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Montreal Express
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Les brumes

Article mis en ligne le 12 mars 2009 à 10:51
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Les brumes
Les brumes
Vous allez être douze millions, au moins, à vous rendre à la messe Dédé, à travers les brumes. Et vous allez aimer, adorer, voire fondre. L’histoire vous arrachera toutes les larmes de votre corps, le mythe du rocker sanctifié vous touchera, vous n’en reviendrez pas de Sébastien Ricard – qui y est au demeurant crevant de vérité – parce qu’il vous rappellera vraiment Dédé. Et vous croirez dur comme fer que ceux qui entouraient Dédé étaient exactement comme ceux que le film dépeint. Hollywood made in Québec.
J’ai bien connu André Fortin. Je l’ai rencontré en 1982, alors qu’il entrait en cinéma à l’université de Montréal (et non pas en 1985, comme le prétend le film), et jusqu’à sa mort, je peux dire que nous avons été très proches.

Or, si André avait – et ce serait ridicule de le nier – une certaine propension à la déprime, il était d’abord et avant tout un être auprès de qui il faisait bon passer du temps. Un homme curieux, toujours prêt à confronter ses idées, ses envies et ses projets. S’il n’avait pas été ainsi, et s’il avait été comme le dépeint Jean-Philippe Duval dans son film, personne ne l’aurait jamais suivi. Ni Mara Tremblay, ni Fred Fortin, ni Yves Desrosiers, ni Marc Déry, ni moi, ni personne, ni même les Colocs eux-mêmes.

Pendant deux heures et des poussières, le film de Duval s’en tient à l’aspect sombre de la personnalité d’André Fortin. Comme si Van Gogh se résumait à son oreille, Rimbaud au coup de feu de Verlaine, et Félix Leclerc à l’Île d’Orléans. Duval aurait pu nous montrer le créateur boulimique, il aurait pu nous le faire voir avec ceux, Colocs ou non, avec qui il partageait des idées, des manières de faire, des opinions, des textes, des projets... Ainsi, le réalisateur aurait pu faire de la mort d’André l’événement incompréhensible qu’elle a été.

Il aurait pu poser le doute, souligner le paradoxe, au lieu de tenter d’en donner une explication si facile et, surtout, faussée.

Il aurait même pu faire de son film un réquisitoire contre le suicide. Mais il ne l’a pas fait. Au lieu, il a décidé de jouer la carte du hara-kiri, participant ainsi à la perpétuation du mythe: celui du geste conscient, du désaccord éclairé, celui de l’artiste rebelle.

S’il avait cherché dans Internet la description du rituel hara-kiri, il se serait rendu compte qu’André ne l’a jamais suivi. André s’est poignardé, dépressif, et fort probablement atteint d’une maladie mentale grave.

Or Duval a choisi, et c’est son droit, de s’accaparer l’histoire, de donner SA vision des faits. Faits auxquels, d’ailleurs, il n’a jamais pris part et sur lesquels il porte, par son film, une vision tronquée et erronée.

Cette image survivra et restera indélébile: l’image sombre d’un homme pourtant lumineux. L’image solitaire d’un homme pourtant entouré. L’image malsaine d’un homme pourtant généreux et enthousiaste. L’image d’un désespéré sur le chemin long et tortueux de la mort.

Il aurait pu laisser d’André l’image de ce qu’il était vraiment: un artiste ouvert et généreux, pour qui l’idée même de la communauté de création était au centre de la vie. Il ne l’a pas fait. C’est son droit. C’est son choix. Mais c’est aussi notre droit de ne pas endosser sa vision poético-romantique du suicide.

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mélanie caron

Commentaire mis en ligne le 22 avril 2009
Tout d’abord bien contente de vous retrouver monsieur Vézina!
Même si cette chronique remonte un peu dans le temps, je ressens le besoin d’y ajouter mon grain de sel.
Je suis rassurée de voir que je ne suis pas la seule à avoir passé le film à chercher le vrai Dédé ou du moins l’hommage à sa musique dont Roger Frappier parlait en conseillant aux cinémas de projeter le film avec le volume à fond.

Malgré la ressemblance frappante et l’interprétation impeccable de Ricard, je n’ai pas retrouvé l’allumé avec le p’tit accent baveux du lac que j’ai croisé la dernière fois à la défunte SAQ express de St-Denis.
Je suis allée voir ce film avec les meilleurs intentions du monde, j’avais envie de me remémorer ce personnage en famille. Bien vite le traitement quasi-disneyesque m’a fait déchanter. Par exemple, pour être sûr qu’on remarque l’importance de ces scènes, les yeux de Dédé deviennent gros comme des 30 sous lors de ses rencontres avec Esposito, la littérature de Mishima, la fille des Gumboots. A partir de ce moment, j’ai commencé à me sentir comme une tarte à qui on s’apprête à expliquer quelque chose d’inexplicable.

