Voyage

Des cygnes et des scènes : L’attrait de Stratford

Une envie irrésistible de s’installer à Stratford chaque été

Chaque année, lorsque je me rends à Stratford pour assister à quelques représentations théâtrales, je ressens une envie profonde de m’y établir. C’est comme une sensation qui s’empare de moi, une envie irrépressible de poser mes bagages dans cette petite ville charmante, si captivante à chaque passage.

Une impulsion d’autant plus forte cette année

Cette année, cette impulsion a été particulièrement intense. J’ai même décidé de faire appel à un agent immobilier pour explorer le marché local. J’ai visité une adorable petite maison en pierre datant de l’époque coloniale, proposée à 500 000 dollars. Ensuite, j’ai découvert un spacieux condo de deux chambres qui donne sur la rivière Avon, au prix de 825 000 dollars. Enfin, j’ai été intriguée par une magnifique demeure de neuf chambres, avec trois cheminées, évaluée à plus d’un million, qui pourrait constituer un endroit idéal pour un bed and breakfast.

Stratford exerce une sorte de charme qui peut facilement envahir votre esprit.

Avec ses 30 000 habitants, cette ville allie la convivialité d’un petit village à une offre culturelle riche digne d’une métropole, attirant chaque année quelque 1,7 million de visiteurs. La plupart viennent notamment pour le Festival de Stratford, considéré comme l’équivalent canadien de Broadway, avec cette saison douze productions qui occupent quatre salles de spectacle différentes.

Les spectacles qui marquent

« La Nuit des Midsummer » – la première pièce que j’ai vue à Stratford en 1977, alors que j’avais 16 ans – reste l’une de mes préférées. Je n’avais d’yeux que pour le farceur Puck, incarné par Mike Nadajewski, captivant. « En Attendant Godot » fait également beaucoup parler d’elle, tandis que les comédies musicales « Something Rotten ! » et « Guys and Dolls » font vibrer le public et le font repartir avec le sourire aux lèvres.

Une vie culturelle qui ne se limite pas à la scène

Mais le charme de Stratford dépasse largement le théâtre. La ville offre une diversité croissante d’activités culturelles, allant d’un festival musical estival à Art in the Park, une exposition d’art organisée en plein air le long de l’Avon. Le Meighen Forum, quant à lui, explore les idées derrière la programmation saisonnière lors de nombreux événements, y compris son week-end littéraire prévu du 21 au 23 août, animé par l’écrivain et humoriste Ali Hassan, avec la participation d’auteurs comme Tanya Talaga (« Seven Fallen Feathers ») et Yann Martel (« La Vie de Pi »). Par ailleurs, la compagnie Here for Now Theatre proposera cinq nouvelles productions, dont la première canadienne de « Suzannah », inspirée de la vie de l’épouse d’Henrik Ibsen, ainsi que « Hypothetical Baby », qui traite de l’avortement.

Une escapade gustative et œnologique

Un récent week-end avec des amis, nous avons commencé notre journée à la Perth Farmhouse Winery, située à seulement vingt minutes de Stratford, pour savourer des vins et des cidres tout en échangeant avec 17 petites chèvres espiègles. L’expérience était aussi savoureuse que divertissante.

Lors de notre visite à Stratford, nous avons déambulé dans les jardins soigneusement entretenus de Shakespearean Gardens et parcouru la rue Ontario, en faisant notamment un arrêt incontournable chez Watsons Chelsea Bazaar, une boutique familiale en activité depuis cinq générations, spécialisée dans la décoration intérieure. La ville abrite également quelques-uns des meilleurs chefs du pays, rendus célèbres par la Stratford Chefs School.

Au nouveau René’s Bistro, récemment rouvert, le chef René Delafranier, diplômé de cette école, a préparé ses fameux moules de Prince Edward Island, accompagnés de focaccia maison fondante, parfumée aux herbes toscanes et à l’huile d’olive.

Après avoir profité de musique live et de boissons tard dans la nuit au Starlight, nous avons posé nos valises dans le somptueux FiveStratford B&B, un refuge deux chambres et deux niveaux, véritable havre de paix. Le lendemain matin, nous avons fait un court trajet jusqu’au Hartman’s Coffee & Tea, un établissement tout récemment ouvert, pour un café accompagné de sandwiches au jambon, emmental et confiture de figues. Ensuite, direction la Stratford Gallery pour découvrir une exposition composée de trois ensembles présentés jusqu’au 11 octobre. Ces œuvres couvrent la mode, la joaillerie et la photographie, cette dernière étant consacrée à « Recovered Light », une collection de négatifs sur plaques de verre découverts récemment, datant de la fin du XIXe siècle, en provenance de France.

Le plaisir gourmand et la découverte locale

Pour déjeuner, nous avons opté pour le Marché Lent du dimanche, situé au centre-ville, une véritable institution. Après le repas, place à la douceur avec la « Chocolate Trail » de Stratford, une visite gustative auto-guidée. Chez Rhéo Thompson Candies, le chocolatier emblématique de la ville, nous avons dégusté ses fameux smoothies à la menthe.

Une ville riche d’histoire et de légendes

Le patrimoine historique de Stratford est également une grande attraction. La société Stratford Walking Tours a développé ses circuits avec de nouvelles options à thèmes, incluant notamment des balades dans les quartiers fantômes, des excursions en bateau et une visite centrée sur l’histoire des femmes. Cette dernière, prévue pour le 12 septembre, mettra en lumière la vie de figures telles que Jenny Trout, la première femme à exercer la médecine au Canada, et Rose McQueen, enseignante anglaise qui a inspiré le jeune Tom Patterson à rêver grand et à fonder en 1953 un festival shakespearien.

Nous avons rejoint Lauri Leduc, l’un des guides, qui possède une maîtrise en histoire publique, pour une croisière sur l’Avon. La sortie nous a offert une vue imprenable, notamment celle d’un héron bleu qui se tenait gracieusement le long des rives.

Nous avons amarré au Boathouse, monument historique datant de 1913, où il est possible de louer des vélos, des kayaks, des pédalos ou simplement de déjeuner en terrasse. Son propriétaire, Kélin Herr, se rend au travail en canoë, comme son grand-père l’avait fait dans les années 1960, un joli rappel des nombreuses familles de Stratford dont la vie s’entrelace avec la rivière Avon.

Leduc a également partagé la fameuse origine du festival, l’histoire de Tom Patterson, natif de Stratford, qui a eu l’idée audacieuse de créer un festival de Shakespeare dans cette petite ville de l’Ontario. Son projet a été concrétisé grâce à la foi de la communauté qui a su croire en cette vision.

Le pari a été gagnant. Il a permis de transformer Stratford en l’un des hauts lieux mondiaux du théâtre.

Envie irrésistible de s’y installer ?

Ce n’est pas sans raison que je suis tentée de poser mes valises là-bas. Pour l’instant, je reste à Hamilton, car ma famille est dispersée : mes enfants à Toronto, ma mère à Niagara. La famille prime toujours. Mais je reviendrai l’été prochain, c’est certain.

En attendant, je ne peux m’empêcher de rêver à cette petite cottage en pierre, si charmante et pleine de promesses.

Laurence Gauthier

Laurence Gauthier

Je m'appelle Laurence Gauthier, rédactrice au sein de Montréal Express. Curieuse du monde qui m'entoure, j’écris sur les enjeux sociaux, l’environnement et la vie citoyenne au Canada. Mon objectif : offrir une information accessible, engagée et ancrée dans le réel.