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Montreal Express
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Article mis en ligne le 1 décembre 2009 à 12:03
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Petit, je rêvais de voyager. Quand les oncles, tantes, amis de mes parents et autres vieux de ma famille me demandaient ce que je voulais faire quand je serais gros, je disais clown, clochard ou écrivain.
Dans ces années-là, un certain ailleurs était transporté par nos artistes. Un rêve : autre chose. Pour être, il fallait s’affirmer, être différend. Et pour être grand, il fallait se distinguer. Je me souviens des films de Gilles Carle et de certains acteurs qui portaient en eux le côté sublime et baveux du québécois moyen. Des films qui nous faisaient nous sentir moins moutons que ce miroir fade qu’on nous met sous le nez, aujourd’hui. Prix de la rectitude et de l’uniformisation nord-américaine, je présume.

Fut un temps où le miroir se cristallisait pour nous faire exploser plutôt pour nous conforter. Et Gilles Carle savait nous mettre en scène et nous montrer en baveux forcenés. Il avait ce talent, cet art.

Devenu gros, j’ai voyagé, beaucoup. Je me suis pris pour Blaise, pour Ernest, pour François et pour Jean-Louis… Et je me suis calmé. Je me déteste aujourd’hui de constater ces pantoufles qui me poussent au nez, de la maladie et sa peur, aussi. Est-ce parce que ceux qu’on a aimés, admirés; est-ce parce que nos amis et nos idoles disparaissent; est-ce parce qu’on devient fous que les années deviennent dures? L’envie de partir me prend, me reprend. Néo-credo : être toujours plus baveux avec les cons, et plus gentil avec les allumés.
Annus Horribilis
Année difficile, comme avait dit Betty Windsor "the second" il y a quelques années pour je ne sais plus trop quelle raison. Pauvre Betty, finalement, pognée jusqu’au trognon. Et moi, je peux encore «crisser» mon camp pour me donner l’impression que je change mon mal de place. Je suis libre. J’ai été clown et c’est fini. Clochard, bof, j’y ai touché, et à une époque pas si lointaine pourtant (plusieurs s’en souviennent). Assez : personne n’est libre lorsqu’il a faim et froid. @R:Ma plus grande peur : ne plus rien avoir et devoir vivre dehors sans savoir si. Voir l’hiver arriver et… «crisse», un autre. Gilles Carle vient de mourir. Ne verra pas cet hiver.

Être écrivain? Ça m’arrive. Autant en profiter pendant que ça passe et me mettre en route si ce métier m’y dispose. Nous sommes en 2009 et l’année continue d’être horrible. Qui d’autre mourra, à peine à temps pour vivre dans sa maison, enfin ?

Repose en paix, Gilles Carle. Les anges, tu les as connus de ton vivant!
Toronto
Je casse le rythme. Toronto, d’abord. Bon, j’ai réussi à me taire jusqu’ici, mais comme c’est annoncé ce matin, je me permets de participer au concert des nouvelles. Je défendrai Nicolski, de Nicolas Dickner, au concours Canada Reads, la version anglaise du Combat des livres, sur CBC Radio One. Mon périple commence donc par ici, un tout petit départ, comme pour m’habituer à l’absence. Depuis hier et jusqu’à demain : je me la joue Toronto la grande! Bien hâte à la semaine prochaine pour vous en reparler. Y’avait longtemps que je n’y avais pas mis le nez, et ce sera drôle de chercher les soirées, un lundi et un mardi soir…
Voyager! Dans quelques jours, je prends la route du sud au soleil de l’hiver! Un vrai luxe d’écrivain/chroniqueur/éditeur moderne : je veux prouver que nous sommes bel et bien au XXIe siècle et que je peux continuer à faire tout ce que je fais d’habitude, mais les pieds dans le sable.

Un mois pour me refaire une santé, physique et mentale. Presque pas de bagage! La paix. Un gros trip d’écrivain pourri, chez deux amis écrivains que j’adore. Pas de cipaille, pas de dinde, pas d’atacas à Noël! Des avocats, des fruits à pain, des poulets boucanés, et une bouteille de rhum, docteur!

Après, après, on verra. Je vous tiendrai au courant. Je vais passer par Haïti avant de rentrer, c’est certain.

Vous aurez droit aux chroniques d’un gros voyageur qui en a marre. Marre de se faire chier avec les mêmes têtes de cons, toujours, les mêmes menteurs, les mêmes faux-culs. Les choses avancent, vous me dites? D’accord, mais c’est au prix de claques atroces pour nous rappeler que nous stagnons.

On parle de Gilles Carle ce matin. Mort. On parle de sa lumière et de sa curiosité, de son amour de la vie totale, de ses contradictions et de ses paradoxes. Nous venons de perdre un de nos grands, notre maestro. Chaque culture a ses êtres exagérés. Carle était un des nôtres. Carle était un illuminé inventif qui non seulement trouvait des manières de faire des films auxquels personne n’avait pensé, mais qui s’arrangeait toujours, peu importe les manières imposées par l’industrie, pour faire SES films.

Pas les films de ses producteurs. Pas les films des institutions.

N’a pas dû être aimé de tous, Gilles Carle, et c’est tant mieux.

Peu importe ce qui se dit depuis hier…

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Sarrasin Onze

Commentaire mis en ligne le 4 décembre 2009
Au yable, les pantoufles!

La paix, les pieds dans le sable? Monsieur le chroniqueur, je vous la souhaite pareille à celle que l'on devine dans la placidité du chasseur attendant la proie qui nourrira sa famille. Santé!

anne campagna

Commentaire mis en ligne le 4 décembre 2009
Cette chronique est baveuse mais...cuite a point! ''Être écrivain? Ça m’arrive. Autant en profiter pendant que ça passe et me mettre en route si ce métier m’y dispose.''raconte l'écrivain Michel Vézina. Je ne crois pas qu'être écrivain est un métier qu'on choisit. Le métier choisit l'écrivain. Le métier prends l'écrivain par en arrière, à contre corps, à contre-logique, envers et contre lui parfois. Qui veut vraiment d'une vie de souffrance? Il le pousse avec sa rage, son désespoir. Le métier l'étrangle. Il lui vole son besoin de crier. Le torture de son désir de tout reconstruire par les mots.
Ce maudit métier de fou, de malade,a décidé de lui suggérer des phrases, des histoires, et il les lui raconte la nuit, le jour,c'est un bourreau qui ne lâche pas sa victime tant qu'elle ne lui pondra pas son roman, son bout de poésie, n,importe quoi.
Puis l'écrivain nous arrache le coeur comme quand on voit un clochard par terre dans le métro de Montréal en hiver.
Anne Campagna

Hélène Bard

Commentaire mis en ligne le 3 décembre 2009
J'ignore pourquoi j'ai mis un e de trop au verbe mourir. Faut croire que je n'étais pas certaine ? Pourtant je le suis !

La santé, c'est des gens comme toi ! Qui font qu'on se sent moins poche d'être Québécois.

Bonne route ! gladiateur !

Hélène Bard

Commentaire mis en ligne le 3 décembre 2009
Ahhhh ! Que ça fait du bien de te lire dans cet état-là de baveux qui renonce à se laisser pousser des pantoufles sous le nez ! Si t'en meures, mon Mich, ce sera de santé !!!

LeRoy

Commentaire mis en ligne le 3 décembre 2009
Wow, c'est rare que j'ai la larme à l'oeil quand je lis. Mais làa, t'as touché plusieurs cordes. Repose-toi bien et reviens-nous plus baveux!

PS: le mot du captcha: vodka :) I'll drink to that :)

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