Le restaurant Vincent Sous-Marins, un établissement de type populaire – vestige d’une certaine époque du Plateau Mont-Royal – a été détruit la semaine dernière pour faire place à un projet immobilier. La levée de boucliers des résidents et les efforts de l’arrondissement pour le maintenir sous respirateur artificiel n’auront pas suffit.
« J’enrage que des chaînes commerciales s’installent sur notre territoire », tonne le maire du Plateau, Luc Ferrandez, évoquant au passage le restaurant A&W qui investira prochainement les locaux laissés vacants par l’ancien Blockbuster, au coin de la rue Saint-Denis et de l’avenue Mont-Royal. « Les loyers augmentent et seules les chaînes peuvent se payer ce type de loyer. Je crains un envahissement », s’inquiète-t-il.
Le nouveau bâtiment qui remplacera le Vincent Sous-Marins à l’intersection de l’avenue Laurier Est et de Lanaudière sera en effet constitué de commerces au rez-de-chaussée et de condos aux deux étages supérieurs. En 2009, le promoteur, Aldo Construction, avait proposé un premier projet de même nature : des unités de logements devaient surplomber un café Starbuck et une SAQ. Les citoyens avaient décrié l’idée, tout comme l’arrondissement. Luc Ferrandez avait d’ailleurs exprimé sa mauvaise humeur sur son blog, qualifiant notamment le bâtiment proposé de « boîte sans aucun charme et aucune recherche architecturale ».
« La facture architecturale du bâtiment était vraiment banale. Elle n’ajoutait rien au quartier et allait chercher le maximum de pieds carrés jusqu’au trottoir. Pour toutes ces raisons, je n’étais pas content », a expliqué M. Ferrandez au journal Le Plateau.
« Je pensais qu’il y avait un moyen de retaper la bâtisse, d’aménager la terrasse. Mais les propriétaires avaient acheté un terrain, l’avaient payé cher et voulaient le valoriser au maximum. Et l’arrondissement n’avait pas l’argent pour le racheter et créer à cet endroit un projet rassembleur », a déploré le maire.
Même si l’arrondissement a réussi à bloquer les deux premiers permis de démolition déposés par Aldo Construction, il a récemment dû rendre les armes. « On a exploité toutes les dimensions du règlement contre les démolitions pour essayer de l’interdire, mais nos pouvoirs réglementaires n’étaient plus suffisants, a soutenu Luc Ferrandez. On n’avait pas la certitude de gagner en cour et on ne voulait pas mettre la population du Plateau devant la possibilité de devoir payer une poursuite judiciaire perdue ».
Des pouvoirs limités
« On a accepté une troisième proposition qu’on a amélioré le plus qu’on pouvait avec les moyens de pression et les pouvoirs qu’on avait. On a obtenu des marges de recul pour respecter l’alignement des maisons de la rue et pour avoir une terrasse au premier étage », précise le maire. L’idée? Recréer l’avantage qu’offrait l’ancien édifice, en retrait du trottoir.
L’arrondissement ignore pour l’instant quels seront les deux commerces qui s’installeront au rez-de-chaussée de la nouvelle construction. Pour Luc Ferrandez, la démolition du fameux restaurant au toit de tôle orange est une perte pour le quartier : « Un quartier populaire [comme le Plateau], c’est un cumul de petits détails, comme des commerces tout croches, et c’est ce cumul qui fait la cohérence des lieux. On ne va rien gagner avec un édifice comme les autres. Il n’aura jamais la puissance évocatrice du passé ».
« On parle ici de l’impuissance d’un arrondissement, de ses pouvoirs limités pour faire valoir l’esprit des lieux. C’est dangereux. C’est le plus que l’on peut faire et c’est dommage », conclut M. Ferrandez.

Je suis résidente de la rue Laurier et je suis contre l'ouverture d'une SAQ. La rue Laurier n'est pas la rue Mont-Royal. Des commerces comme la SAQ, Starbuck et compagnie n'y ont pas leur place: ils contribueront à enlever tout le charme et la quiétude de cette rue. La tranquillité et la qualité de vie des résidents de la rue n'en seront que compromises : achalandage et circulation automobile, déjà en croissance depuis quelques années, s'accroisseront encore. Le restaurant Vincent n'était pas une réussite architecturale, loin de là, mais au moins, ce type commerce s'intégrait davantage à la vie d'une rue résidentielle comme la rue Laurier.