Victor Hugo a déjà écrit: « Les chefs-d'œuvre ont un niveau, le même pour tous, l'absolu. Une fois l'absolu atteint, tout est dit. Cela ne se dépasse plus. L'œil n'a qu'une quantité d'éblouissement possible. » Entièrement d’accord avec lui. L’oreille n’a qu’une quantité d’éblouissement possible. Les chansons énumérées dans l’amorce sont toutes trois des chefs-d’œuvre. Ça ne se dépasse plus.
Sylvain Cossette qui chante Freddy Mercury, on aura tout vu, ou plutôt tout entendu. Sylvain Cossette, un chanteur de balades sirupeuses qui fait rimer amour avec toujours, s’attaquant à Somebody to love.
Freddy Mercury, artiste d'exception. Légende du rock & roll et bête de scène. Qui laisse en héritage des chefs d’œuvres d’écriture, de composition et d’interprétation. Je pense à Somebody to love, The show must go on, Too much love will kill you, Under pressure et Bohemian Rhapsody. Bref, un intouchable. Procurez-vous l’original et découvrez un artiste, un vrai. Plus grand que nature. Théâtral. Excentrique. Tout le contraire de M. 70's!
Pu moyen d’ouvrir la radio sans entendre un petit nouveau ou une petite nouvelle tenter de se mettre au monde en empruntant la chanson d’un autre. Récemment, je suis tombé sur la reprise qu’a faite Alexandra Burke de la magnifique Hallelujah de Leonard Cohen. Rien à voir avec l’original. Comme si quelqu’un avait barbouillé le sourire de La Jocombe. Ou collé un bras à la Vénus de Milo. Car comme cette statue célèbre, Leonard Cohen a beaucoup souffert. Il chante ses blessures. De petites imperfections qui le rendent parfait, l’instant d’une interprétation. Hallelujah! Redressez la Tour de Pise et elle tombera dans l’oubli!
Richard Desjardins en est un brillant exemple. Le type n’est pas très beau. Maigrichon. Des lunettes démodées. Une voix plutôt ordinaire. Pas la langue de bois, la langue du bois. Mais tout un auteur-compositeur-interprète. Peut-être notre meilleur.
Puisque la pièce Tu m’aimes-tu fait partie du patrimoine culturel québécois, je somme le gouvernement du Québec d'en devenir l'ardent défenseur. Un peu comme il le fait avec ses monuments à caractère historique. Pas touche les amis!
Ainsi, un académicien comme Marc-André Fortin n’oserait plus jamais s’approcher du monument qu’est Richard Desjardins. Bien que sa version de Tu m’aimes-tu ait atteint le sommet des palmarès, je me permets de critiquer son interprétation. Sur quelle planète un gamin de 25 ans fredonne-t-il à sa blonde « j’dois être le vrai portrait de ton père »? Seul un homme dans la quarantaine ou la cinquantaine peut faire ce constat. Marc-André Fortin sait-il au moins où est Pompéi et qui est Néfertiti?
« Pour moé t’as dit à ta chum "check le gars ‘ec des lunettes, m’as t’gager un rhum que j’y fixe le squelette" », dixit Desjardins dans l’une des plus belles chansons d’amour jamais écrites. Faque des lunettes, té mieux d’en avoir quand tu chantes c’te toune-là. Pis pas des lunettes de lecture. Té mieux de tout le temps les avoir su l’nez disons. Comme Desjardins. Que personne ne puisse t’imaginer sans tes lunettes. Est-ce le cas du gagnant de Star Académie? Non, absolument pas. Même pas sûr qu'il en ait déjà même portées.
Et dans la vingtaine, quand tu compares une fille à un paquebot géant, les chances que tu reçoives une claque en plein gueule sont plutôt bonnes.
On n’accepterait jamais qu’une jeune ingénue joue le rôle de Miss Daisy au cinéma. Ou bien qu’un aîné joue Roméo au théâtre. Alors, dites-moi, pourquoi accepte-t-on pareille mascarade en chanson?
Je vous l’annonce en primeur: un jour, un ti-cul de 10 ans aura le culot d’interpréter La Bohème de Charles Aznavour. J’entends ça d’ici: « Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. »
Et le prochain Jordy, du haut de ses cinq ans, voulant rendre hommage à son défunt poisson rouge, chantera Ne me quitte pas de Jacques Brel.
Trève de sarcasme, un petit jeu maintenant. Nommez-moi une reprise qui, selon vous, a surpassé la version originale? Surpassé, je n’en trouve aucune. Certaines s’en sont approchées par contre. Me viennent en tête L’hymne à l’amour version Offenbach et Hallelujah de Jeff Buckley.
À vous de jouer!
Check le gars 'ec des lunettes
Je vous en veux, vous qui appelez à la radio et demandez Tu m’aimes-tu de Marc-André Fortin. Vous qui courrez acheter le dernier album de Sylvain Cossette pour écouter en boucle la pièce Somebody to love. Vous qui téléchargez le tube Hallelujah d’Alexandra Burke.
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