Le Canadien a remporté cinq de ses sept derniers matchs. Analysons. Contre Atlanta, j’avais le nez plongé dans la bio de Bourgault. Carrément oublié qu'il y avait match ce soir-là. Résultat: victoire facile du CH au compte de 6-3. Contre Tampa Bay, je me suis joint aux télespectateurs de RDS vers 21 h. Heure sonnante de la débandande du Canadien qui, inspiré par ma présence, a bousillé son avance de 2-0. À la vitesse de l'éclair, le Lightning a marqué un premier but... et un deuxième. C’était 2-2. Découragé, j’ai jugé nécessaire de boycotter la prolongation. Pour mon bien-être et celui du CH. Résultat: victoire de 3-2 de nos Glorieux. Contre Buffalo, j’ai vu les Sabres inscrire leur deuxième but à la seconde même de leur apparition sur mon écran plat, ce qui portait la marque à 2-0. Hors de moi, j’ai changé de chaîne. Mais comme il est toujours déconseillé de fermer l'œil sans avoir fait la paix avec l'être cher, j'ai cru bon me réconcilier avec le Canadien. Une heure plus tard, tel un célibataire désespéré et éméché qui téléphone à son ex au beau milieu de la nuit, j’ai recomposé le 33 (RDS). À ma grande surprise, la partie n’était pas terminée. Nous étions en fusillade. J’aurais voulu partir, mais j’étais trop excité. Les fusillades me font cet effet, que voulez-vous. Résultat: le Tricolore s’est incliné 4-3. Coït interrompu. Contre Chicago, je m’étais promis de ne pas regarder. Tout un défi! Mais quand ma blonde m’a laissé seul non loin de la télécommande, la tentation fut trop forte. Une toute petite minute à peine. Il me fallait connaître le pointage. C’était 3-0 Montréal. Oups, 3-1 plutôt. Une toute petite minute de voyeurisme et me voilà témoin du seul et unique but marqué par les Hawks. Ni vu ni connu, j'ai fermé la télé avant que ma blonde ne s'aperçoive du subterfuge. Résultat: victoire des Habs par la marque de 4-1. Contre Long Island, ce fut le même scénario. Mis la télé au 33, vu Tambellini marqué l'unique but des Islanders et refermé la télé aussitôt. Un épisode qui n'a duré que 10 secondes. Résultat: gain convaincant de la Sainte-Flanelle au compte de 5-1. Contre Toronto, la table était mise pour une victoire. Je n'avais accès ni de près ni de loin à ma Samsung 50 pouces ou à quelconque autre téléviseur. En ce samedi pluvieux, j'avais choisi d'encourager les Knights, plus communément appelés les Chevaliers. Une équipe originaire de Colomb je crois. Oui, c’est ça… les Chevaliers de Colomb. J’ai donc raté toute la partie. Résultat: le Canadien n’a fait qu’une bouchée des Leafs, les écrasant 6 à 2. Contre Ottawa, cela se compliqua. Le parrain de ma blonde nous avait fait cadeau de ses billets. Merci Stéphane! J'étais donc sur place, au Centre Bell. Résultat: défaite crève-cœur du Bleu-Blanc-Rouge face aux pauvres Sénateurs. Rien à voir avec l'absence de Markov et Schneider, contrairement à ce qu'ont dit et écrit les journalistes. Tout à voir avec ma présence. Je suis le Ryan O’Byrne des partisans du Canadien. Je marque tous les soirs dans mon propre but. Ça me brise le cœur de me savoir le porte-malheur du club. Moi qui ai le CH tatoué sur le cœur. Moi qui cesse de me raser en séries éliminatoires. Ce club, je l’aime d’un amour inconditionnel. Personnellement, je ne crois pas en Dieu. Ni en J-C. Mais je crois en Kovalev, Tanguay et Markov. C’est eux que je prie en me couchant le soir. Et vous voudriez que je les évite, que je les oublie. Aussi bien demander à un prêtre d’abandonner Dieu ou à un soldat de renier sa patrie. Avis aux dirigeants du Tricolore, en échange d’un tout petit salaire, j’accepterai le sacrifice ultime. Je n’ouvrirai plus jamais mon téléviseur les soirs de match et je dirai non aux billets que m’offre parfois le parrain de ma blonde. Un tout petit salaire. Un salaire de quatrième trio, sans plus. 500 000 $ et c’est réglé. Et advenant que les bonzes du Canadien préfèrent signer Lecavalier, ce sera aux amateurs, aux vrais, de sauver leur club favori. Comment ? J’ai une idée. Un groupe sur Facebook visant à amasser les 500 000 $ nécessaires à mon apostasie du hockey. J’entends les critiques d’ici: « Je vais donner mon argent aux enfants malades avant de te verser le moindre sou trou de *(%?(&" » Non mais quelle étroitesse d’esprit! Un détail semble vous échapper monsieur, madame. Si vous faites un don à mon nom, vous aiderez le Canadien à retrouver le chemin de la victoire et, conséquemment, les enfants malades à retrouver le sourire. D'une pierre deux coups. D'un lancer deux poteaux. J'y pense, à moins que je n'offre mes services aux Bruins de Boston. Ceux-ci paieraient cher, même très cher pour s'assurer d'éliminer leur bête noire, le Canadien. Un chèque dans les sept chiffres, minimum. Désolé de mettre si abruptement fin à notre correspondance, mais le téléphone ne dérougit pas ici. Sans doute Bob Gainey et Peter Chiarelli qui veulent me parler.
Le destin du Canadien entre mes mains
Ce n’était pas Carbo le problème. Ni Price. Ni les frères K. Encore moins Koivu. C’était moi.
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