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J'aime une ville qui ne m'aime pas



Publié le 22 Juillet 2008
Publié le 13 Juillet 2010
Yannick Pinel RSS Feed
Sujets :
Montréal Express , Montréal , Laval , Terrebonne

Ma blonde et moi avons choisi de vivre à Montréal parce que nous aimons cette ville pratiquement autant que nous nous aimons. Parce que j’y travaille. Parce qu’elle y étudie. Mais aussi, et surtout, parce que nous sommes des inconditionnels de culture. Pour paraphraser Catherine Pogonat, nous mangeons notre ville. Ma blonde adore le cirque. Moi, le théâtre. L’art abstrait nous subjugue et le cinéma de répertoire nous captive. En peu de mots, nous nous délectons de la culture montréalaise. Miam-miam!

Malheureusement, il nous est impossible de consommer autant que nous le voudrions. Des toxicomanes de culture en manque, voilà ce que nous sommes devenus. Devenus le jour où nous avons acheté notre condo, à Montréal. Depuis, notre portefeuille séjourne aux soins intensifs. S’il est encore en vie, c’est parce que nous avons amorti sa chute sur 40 ans. Une hypothèque de 40 ans, vous avez bien lu. Une pure folie si vous voulez mon avis! Imaginez, à ce rythme, nous finirons de payer notre hypothèque quand nous serons à la retraite. Si je fais le calcul, nous aurons alors payé notre condo deux fois et demie sa valeur. Ouch!

Dans ce cas, pourquoi avoir apposé nos signatures au bas du contrat? Parce que nous réajusterons le tir lorsque ma copine aura obtenu ses diplômes, dans une dizaine d’années. Quand elle aura 36 ans et qu’elle aura en poche ses deux doctorats. Ce moment venu, nous croyons que notre portefeuille aura obtenu son congé de l’hôpital. Bref, qu’on aura plus d’argent. Le « on » excluant la personne qui vous parle, ou qui vous écrit plutôt. Nous pourrons alors abréger la durée de notre hypothèque. La ramener sur 10 ou 15 ans.

Mais d’ici là, nous savons que nous devrons nous serrer la ceinture et que notre vie culturelle en subira les soubresauts. Nous avons voulu acheter un minuscule condo à Montréal plutôt qu’une immense maison en banlieue - qui nous aurait coûté moins cher -, eh bien, tant pis pour nous. Ainsi va la vie sur l’île.

Comment Montréal nous remercie-t-elle de l’avoir choisie? En nous chargeant plus cher pour nos billets de spectacle. C'est ce que le dossier de juillet du Montréal Express nous apprend. Qu'un billet se vend 10 % moins cher en banlieue qu’à Montréal. Une autre économie pour les personnes qui choisissent les rives sud et nord de la métropole.

L’ancien directeur général du Partenariat du Quartier des spectacles, Pierre Deschênes, a défendu les salles de spectacles montréalaises d’une façon plutôt maladroite, du moins de mon avis: « Il faudra convaincre les gens que venir ici, c’est une expérience unique. Quand le spectateur sort d’une de nos salles, il n’est pas au milieu d’un stationnement froid et sans vie, comme c’est souvent le cas en banlieue. Non, ici, il est au beau milieu de la ville et de toutes ses activités. Il faudra promouvoir ce fait. »

Avec toutes ces activités parmi lesquelles choisir, difficile de s’en tirer sous les 200 $ pour une sortie culturelle. Je paie plus cher mon billet parce que je peux dépenser davantage après le spectacle. Façon originale de voir les choses!

Prenons l’exemple d’un couple adepte d’humour. Appelons-les Denis et Denise Drolet. Deux billets pour Louis-José Houde au Saint-Denis 1 leur coûtent 100 $. Le stationnement, 20 $, et le repas, avant ou après le spectacle, 50 $. Si nos deux tourtereaux prennent un verre ou deux par la suite, il leur faut prévoir 25 $ supplémentaires. Une facture salée qui s’élève à près de 200 $. Deux cents dollars pour une seule et même sortie. À Laval ou Terrebonne, les Drolet auraient pu voir Houde, Badouri et Nantel pour cette somme.

Quant à la remarque désobligeante concernant le stationnement froid et sans vie de la salle banlieusarde, eh bien, sachez M. Deschênes que ce stationnement a au moins le mérite d’être gratuit ou très peu dispendieux. Encore des économies pour les gens qui ne choisissent pas Montréal.

Si ça continue, avec toutes ces épargnes, seuls les banlieusards auront les moyens de sortir à Montréal. Ironique, non!

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