L’annonce a fait grand bruit la semaine dernière, au point que le public s’est souvenu cette fin de semaine que le Laurier BBQ existait encore. « On a fait plus de 400 couverts en deux heures et demie. Il y avait un ‘‘line-up’’ sur la rue. Certains n’avaient pas vu ça depuis 20 ans. »
« Oui, Gordon Ramsay est un partenaire associé, mais il apportera sa contribution au menu en proposant des plats signés et de la cuisine réconfortante », explique Danielle Lord.
« Mais nous ne changeons rien à ce qui a fait la réputation historique de la maison à savoir son poulet BBQ, gâteau au chocolat, sa sauce Laurier, réputée de longue date, sa soupe maison, son vole-au-vent et sa poule au pot. »
« Il n’est pas question d’ouvrir un deuxième Léméac. Ce sera un restaurant distinctif, qui créera une bonne compétition tout en amenant de l’achalandage sur la rue Laurier. La famille Laporte a vendu parce qu’il était temps pour eux de se consacrer à autre chose. Fatigués, ils n’avaient pas de relève sur qui s’appuyer. »
Ouvert depuis 1936, le Laurier BBQ est devenu au fil du siècle une adresse, touristique, une réputation culinaire, un endroit à voir, même si parfois la cuisine ne fut pas toujours à la hauteur de sa réputation. C’est bien ce que comptent faire les deux énergiques jeunes femmes.
« Le restaurant avait perdu de son lustre et la clientèle avait baissé. Le deuxième étage était fermé depuis quinze ans. On est en train de le repeindre, et vu le succès de cette fin de semaine, il nous sera bien utile pour accueillir tout le monde. »
Deux filles du matin
Filles du quartier, Marie-Christine et Danielle ont fait leurs formations à l’ITHQ. Danielle a géré « Chez Julien » de longues années et lancé « Le Local » de Louis-François Marcotte. Le parcours de Marie-Christine est similaire entre Julien, l’Hôtel W, et Nestlé. Elles se sont associées avec Dany Lavy, l’homme d’affaires derrière les casseroles de Gordon Ramsay.
« Dany lui a conçu une batterie de cuisine à son nom et quand Gordon est venu en faire la promotion à La Baie, on venait d’acheter la rôtisserie. Gordon est venu visiter et il a été conquis, au point d’en devenir l’un des propriétaires. Il a été charmé par l’ambiance du lieu et le cachet culturel francophone de Montréal. Le Laurier BBQ est aussi pour lui une opportunité parce que, jusqu’à ce jour, il n’avait pas de restaurant en Amérique du Nord. C’est donc un beau défi de commencer par l’Amérique francophone. »
Un chef déroutant
Mais ce chef qui a la tête dans les étoiles, voire « sous les spots plutôt qu’au piano », disent ses détracteurs et dont le caractère pour le moins « déroutant » le fait paraître aussi insupportable qu’attirant, comment intégrera-t-il l’expérience d’une simple rôtisserie aussi réputée soit-elle ?
« Il vient d’en ouvrir une à Londres avec David Beckham, et il veut comparer les deux expériences comme les deux clientèles avec la carte. »
On sait l’homme fort en gueule et parfois malotru. Or cet état de fait ne semble pas inquiéter les deux jeunes femmes. L’adversité des mâles, elles y semblent blindées surtout dans ce métier. « Il faudra qu’il nous écoute », répond Marie-Christine avec un charme ferme. Toutes les deux l’ont rencontré une fois.
« Gordon est quelqu’un de courtois et charmant, mais c’est vrai qu’il a ‘‘le feu dans les yeux’’. On sent qu’il vibre avec passion pour la cuisine, et nous aimons ça, on veut ça. »
Retours réconfortants
Selon Danielle Lord, le chef écossais « mettra son grain de sel, son savoir-faire et ses recettes » au service de la rôtisserie. Avec une telle griffe, doit-on s’attendre à une augmentation de la carte ?
« Non. On n’y servira pas de poularde à la truffe ! Cela restera une rôtisserie avec des plats réconfortants, qu’on a toujours servis ici, remis au goût du jour, des plats qui, finalement, reviennent en vogue maintenant… », s’amuse-t-elle.
Gordon Ramsay, on ne le sait que trop, est un homme de télévision, y tournera-t-il une émission ? « On n’est pas prêt pour en parler, il y a beaucoup d’autres choses à faire avant même d’aborder cette question », souligne-t-elle. Nous devons rénover. Certains équipements datent de 1936 ! »
« Des travaux devraient commencer en janvier, mais nous ne savons pas encore si nous ferons un chantier tournant, en restant ouvert et en profitant de nos lundis de fermeture, ou si nous ferons un chantier fermé quelques jours. Mais on prévoit une ouverture officielle au printemps.»
