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Des chrysanthèmes et un saucisson



Publié le 21 Avril 2009
Publié le 13 Juillet 2010
 

Je pense que les profs sont écœurés de manger des pommes. La preuve...

Sujets :
France , Nathan , Karine

<@Ri>Mon nom est Karine Richard. J’en suis maintenant à ma cinquième année d’enseignement, et aussi à ma cinquième école, puisque je détiens toujours le prestigieux titre d’« enseignante précaire ». Et chaque année, je fais le même constat : les profs sont cleptomanes!

Bon, d’accord, il ne faudrait pas généraliser, d’autant plus que j’appartiens à la race, mais il faut se rendre à l’évidence; il y a bel et bien des voleurs parmi les professeurs. Habituellement, c’est dans le frigo que nos chipeurs se servent. Et ça s’entend : « Hey, c’est qui qui a pris mon #@! de yogourt? Voyons, j’me suis encore fait sauter mon sandwich! ». Problèmes financiers? Détresse psychologique? Les raisons de ces actes nous sont inconnues, mais il n’en reste pas moins que nos lunchs sont trop souvent la cible de ces mouettes « pique-bouffe ».

Le premier larcin est survenu il y a deux semaines. La scène du crime : l’école où je travaille présentement. Tout a débuté lorsque Ginette, une charmante enseignante, s’est fait subtiliser son saucisson! Ma collègue a alors cru judicieux d’écrire le message suivant au tableau de la salle du personnel, ce qui en a fait pouffer plus d’un, moi la première : « Quelqu’un a pris mon saucisson? J’aimerais bien le retrouver. »

Deux jours plus tard, Ginette était toujours sans saucisson et, surtout, la risée de tous et de toutes. « Hey Ginette! As-tu trouvé ta saucisse? », lui criait-on de tous bords tous côtés. C’est alors qu’un second événement du même genre survint : un de mes amis me fit livrer des fleurs au travail. Je voulus mourir de gêne. Mais ma gêne fut beaucoup moins grande que la surprise qui m’attendait à la fin des cours : mes chrysanthèmes avaient disparu!!! Les quelques enseignants du soir qui étaient déjà arrivés m’informèrent alors de l’identité de la coupable. Ah, la mautadine!

J’étais subjuguée! Qu’on subtilise de la bouffe m’étonnait déjà, mais alors là, qu’on me pique mes fleurs… que de culot! C'est alors qu'une image m'apparut, celle de cette pauvre femme, assise seule à sa table de cuisine, en train d’admirer le fameux bouquet et se bourrant la face de saucisson.

Le lendemain matin, je confrontai bien évidemment la fautive, qui n’eut d’autre choix que d’avouer son « crime », puisqu’on l’avait vue le commettre. Le surlendemain (vivement vendredi), j’aperçus le nouveau bouquet qu’elle m’avait acheté pour remplacer celui qui m’était destiné la veille, tout près de mon pigeonnier. Cela confirma mes doutes : elle avait donné mes fleurs à quelqu’un d'autre. Quelle bêtise! Quel non-sens!

Plus tard dans la journée, elle m'avoua, toute repentante et à voix basse, qu’elle était désolée d’avoir agi ainsi. « J’me suis inventé une histoire comme quoi tu ne les voulais pas tes fleurs », me dit-elle alors. Ceci évoqua chez moi, je l’avoue, un sentiment de pitié profonde pour cette femme qui ne devait pas, après tout, filer le parfait bonheur. Sentiment qui prit d’autant plus d’ampleur lorsque je constatai que la dame-qui-aimerait-bien-qu’on-lui-offre-des-fleurs, honteuse, évitait dorénavant de venir dîner dans la salle des profs et détournait le regard chaque fois qu'elle me croisait dans les corridors, ce qui a eu pour effet de me rendre, probablement, aussi mal à l’aise qu’elle.

Plusieurs jours se sont écoulés depuis l’épisode des fleurs, et un vent de cleptomanie souffle toujours au-dessus de mon école. D’ailleurs, mon amie et collègue France m’a dit, tout juste hier, que sa soupe s’était volatilisée. Sont donc portés disparus à ce jour: une soupe, un sandwich, un saucisson, un yogourt, des fleurs… et un peu de ma candeur.<@$p> - « Mikaël, redonne à Nathan sa casquette. » - « Oui madame la Professeure, mais à la condition que vous redonniez ses fleurs à Karine. »

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