Le petit Anthony est le chouchou du prof de quatrième.
« Anthony, si l'élève qui étudie au public coûte 5000 $ au gouvernement du Québec et que celui qui fréquente le privé lui en coûte seulement 3000 $, combien d'argent économise le gouvernement pour chaque élève admis au privé ? »
- « Deux milles piasses madame la professeur. »
- « Bravo mon petit Anthony, c'est la bonne réponse. Mais on dit dollars, c'est plus joli que piasses ! »
- « Merci madame ! »
Changeons de classe et d'année. Au tour de Mathis, élève de 6e année B, d'être confronté à un problème mathématique, celui-là plus complexe.
- « Mathis, si le gouvernement cesse de financer les écoles privées et qu'il ne donne plus 3000 $ à dix élèves, mais qu'il en réinvestit 5000 $ pour cinq d'entre eux - qui se tournent vers le public faute d'argent -, combien de dollars épargne-t-il ? »
- « (3000 X 10) – (5000 x 5) = 5000 $ madame. »
- « En plein dans le mille Mathis. Je suis fier de toi ! »
- « Content de vous avoir appris quelque chose ! »
Maintenant, calculons cela à l'échelle du Québec. Mélanie, enseignante de deuxième secondaire, pose la question à Mikaël, un élève indiscipliné accusant un retard académique important. Seul moyen de calmer Mikaël: l’inviter au tableau et lui demander de résoudre des problèmes mathématiques.
- « Si le système d’éducation privée compte quelque 30 000 élèves et qu’en ne le finançant plus, j’économise 5000 $ pour chaque tranche de dix élèves, combien sauverai-je d’argent au final ?
- « (30 000 / 10 ) x 5000, ça donne 1 500 000 $ Mélanie »
- « Tu te trompes Mikaël, le gouvernement économise plutôt 15 000 000 $. Tu as juste oublié un 0, c’est pas grave »
- « C’est moi le gros zéro, c’est ça que tu voulais démontrer en me faisant venir au tableau, hein, avoue ? Qu’est-ce que tu veux au juste Mélanie ? Tu veux m’humilier devant mes chums, c’est ça ? Veux-tu ben me foutre la paix ! Je suis écœuré de toi la laide ! »
- « Au bureau du directeur Mikaël ! »
- « Va te faire *)?%)*>"! »
Conclusion: ne plus financer les écoles privées à hauteur de 60 % rapporterait beaucoup au gouvernement du Québec. À la condition que 50 % ou plus des parents puissent encore assumer la facture salée que leur refileront désormais les écoles privées. Mais je doute que ce nombre puisse dépasser les 50 %. Même qu’il serait plus raisonnable de parler de 30 %.
Et si Québec s’entête à reconduire le financement des écoles privées, eh bien!, qu’il le fasse, mais qu’il demande à ces institutions de rendre des comptes. Je lance une idée comme ça: pourquoi ne pas confier au privé nos élèves aux prises avec des difficultés d’apprentissage. Dans un environnement aussi propice à l’éducation, qui sait, peut-être arriverions-nous à les rattraper. Peut-être que Mikaël verrait enfin la lumière au bout du tunnel.
Mais j'y pense, dites-moi, quelle est la différence entre le système de santé à deux vitesses qui nous effraie tant et le système d'éducation actuel? On ne veut rien savoir du premier, mais on accepte gentiment le second. Si j’ai bien compris, on ne veut pas que les riches soient mieux soignés que nous, mais que leurs enfants soient plus intelligents que les nôtres, ça c’est moins grave. On a la société qu’on mérite j’imagine.
Éducation privée ou privé d'éducation ?
Le gouvernement du Québec gère des chiffres et non des êtres humains. Parlons-lui dans un langage mathématique alors.
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