Une interpellation qui tourne mal
L’enquête publique du coroner révèle des failles dans la procédure qui a suivi la mort de Fredy Villanueva.
Jean-Loup Lapointe, agent du SPVM (Service de Police de la Ville de Montréal) a répondu hier aux questions du coroner André Perreault dans le cadre de l’enquête publique sur la mort du jeune Fredy Villanueva.
Les questions du coroner ont révélé que plusieurs règles administratives avaient été bafouées le soir du drame, selon un règlement ministériel dans les cas de blessure ou de décès d’une personne durant une intervention policière.
L’agent Jean-Loup Lapointe a contrevenu à certaines règles, notamment en racontant sa version des faits à Robert Boulé, représentant syndical, en présence de sa coéquipière Stéphanie Pilotte.
Selon les textes, le commandant de l’agent aurait dû veiller à ce que personne n’entre en contact avec les deux agents, autre qu’un enquêteur, un officier-cadre ou un professionnel de la santé.
De plus, l’agent Lapoint a déchargé lui-même son arme avant de la remettre à ses collègues. Or il aurait dû la remettre au superviseur de quartier, ou à l’enquêteur de la SQ pour expertise.
L’agent Lapointe a blâmé « l’escalade de violence tellement rapide » de Dany Villanueva lors de son interpellation, laquelle aurait dégénéré en tragédie. Selon l’agent Lapointe, alors qu’il tentait de maîtriser son frère aîné, Fredy l’aurait agrippé au cou et aurait porté une main à son ceinturon. Trois autres personnes, Jeffrey Sagor Metellus, Denis Meas et une autre personne inconnue, étaient « sur lui » quand il a fait feu, a-t-il témoigné. Il dit avoir dû faire des « choix judicieux » pour ne pas remettre sa vie « entre les mains du destin».
Le témoignage de l’agent Jean-Loup Lapointe se poursuit aujourd’hui.
(M.J.-F.)
Yves Claudé
Commentaire mis en ligne le 5 février 2010Enquête Villanueva : déterminante pour le crime organisé et ses alliés !
Le 9 août 2008, à Montréal-Nord, lors du décès de Fredy Villanueva, s’agissait-il d’un innocent jeu de dés auquel s’adonnait un groupe de jeunes … ou d’un rite d’initiation bâclé qui s’est terminé tragiquement ?
Dans l’univers des transnationales du crime organisé du type Bloodz, Cripz, Maras, etc, le jeu de dés est une activité de marque des « gangstas » et autres « pandilleros » : les hommes d’affaires criminels y jouent des sommes importantes provenant de leurs activités illicites. Il en découle souvent des interactions violentes … qui ont amené l’interdiction du jeu de dés dans l’espace public et la généralisation des interventions policières à ce sujet.
À l’été 2008, Fredy Villanueva est venu fréquemment avec son frère Dany à Montréal-Nord, un secteur que la famille Villanueva avait quitté en 2006, suite à l’arrestation de Dany dans une entreprise criminelle des Bloodz implantés dans ce quartier. Fredy Villanueva a ainsi été initié et intégré à l’univers social et culturel des Bloodz, à travers différentes activités.
Le 9 août 2008, l’implication de Fredy Villanueva dans un rite d’initiation (jeu de dés à la manière des Bloodz) comportant une dimension provocatrice, dans un espace urbain sujet à la surveillance policière, représentait un risque que les Bloodz refusent maintenant d’assumer.
Fredy Villanueva a en fait été assassiné deux fois :
— une première fois, par les Bloodz qui l’ont sacrifié dans une lamentable initiation au cours de laquelle il avait à démontrer sa détermination face à la police …
— une deuxième fois, alors que son décès a été théâtralisé avec force pathos autour d’une photo de son enfance (substituée à son image réelle de jeune adulte), et que l’on a fait outrage à sa mémoire en le transformant en un « petit ange » victime d’un « meurtrier ».
On peut ainsi constater que l’amateurisme criminel des Bloodz est non seulement socialement destructeur pour le milieu social qu’ils contrôlent, exploitent et victimisent, mais aussi dangereux pour la santé de leurs employés, comme pour celle de leurs victimes sociales et économiques, comme on a pu le voir en mai 2009, lorsque de jeunes émules des Bloodz ont assassiné Madame Kim Ngu Lieu à Montréal-Nord pour lui voler quelques dollars.
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Pour les membres du crime organisé et leurs amis « militants » anti-étatiques, les conclusions de l’Enquête Villanueva seront déterminantes.
En effet, leur victoire dans la conclusion de l’enquête, permettrait à l’économie criminelle locale, qui opère en victimisant et exploitant une population déjà marginalisée et paupérisée, de prospérer dans un contexte où la surveillance et les interventions policières seraient passablement réduites dans leur portée et leur efficacité.
Les agressions physiques et armées contre les agents du contrôle social (cf les événements de l’été 2008 à Montréal-Nord, etc.) seront-elles légitimées par le rapport de l’Enquête Villanueva ?
La « Sainte-Alliance » du milieu criminel et des « militants » anti-étatiques mène également une autre bataille, pour racialiser le contrôle social en mettant de l’avant une arme idéologique, à savoir la « lutte contre le profilage racial ». Il s’agit ici encore de neutraliser le contrôle social étatique.
Le groupe criminel des Bloodz (auquel sont associés plusieurs individus ayant agressé les policiers Lapointe et Pilotte en 2008) revendique son autoracialisation en tant que « Black and Brown » : il a des alliés parmi les « militants » anti-étatiques qui sympathisent avec la « révolte » des criminels, et qui partagent cet objectif de transformer les quartiers ethnicisés et paupérisés en zones de non-droit.
Ainsi, le crime organisé autoracialisé bénéficierait d’un avantage comparatif face à ses concurrents, puisque le contrôle social à son endroit serait délégitimé en tant que « profilage racial », et possiblement rendu inopérant.
Plusieurs institutions, dont la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, participent à cette entreprise d’interprétation racialiste (c’est-à-dire raciste) du contrôle social : nul doute que leur contribution à la prospérité du crime organisé sera des plus appréciée par certains « gangstas », qui peinent encore à accéder au statut socio-économique que leurs talents d’entrepreneurs locaux des transnationales du type Bloodz ou Cripz les autorisent à revendiquer.
Faut-il s’étonner de cette convergence du crime organisé, et d’une mouvance politique prétendument « progressiste » mais objectivement rétrograde, qui propage une confusion à la fois naïve et revendiquée, mêlant l’individualisme postmoderne, l’idéologie multiculturaliste et communautariste, le racisme bonasse sous couvert de promotion de l’autoracialisation, la haine de l’État et de la nation, et le refus archaïsant de l’avancée du Québec dans la modernité et l’émancipation ?
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http://www.vigile.net/Enquete-Villanueva-determinante
Yves Claudé - sociologue
Montréal, le 4 février 2010
ycsocio[@]yahoo.ca