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Les genoux dans le "terrazo"

Article mis en ligne le 24 novembre 2009 à 16:05
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Les genoux dans le
Les genoux dans le "terrazo"
Depuis mercredi, la mince couche de tapis de la salle d’exposition de la Place Bonaventure s’est écrasée sous le poids de mes piétinements infinis. Il y a eu foule, oui, mais j’étais loin de René, de Janette ou de Parizeau, tant et si bien qu’il n’y avait presque plus personne par chez là où j’étais. Dany faisait peut-être la sieste, et Chapleau n’était pas encore arrivé. Moi assis, pour une fois, j’ai fermé un peu l’œil. Bon, j’attends de trouver la photo, de moi assis devant mes livres, endormi. Belle promo!
Activités littéraires limitées, donc : je n’ai rien vu, rien entendu, aucune table ronde, aucune conférence, absolument rien. Je n’ai même pas fait le tour du Salon… À part quelques stands où je prends la peine de m’attarder, bon an, mal an, dont j’aime voir les livres un à côté de l’autre, leur fond, comme on dit, comme leurs nouveautés, je suis passé leur dire bonjour. Et le reste du temps, entre l’entrée et mon propre stand, je n’ai vu que les poussettes faire la course à l’espace envahi.

Poussettes, d’ailleurs : sont-elles obligées d’être comme vos VUS? Des 4X4? À pneus d’hiver, reliquats de Hummers occupant trois mètres carrés d’espace au sol, pour un vagissant qui se vomit encore dessus? Non, mais! Je veux bien qu’on initie les jeunes aux livres dès le plus tendre âge, et je veux bien que maman et papa puissent avoir le droit de se déplacer dans le salon, mais la garderie, en bas, près de l’entrée, gratuite, vous croyez que c’est pour les chiens?

Et si les parents tiennent absolument à garder leur progéniture à portée de la main, ils devraient comprendre qu’ils ne sont pas seuls!
Les petits
Elles y étaient avant, ces dernières années, oui. Mais on aurait dit, cette année, qu’elles étaient plus actives, plus fortes. De petites maisons poussent et pullulent, et ce, même si le grand public n’en a pas grand-chose à faire. En fait, le grand public, souvent n’en a rien à faire, vraiment, de la manière dont les choses se font, dans quelles conditions elles se font, pourquoi, pour qui et comment…
Alors, cette effervescence, ce désir de dire, cette volonté de laisser trace, d’où vient-elle, comment s’organise-t-elle? Ça me scie chaque fois.

Nous sommes 1000, au Québec, à s’intéresser à ce qui s’écrit ici.

Et 900 d’entre nous écrivent.
Deux essais
Vous connaissez les Poètes de brousse? J’adore cette petite maison qui, jusqu’à tout récemment, ne faisait que de la poésie. Voilà qu’ils démarrent une collection de pamphlets : Essai Libre. Comme les deux premiers titres sont incendiaires et que je connais la bête derrière cela, ça promet. Premièrement, à tout seigneur tout honneur : Gallimard chez les nazis, de Jean-François Poupart! Ensuite, La mort du Canada, de Maxime Catellier, dont j’évoquais rapidement le nom la semaine dernière comme une des plumes que j’admire, ici, aujourd’hui.
Dans les deux cas, ça se lit d’une bouchée, et ce même si cette dernière peut s’avérer pour le moins surette et amère. Poupart, de manière très organisée et méthodique, gratte le bobo de la collaboration des éditeurs, pendant l’occupation allemande en France, de 1940 à 1944. Qu’ont-ils dit, écrit et fait? Qui sont ceux qui se sont acoquinés avec l’occupant, et comment s’en sont tirés ceux qui ont eu à faire face à l’épuration qui a suivi la libération. Une perle dont je vous livre ici un (trop court) extrait : « Quarante millions de morts plus tard, je ne sais pas si l’humanité a retenu la leçon. À lire les nouvelles d’aujourd’hui, je suis sûr que non. L’art officiel, qu’il soit nazi, communiste ou capitaliste, est toujours une atteinte au sensible; un art de raison imposé par la force médiatique. »

Quant à Catellier, on a l’impression, dans ce pamphlet en vers intitulé La mort du Canada, qu’il se livre complètement et entièrement, enfin. Probablement, de ses cinq titres, celui qui frappe le plus fort, celui qui lui ressemble le plus. Il se fait plus politique que le Canada ne l’a probablement jamais été, du moins depuis des décennies. Et lorsqu’il écrit :

« Que les ténors de l’indépendance du Québec

se le tiennent pour dit :

nous ne voulons pas changer de drapeau

pour nous vautrer dans une nouvelle mouture

de nationalisme épais

Pas plus que le Canada

le Québec ne peut se vanter

d’avoir lutté contre cette faillite morale

qui pèse sur nos vies

depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.»

Quand il écrit ça, je suis avec lui, si tant totalement et absolument.

Parce que moi aussi, j’ai cette fâcheuse tendance à refuser le monde tel qu’il est.

Et si Maxime est poète, moi, je suis certainement fou.

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Anne Campagna

Commentaire mis en ligne le 29 novembre 2009
et aussi...''Parce que moi aussi, j’ai cette fâcheuse tendance à refuser le monde tel qu’il est.
Et si Maxime est poète, moi, je suis certainement fou.'' Continue d'être fou. Y'a du monde qui vont embarquer avec toi dans ta folie. J'aime mieux les fous de poésie et du coeur que les fous du pouvoir.
Anne Campagna

anne campagna

Commentaire mis en ligne le 26 novembre 2009

Cette chronique m'en a mis plein la vue, merci Michel Vézina. Je trouve extrêmement intéressantes les phrases suivantes:''Poupart, de manière très organisée et méthodique, gratte le bobo de la collaboration des éditeurs, pendant l’occupation allemande en France, de 1940 à 1944. Qu’ont-ils dit, écrit et fait? Qui sont ceux qui se sont acoquinés avec l’occupant, et comment s’en sont tirés ceux qui ont eu à faire face à l’épuration qui a suivi la libération...''
car oui, l'Europe a des bobos,la Russie les Romanov, puis après les Staline,Lénine,etc,la Suisse les scandales, l'Allemagne...et ce n'est pas en les oubliant que les bobos se guérissent. Si on prends l'Italie et le phénomène mafieux, il y a toute une littérature et des films qui portent sur le phénomène, non pas pour le glorifier, mais pour montrer l'impact que ça a eu et a encore sur l'italie, par exemple le film et livre Camorra, dont l'écrivain est maintenant en garde a vue par des policiers italiens a cause de menaces de morts...ça c'est de l'écrivain mon ami, y'a des écrivains, des cinéastes en Italie qui osent pas à peu près.
Anne Campagna

Manon

Commentaire mis en ligne le 24 novembre 2009
Vivre fou ou mourir. ou quelque chose comme ça!

Je n'ai pas été au salon cet année, j'ai plutôt opté pour une paire de bottes! Les temps sont durs!

Ceci dit, au plaisir de te croiser!

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