C’est que ce soir, la Ville de Montréal au grand complet assiste à la grande Messe. Cette célébration à grand déploiement offerte à fort coût par le nouveau Messie. Celui qui prêche la lutte à la pauvreté et dont les yeux sont si sensibles que même à 3h du matin il se doit de porter ses verres fumés. Je ne prononce même pas son nom tellement j’en suis indigne. Bref, tout tourne autour de lui et je dois marcher.
Première maison, tout est en ordre. J’ouvre le frigo, mon regard est attiré par le mot nouveau écrit sur une énorme cannette. C’est une boisson relaxante. Relaxer ? Drôle d’idée dans un monde où tout doit toujours aller plus vite, non ? Mais bon, c’est nouveau… je me dois d’essayer. C’est une obligation de société. La vie est trop courte pour faire autrement.
Deuxième arrêt, mon client amateur de soap opera. Il est en deuil depuis que ses émissions sont retirées des ondes. Il se console en se disant qu’à partir de maintenant, ces histoires rocambolesques seront diffusées sur Internet, aux côtés de l’unique et légendaire roman-savon québécois À Tout Perdre.
Par la fenêtre, j’aperçois un homme complètement nu qui avance dans la rue tel un zombie. Je sors et lui demande ce qu’il fait, il ne répond pas et s’en vient maintenant vers moi, et d’après son bas ventre, il est fortement attiré par moi. Ça doit être un sexomniaque. Je ne prends pas de chance. Je fuis.
Mon dernier client, c’est la première fois que je m’y rends. J’ouvre la lumière. WO ! Des milliers de photos de Bono tapissent les murs. Sur une table, une pile de petites cassettes. Sur chacune d’elle, un collant indique que ce sont des écoutes électroniques pour le compte du journal britannique News of the World. Ah merde, moi qui voulait éviter tout contact avec ce phénomène aux proportions bibliques. La curiosité l’emporte.
J’ouvre un dossier papier qui repose près des cassettes. C’est le résumé d’une rencontre entre Bono et Clotaire Rapaille. Ce dernier est mandaté pour amplifier l’image d’homme de bonne parole qu’est Bono. Il lui propose donc de donner l’exemple. Au lieu de quémander aux gens et aux gouvernements de combattre la pauvreté, il pourrait lui-même offrir un grand pourcentage des profits qu’engendre sa tournée, la plus lucrative de l’histoire de la musique.
Clotaire lui suggère également de ne pas exiger qu’un stade soit construit exclusivement pour ses spectacles. Ça ne fait pas trop crédible pour quelqu’un qui parle de pauvreté. Surtout dans un endroit comme le Québec, qui tente d’avoir un nouvel aréna qui servirait durant des années et à plusieurs personnes ou encore qui attend un hôpital qui tarde à voir le jour. Il lui suggère également de ramener son argent dans son pays natal, l’Irlande, afin qu’il paie ses impôts, ce qui aiderait énormément ses compatriotes pris avec de sérieux problèmes économiques.
Par contre, Clotaire félicite Bono d’avoir réussi à faire croire au monde que son groupe mérite une telle adulation. Après tout, ils n’ont pas évolué musicalement d’album en album tel Madonna, ni qu’ils ont révolutionné le monde du clip comme un Michael Jackson. Ils n’ont pas non plus réussi l’exploit d’amener un large public à s’intéresser à un genre musical mal connu comme Metallica l’a fait avec le métal. Plusieurs succès certes, une mini controverse sur un toit mais sinon…
J’arrête ma lecture des dossiers ici avant d’être malade. Déjà je sens un haut-le-cœur. Je n’aurais pas dû manger de l’agneau mais bon, si Bono le fait. Bon allez, assez travaillé pour aujourd’hui. Je mérite une bière avec mon amoureuse !
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