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Montréal, championne de la gonorrhée

Banalisation des maladies, manque d’éducation auprès des jeunes…

Philippe Beauchemin par Philippe Beauchemin
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Article mis en ligne le 11 mars 2008 à 11:44
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Montréal, championne de la gonorrhée
Le médecin-conseil de la Direction de la santé publique à l’Agence de santé de Montréal, Gille Lambert, confirme l’épidémie de maladies vénériennes à Montréal. Tous les groupes d’âge sont aujourd’hui touchés. (Photo: Éric Carrière)
Montréal, championne de la gonorrhée
Banalisation des maladies, manque d’éducation auprès des jeunes…
Alors que les citoyens de l’île de Montréal représentent environ 25 % de la population québécoise, on y retrouve près de 75 % des cas de syphilis et de gonorrhée répertoriés en 2006, ce qui fait dire au médecin-conseil à la direction de la santé publique à l’Agence de la santé de la région de Montréal, Gilles Lambert, que « Montréal est la grande championne des maladies sexuelles ».
La situation épidémiologique des infections transmissibles sexuellement et par le sang dans la région de Montréal inquiète grandement le docteur Lambert, qui explique que l’on vit actuellement « une situation explosive et instable » sur le plan de la transmission des maladies à déclaration obligatoire : « Il y a six maladies à déclaration obligatoire, trois virales et trois bactériennes. On parle de l’hépatite B, l’hépatite C, le VIH, la syphilis, la lymphogranulomatose vénérienne, la chlamydiose et l’infection gonococcique. Et toutes ces infections sont très démocratiques ; elles touchent tous les secteurs de la ville, les hétérosexuels comme les homosexuels, les gens des communautés ethniques comme les Montréalais de souche, les anglophones comme les francophones. Il y a trois infections qui sont en développement sur le territoire et qui nous inquiètent davantage, soit la chlamydia, la gonorrhée et la syphilis. »

Depuis une dizaine d’années, le nombre de cas répertoriés concernant ces trois maladies a plus que doublé sur le territoire de Montréal. Sans pouvoir mettre le doigt sur la cause exacte de cette préoccupante explosion, le médecin-conseil tente quelques explications.

« Une explication possible serait de dire que les gens se transmettent des maladies parce qu’ils ne savent pas qu’ils sont infectés. Je pense que les gens consultent moins les professionnels de la santé et qu’ils font trop confiance rapidement à leur partenaire sexuel. On se dit que ça ne nous arrivera pas, qu’on n’a donc pas besoin de consulter. Et à mesure que les données sur le SIDA diminuent, le nombre de cas de chlamydia augmente. La banalisation des maladies y est sûrement pour quelque chose.

« L’autre explication concerne le manque d’éducation auprès des jeunes, une clientèle qui est particulièrement touchée par les maladies sexuelles, comme on le voit dans nos données. Dans les dernières années, il y a eu une diminution importante du nombre de médecins et d’infirmières présents dans les écoles, combinée à une diminution des activités pédagogiques et d’éducation sexuelle. On parle de sexualité dans le cadre de cours réguliers et ça ne semble pas avoir le même impact que lorsqu’on avait un cours comme celui de Formation personnelle et sociale (FPS). Le sentiment qu’on a, c’est qu’il y a moins d’énergie investie dans l’éducation sexuelle dans les milieux scolaires qu’auparavant. Selon moi, on doit favoriser davantage l’éducation sexuelle à l’école et parler encore plus de dépistage et de prévention. »
Une réalité qui pourrait s’aggraver
Au cours des dix dernières années, les cas de gonorrhée, de chlamydia et de syphilis ont explosé à Montréal. Une situation qui pourrait s’aggraver encore, insiste le docteur Lambert.
« Montréal est la championne de la gonorrhée. C’est une maladie extrêmement présente chez les homosexuels, mais elle est de plus en plus repandue chez les jeunes femmes. Et c’est agaçant dans la mesure où, bientôt, ça va toucher la population dite hétérosexuelle. Plus personne ne sera à l’abri. »

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