "sauver" du temps. Ah ce précieux temps!
Mais ce temps que nous pensons gagner, le gagnons-nous vraiment? Notre dossier du mois de mai tend à prouver le contraire. Il démontre qu'à vouloir gagner des heures, nous perdons des jours, des semaines, des mois, voire même des années. Une vie plus courte accompagnée de problèmes respiratoires importants, voilà ce qui nous attend quand notre voisin d'en face s'est fait construire une entrée asphaltée de six voies où se stationnent et circulent des milliers de voitures quotidiennement. Pensiez-vous sérieusement que le monoxyde de carbone s'échappant de ces véhicules automobiles n'allait pas finir par s'inviter chez vous? Et puisque ce n'est pas de belle-maman dont il s'agit, mais bien de pollution, impossible de feindre un mal de tête pour s'en débarasser. La pollution est la pire invitée qui soit. Elle entre sans s'annoncer et elle vous gâche l'existence à jamais. Bref, elle fait comme chez elle.
Cet extrait de l'article rédigé par le journaliste Philippe Beauchemin expose bien la gravité du problème: «Les données recueillies par la Direction de la santé publique démontrent une association directe entre l’intensité du trafic près de la résidence et les problèmes de santé. C’est ainsi qu’on y apprend qu’à 100 mètres ou moins d’une voie majeure de trafic, la mortalité cardiorespiratoire est accrue de 53 % chez les 55-77 ans; à 200 mètres ou moins, le nombre de naissances de bébé de petit poids est accru de 17 % et que l’hospitalisation est accrue de 21 % pour des problèmes respiratoires chez les 60 ans et plus.»
Les baby-boomers pourraient bien cogner à la porte du système de santé plus vite qu'on l'avait anticipé. Au nombre de résidences pour personnes âgées qui s'érigent en bordure d'autoroutes, ce ne serait pas étonnant. Combien nous coûte notre système de santé déjà? Près de la moitié de notre budget… Ouf!
J'ai une idée. Pourquoi ne pas «placer» nos p'tits vieux au beau milieu de l'autoroute tant qu'à y être. Ils pourraient mourir plus rapidement et on sauverait du temps et de l'argent, non? J'exagère, je sais. Mais si les différents paliers de gouvernement n'agissent pas dans ce dossier, en interdisant les nouvelles constructions à proximité des voies rapides par exemple, qui exagérera? Un bouffon comme moi qui use d'ironie en prônant la mise à mort sans douleur ou celui qui tolère le plus sérieusement du monde la mort lente et douloureuse de ses citoyens?
Lu dans les petites annonces de Westmount… "Near Decarie Boulevard, this condominium unit is to die for". Enfin, un annonceur qui dit la vérité.
http://www.montrealexpress.ca/article-209600-Maladies-et-mortalite-le-long-des-autoroutes-montrealaises.html http://www.montrealexpress.ca/article-209607-Un-cocktail-dangereux-pour-les-aines.html http://www.montrealexpress.ca/article-209606-Lautoroute-nous-ne-pouvons-pas-la-cacher.html