Les écrivains d’ici…
Félicitations aux écrivains québécois que la France vient de mettre sur leur map hexagonale. C’est carrément inhabituel : cinq Québécois d’un seul coup sur les listes initiales de mise en nomination des grands prix littéraires : Dany Laferrière (Fémina, Médicis et Wepler), Catherine Mavrikakis (elle aussi pour le Fémina et le Wepler, et pour le prix des Cinq Continents), Neil Bissondath (Fémina/étranger), Edem Awumey (pour le Goncourt, carrément) et Jean Barbe (pour le prix des Cinq Continents).
Bonne nouvelle, mais qui mérite qu’on y réfléchisse, qu’on la questionne et qu’on l’approfondisse. D’abord, qu’est-ce qui fait qu’un livre est québécois, français, américain, haïtien ou géorgien? Même question en ce qui concerne son auteur. Qu’est-ce qui fait donc, aujourd’hui, qu’un écrivain soit associé à un territoire ou à un autre? Certaines mauvaises langues - que je ne nommerai pas - vont tout de suite dire que ces écrivains, sauf un, ne sont pas de réels Québécois. Encore faudra-t-il oser une définition de ce qu’est un réel Québécois. Oui, outre Barbe, tous les autres nommés sont nés à l’étranger. Mais faut-il être né sur un territoire pour en réclamer l’identité? Combien d’années faut-il avoir vécu dans un pays pour se permettre de s’en réclamer? Laferrière, Mavrikakis et Bissondath ont tous les trois vécu la plus grande partie de leur vie ici, au Québec. À mon sens, ils sont indubitablement Québécois. Awuney, que je ne connaissais pas avant la semaine dernière, a décidé de s’installer ici. Il a choisi le pays où il voulait vivre aujourd’hui et il est en droit de s’en réclamer. Pour Barbe, tout est limpide.
Maintenant l’écrivain. Qu’est-ce qui fait de moi un écrivain québécois, de Chamoiseau un Martiniquais, de Frankétienne un Haïtien ou de James Frey un Américain? Difficile à dire. Cela tient-il à la langue de l’écriture? On pourrait ainsi comprendre que Bissondath soit nominé dans la catégorie étrangers, alors que ses collègues du même pays l’aient été dans la catégorie des romans français. Sont-ce qu’ils ont été publiés en France sans nécessiter de traduction ? Et si ces nominations tenaient à la langue de l’écriture, les cinq seraient donc plus français que québécois? Les romans de Laferrière, par exemple, et particulièrement L’Énigme du retour, sont, même s’ils sont écrits dans un français impeccable, plus proche d’une littérature américaine que d’une littérature à proprement parler française.
Je vous perds? Normal, moi aussi je me sens un peu perdu…
Mavrikakis, maintenant. Si j’ai jadis été en réelle pamoison devant son Ça va aller, il m’est maintenant absolument essentiel que j’avoue ne pas avoir du tout apprécié Le ciel de Bay City. Trois tentatives, et pas une seule fois ai-je pu passer le cap de la soixantième page. Rien. Le néant. Aucun intérêt, à mes yeux en tous cas. Je ne dois pas avoir envie de la même littérature que mes contemporains qui siègent sur les jurys…
Même chose pour Jean Barbe, pas capable de le terminer. Jean, même s’il a tous les arguments pour me prouver le contraire, écrit dans un autre siècle, et pas le dernier… Moi, ça m’endort, surtout quand ce n’est pas vintage! Désolé Jean…
Il y a de cela quelques années, en 2003 ou en 2004, je ne me souviens plus très bien, le Québec était à l’honneur à la Foire du livre de Guadalajara. J’avais alors assisté à une conférence magnifique où étaient attablés cinq écrivains québécois. Il y avait Neil Bissondath, Sergio Kokis, David Homel et Gil Courtemanche. À un moment donné, dans son préambule, Courtemanche a remercié les trois autres de nous – ce fameux nous, oui – avoir sauvés. Dans la salle, un certain monsieur Bouchard, celui-là même qui devait présider la commission Bouchard-Taylor quelques années plus tard, s’est levé et a demandé à Courtemanche ce qu’il entendait par ce sauvetage. C’était rigolo, folklorique, et si ni l’un ni l’autre n’avait entièrement tort ou raison, il est aujourd’hui plutôt amusant de constater que Courtemanche posait un réel pavé dans une vraie mare : c’est peut-être grâce à ceux qui ont choisi le Québec pour y vivre que la littérature qui se fait ici attirera un jour, vraiment, le regard du grand frère sur nos livres.
Mais en même temps, ces questions que je me pose me paraissent totalement futiles et superflues. Dans l’absolu, un écrivain ne devrait pas avoir de nationalité, ne pas se réclamer ni d’une patrie, ni d’un État, ni d’une ethnie. L’écrivain écrit. Et la littérature n’a pas de pays.
Sauf que lorsque que j’essaie de vendre mes livres en France, on me dit (distributeurs et éditeurs confondus) qu’ils sont trop québécois. Serait-ce que ceux de mes collègues susnommés le sont moins? Drôle de question. Je ne sais plus. Je patine dans la choucroute (ou dans la poutine, le ragout d’patte et le bouilli d’légumes…). N’y voyez pas de jalousie, mais avec 49% d’analphabètes fonctionnels… ça donne des fois envie de se faire lire ailleurs. Sauf que pour cela, faudrait-il que j’écrive moins en québécois?
Bon c’est assez, j’ai mal à la tête. Je retourne à mon prochain roman : une histoire de pirates dans le Saint-Laurent…
anne campagna
Commentaire mis en ligne le 29 septembre 2009ce débat sur les écrivains québécois me ramènent à Nelly Arcand (et oui, elle est difficile a oublier). J'ai lu ses romans et elle me semblait en dehors de la québécitude en ce sens ou même si ses romans se déroulaient a Montréal, L'urbanité des lieux et les thèmes traités en faisaient des romans internationaux, non enracinés dans les histoires de terroir ou même d'identité québécoise. Ses thème touchaient l'universalité car ils remettaient en question le patriarcat a travers son questionnement identitaire féminin et dans ce sens, touchaient beaucoup plus profondémment a l'histoire de l'humanité, qu'à la nation.
aussi chaque écrivain doit écrire si il en ressent le besoin, que ses livres soient publiés en France ou non, la pluralité des voix assure la santé de la démocratie...
Anne Campagna