Comme il s’agit d’un espace de commentaire, je ne rentrerai pas tous les détails qui m’ont irritée, mais je veux simplement dire que ce film ne remplit ni le mandat de lui rendre hommage, ni d’expliquer les raisons qui l’ont poussé à commettre l’irréparable.
Même si je ne l’ai pas connu, je refuse d’accepter cette représentation le montrant comme un naïf qui a pris Mishima pour du cash et qui semblait particulièrement perturbé par ses cheveux vers la fin de sa vie.
Même si le film le dépeint comme un être sombre et torturé, je crois que Dédé aurait bien ri tout de même en se voyant ainsi dépeint.
Heureusement les dessins animés ajoutent de la profondeur et de la poésie au film en nous ramenant enfin aux paroles et surtout à cette voix qui nous a fait plus souvent sourire que pleurer sur notre sort

marthe pouliot

Commentaire mis en ligne le 21 avril 2009
!!!Pour un film qui a suscité autant de réactions, dans l'ensemble assez positives, des médias,je trouve étrange qu'il n'y ait eu que 5 commentaires à cet article....tout de même en ligne depuis le l2 mars...
Faut-il être tout à fait d'accord avec l'auteur ou presque ou encore le nombre de commentaires est-il limité à cinq?????????????

Yves Lanthier

Commentaire mis en ligne le 1er avril 2009
Bonne idée, la mention de la maladie mentale grave. J'hésitais à aller voir ce film et je vais hésiter encore plus...
Je n'ai tout de même jamais oublié le fait suivant, où la part de hasard était peut-être réduite : un jour, je vois sous la plume d'un chroniqueur vedette quelque chose comme « Les Colocs, sont pas très bons ».
Deux jours après j'apprends la nouvelle pour Dédé.
Je repense aussi au fait que Nelligan a craqué à la suite d'une critique.
Et je repense au fait que le chroniqueur vedette ci-dessus n'a jamais été très gentil pour Nelligan non plus.
On entend moins souvent parler de critiques qui craquent, soit parce qu’ils ont moins les projecteurs sur eux lorsqu’ils craquent, soit parce qu'ils craquent moins. Qui sait.
Chose certaine, ils prennent moins le grand risque de la créativité, ils ne sont pas au même bout du fusil.

Yves Desrosiers

Commentaire mis en ligne le 26 mars 2009
Salut michel , merci d'en parler , je n'ose pas voir ce film parceque il y a des souvenirs avec patrick qui sont encore très réels dans ma tête mais aussi parcequ'aussi je n'ai jamais vraiment compris le geste d'André...

Vincent Messager

Commentaire mis en ligne le 24 mars 2009
Je ne suis pas d'accord avec toi quand tu dis que le réalisateur a montré son côté sombre durant tout sa carrière. Il est surtout montré dans sa période de vie à la campagne à mon souvenir. Sophie n'habitait-elle pas avec lui à ce moment ?
J'ai aussi très bien connu Dédé et Les Colocs pour avoir été leur premier booker de show pendant 3 ans (jusqu'a ce que Paquin foute la merde) et ce qui me dérange plus est la personnification de Serge qui a l'air d'un attardé dans le film, de Jimmy qui a co-réalisé et mixé Dehors Novembre, de Paquin qui est trop bien habillé et rasé, de moi qui suit une fois de plus zappé de leur histoire, etc..
Par contre, j'ai été sur le cul de l'interprétation de Storoge pour Pat. Des tonnes de petits souvenirs me sont revenus.

Yves Demers

Commentaire mis en ligne le 20 mars 2009
Content de vous savoir de retour comme chroniqueur. Vous m'avez aidé à me départir de l'habitude de lire le ICI,qui me répugnait depuis quelque temps surtout avec les conneries fanatisées de Falardeau... mais passons.

Votre article est éclairant. Je ne connaissais Dédé Fortin que par son oeuvre, que j'aimais pas mal. Vous nous parlez de sa réalité humaine, dans ses zones d'ombre et de lumière comme pour nous tous. Dommage que le film n'en a pas fait autant. Je me demande pourquoi les réalisateurs de film, quand leur sujet est un personnage ayant réellement vécu, s'entêtent à faire des film de fiction. Ils devraient plutôt inventer des personnages fictifs.

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Commentaire mis en ligne le 13 mars 2009
Super bon texte de Michel Vézina. Je vais quand même allé voir le film, mais j'apprécie l'éclairage qu'il apporte d'autant plus que sa crédibilité est indéniable.

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