L’été dernier, des comédiens de la série Trauma sont allés dans la chambre de Stéphane Slight lors de son séjour à l’hôpital du Sacré-Cœur, et ce, sans l’autorisation de sa famille.
(Photo: Archives)
EXCLUSIF: Une expérience traumatisante signée «Trauma»
Lorsqu’un proche est à l’hôpital, la seule chose que l’on peut faire est d’être à ses côtés. Et si ce droit vous était enlevé? C’est ce qui est arrivé à Louise Labelle quand des membres de l'équipe de la série Trauma ont monopolisé la chambre de son conjoint sans même lui avoir demandé son autorisation.
Le 1er juillet dernier, Stéphane Slight, 42 ans, se promenait en vélo sur le boulevard du Curé-Labelle à Mirabel et s’est fait frapper par un véhicule. Le conducteur présentait un taux d’alcoolémie deux fois plus élevé que la limite permise.
À son arrivée à l’hôpital, il a été opéré d’urgence, car ses reins, son foie, sa rate, ses intestins et ses poumons ne fonctionnaient plus. Il a fait deux arrêts cardiaques durant l’opération et sa jambe a dû être coupée.
Le lendemain, M. Slight a été transporté à l’hôpital du Sacré-Cœur à Cartierville, car son état nécessitait des soins plus spécialisés. Il est retourné plusieurs fois sur la table d’opération où ils ont coupé sa jambe une deuxième fois, une partie de son foie et de ses intestins.
«Son état était très critique et les médecins nous disaient qu’ils avaient très rarement fait face à des cas aussi majeurs. Ils ne nous ont donné aucun espoir, mais nous sommes restés à son chevet durant les treize jours d’hospitalisation», mentionne sa conjointe Louise Labelle.
Trois jours plus tard, les médecins ont décidé de sortir M. Slight de son coma afin de vérifier s’il avait subi des séquelles neurologiques. «Les infirmières nous suggéraient de lui parler, car il était très possible qu’il nous entende et se réveille. Nous avions le droit d’être deux à le voir pendant cinq minutes par heure, afin de ne pas le fatiguer, précise Mme Labelle. Après 10 jours, aucun résultat, il ne se réveillait pas. Ce jour-là, sa mère, ma sœur et moi-même sommes descendues à l’extérieur pour prendre l’air. C’est alors que, dans l’ascenseur, nous avons rencontré trois comédiens de la série Trauma, dont Isabelle Richer.»
Lorsque les dames sont remontées pour retourner voir M. Slight, elles ont aperçu un caméraman et un perchiste déambuler dans le couloir et entrer dans l’ascenseur destiné au personnel. Mme Labelle s’est immédiatement dirigée vers la chambre de son conjoint, car elle avait un mauvais pressentiment. Arrivée aux soins intensifs, elle s’est fait bloquer l’accès par les infirmières qui lui ont dit qu’il y avait des gens dans la chambre de M. Slight et qu’elle devait attendre qu’ils sortent avant de pouvoir le rejoindre.
«Tout de suite, j’ai reconnu deux comédiens, un médecin et une autre personne que je ne connaissais pas. J’ai demandé aux infirmières ce qu’ils faisaient autour de mon conjoint et si le caméraman l’avait filmé. Elles ont répondu d’attendre et qu’ils auraient fini dans cinq minutes. Je suis sortie du bloc les larmes aux yeux et je tremblais. Je me suis sentie tellement seule et démunie», raconte Mme Labelle.
Lorsque la chambre s’est libérée, Mme Labelle est immédiatement allée au chevet de son conjoint. Une infirmière est venue lui dire qu’elle était désolée de ne pas l’avoir avisée et qu’elle avait oublié que des comédiens s’étaient joints à une équipe d’infirmiers afin de voir un véritable cas de polytraumatisé.
«Elle m’a dit qu’ils leur ont juste expliqué en détail ses blessures, ses opérations, comment il était branché sur le respirateur artificiel et surtout les traits du visage qu’ils devaient reproduire dans l’émission. Je me suis mise à pleurer en disant que nous faisions tous attention pour ne pas lui parler de sa jambe coupée et de toutes ses blessures afin qu'il ne baisse pas les bras et nous quitte, au cas où il nous entendrait. Cette fois-ci, elle m’a dit qu’il ne nous entendait sûrement pas et que lorsque les gens sortent du coma, ils ne se souviennent de rien. En plus, elle a eu l’audace de me demander si je pouvais revenir plus tard, car il était possible qu’un autre groupe de comédiens passe», relate Mme Labelle.
M. Slight est décédé trois jours plus tard, quelques heures après que Mme Labelle lui ait chuchoté à l’oreille qu’elle lui donnait le droit de partir s’il n’avait plus la force de se battre.
Mme Labelle et sa famille ne savaient pas encore s'ils souhaitaient porter plainte, car ils sont déjà suffisamment préoccupés par le décès de M. Slight. Ils sont d’ailleurs toujours en discussion avec la SAAQ et le procureur de la couronne concernant le dossier de l’accident du 1er juillet.
«Trauma» aurait respecté les règles
Une porte-parole de Fabienne Larouche, l’auteure de la série Trauma, a indiqué que les comédiens et l’équipe technique de l’émission étaient toujours accompagnés d’un responsable de l’hôpital lors de leur passage et qu’ils ont respecté toutes les règles qui leur étaient imposées. «Nous pouvions visiter tous les locaux que nous voulions pourvu qu’une personne de l’hôpital était avec nous», soutient-elle.
Laure Moureaux du service des communications de l’hôpital du Sacré-Cœur affirme qu'une autorisation est seulement nécessaire lorsque des images sont prises et si celles-ci sont diffusées. «Les producteurs de l’émission n’ont pas fait de requête pour des images, mais nous savions bien sûr qu’ils se promenaient dans l’hôpital. Toutefois, nous ne pouvons pas infirmer ou confirmer qu’ils ont visité la chambre d’un patient.»
Selon Mme Moureaux, la famille de M. Slight aurait besoin de porter plainte officiellement afin qu’une enquête soit ouverte.
En attendant, le droit ou non de visiter un patient sans son autorisation ou celui de sa famille semble être dans une zone grise.
Des excuses
Mme Labelle ne sait pas encore si elle veut porter plainte, mais elle souhaite que dans l’avenir personne ne se retrouve dans la même situation. «Personne n’a à vivre ça. Surtout pas pour une émission de télé. Je ne sais pas si je veux tourner la page. J’aimerais au moins avoir des excuses.»
(Photo: Archives)
Confidentiel
Commentaire mis en ligne le 14 février 2010Comment Fabienne Larouche fait pour se défendre avec autant de contrôle et de non respect....elle sait très bien qu'elle à détournée le système encore une fois...un jour, ce système là ratrapera...lorsqu'elle fera façe à la mort de sa famille, un jour elle se souviendra avec douleur....j'espère...