Dany Power!
Je connais Dany depuis longtemps.
Mais il ne me connaissait pas.
Grand efflanqué avec une voix endormie.
Je ne savais pas grand-chose dans ce siècle.
Même pas qu'il y avait un pays francophone en Amérique du Nord.
Pays qui avait battu, lui, les armées de Napoléon en 1804.
Un an après la vente de la Louisiane aux Américains pour une piasse.
Non, je ne savais pas grand-chose.
Surtout pas comment faire l'amour avec un(une) nègre(esse) sans se fatiguer.
Dany Laferrière est devenu mon idole.
Nous sommes arrivés à Montréal presque en même temps. Lui en 1976, moi en 1979.
Il est donc plus Montréalais que moi.
J'ai peut-être un peu fui Rimouski, mais c'était pas du tout pour les mêmes raisons que lui il a fui Haïti.
Les petits dictateurs de mon trou ne faisaient que mettre des bâtons dans les roues des poilus.
Ils n'avaient pas appris à les descendre à coups de machette ni à en manger les morceaux qui tombaient.
Mais le fond restait le même: gratte l'argent, encore l'argent, sur le dos de ceux qui n'en ont même pas.
Un jour, Dany est devenu mon ami. Je le voyais souvent à la télévision et je l'aimais de plus en plus. Il était drôle et même s'il ne cachait jamais son intelligence et sa culture, il jouait souvent au nono. Dany avait compris qu'il fallait surtout ne pas trop montrer au colon que le nègre peut en savoir plus que lui.
Dany a écrit des livres, pas mal de livres.
Plus il en écrivait, plus il devenait mon ami.
M'ont tous pénétré jusqu'au coeur profond!
Était Québécois ou Haïtien? J'ai eu envie d'aller fouiller autour de lui pour savoir qui j'étais, moi. Ah, L'odeur du café et Le goût des jeunes filles ou encore Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit?. Puis, Je suis fatigué, Vers le sud...
Je lisais et j'avais l'impression de me nourrir de son intelligence. J'ai commencé à aller voir ailleurs: Borgès, Jacques Roumain, Edwige Danticat (qui m'a fait découvrir St-Éloi, qui lui m'a fait découvrir Franketienne, Césaire, Gary Victor et Davertige) et et et!
Et un jour, alors qu'il était déjà grand et moi tout petit.
Je me promenais avec mon Marassa qui le connaissait et qui me présenta.
J'ai défailli et je me suis évanoui comme une jeune fille.
Dany était humain.
Il racontait des histoires sérieuses en se tordant de rire.
Il riait de mes histoires connes, pour me faire plaisir, parce que moi, je ne suis jamais vraiment très drôle.
Dany rit encore.
Et il m'écrit juste à moi, des fois.
Et je ne lui dis jamais que je l'aime.
MEDICIS
J'ai été un peu surpris en cherchant de l'info Internet à propos du Médicis.
On y écrit ceci (mais bon, c'est Wikipedia, ça vaut ce que ça vaut...) : « Le prix Médicis est un prix littéraire français fondé par Gala Barbizan et Jean-Pierre Giraudoux le 1er avril 1958 afin de couronner un roman, un récit, un recueil de nouvelles dont l'auteur débute ou n'a pas encore une notoriété correspondant à son talent. En anglais, c'est presque drôle: "an author whose fame does not yet match their talent. "
Que faut-il comprendre ? Que la gloire de Dany n'est pas à la hauteur de son talent? Tant mieux. Parce que maintenant qu'on est amis pour vrai, tous les deux, ça me ferait un peu chier d'aimer autant un écrivain débutant, quand même!
Quelques Médicis que j'ai aimé...
1966 - Une saison dans la vie d'Emmanuel - Marie-Claire Blais (Grasset)
1978 - La Vie mode d'emploi - Georges Perec (Hachette)
1980 - Cabinet-portrait - Jean-Luc Benoziglio (Seuil). (Un livre que je relis aux trois ans depuis 1982 ou 3...)
2003 - Quatre soldats - Hubert Mingarelli (Seuil) (Un livre qui ne m'est jamais sorti de la tête...)
2007 - La Stratégie des antilopes - Jean Hatzfeld (Seuil)
2008 - Là où les tigres sont chez eux - Jean-Marie Blas de Roblès (Gallimard)
Hélène Bard
Commentaire mis en ligne le 14 novembre 2009« Le sourire en coin, j'explique à mon neveu que, pour écrire un roman, il faut surtout de bonnes fesses car c'est un métier où, comme dans celui de couturière, on reste assis longtemps. »
Ça aurait fait pareil, non ? Le même effet. Sans erreur de syntaxe, avec juste deux virgules de plus.
Un prix Medicis avec ça ? Je suis d'accord pour le personnage dont on se targue d'être devenu l'ami ; mais, pour l'écrivain, j'ose ( tout en réitérant que je l'aime aussi ), dire qu'il n'est pas si grand, et que notre littérature en mange une claque à force de publier des écrits mal fagotés.
Notre langue ? Il me semble qu'il n'est plus personne pour la défendre. Trop de vedettes, comme en politique. Et pas assez d'humbles artisans épris des détails.